Non classéLa voix des Expos

Louis-Samuel Perron27 octobre 20105 min

Jacques Doucet, ancien descripteur des Expos à la radio

Au boulot comme dans l’auto, les amateurs de baseball de la Belle Province ont vécu les succès et les malheurs de leurs Z’amours par la voix de Jacques Doucet. Après 33 ans à détailler balles papillons et vols de but, le pionnier de la description du baseball en français a bien failli accéder cette année au Temple de la renommée de son sport bien-aimé.


Quelques casquettes des Expos, une poignée de balles autographiées et des bâtons ici et là entourent une imposante toile illustrant Jacques Doucet avec les plus grands joueurs de l’histoire des Expos. Le crâne dégarni et toujours fringant malgré ses 70 ans, le célèbre commentateur radiophonique des matchs des Expos accueille Montréal Campus dans son antre du baseball.

Campé derrière le micro pendant plus de 40 ans, Jacques Doucet a captivé des générations de partisans avec ses mille et une anecdotes et sa description toujours juste d’un sport aux rares moments d’action. L’illustre commentateur s’est servi de son inimitable voix radiophonique pour fasciner les partisans de baseball pendant plus de 5 500 parties des défunts Expos de Montréal. «Je n’ai jamais compté le nombre de matchs que j’ai décrits parce que j’aimais tellement ça», assure le passionné de baseball. Loin d’avoir accroché son micro, il pratique encore le métier de descripteur avec les Capitales de Québec, dans la ligue Can-Am.

Le pionnier de la description du baseball en français se considère privilégié d’avoir pu couvrir les Expos dès leur arrivée dans le baseball majeur, en 1969, jusqu’à leur inévitable départ en 2004. «Ça a été une expérience extraordinaire, maintient Jacques Doucet, le regard vif. Le poste que j’avais, j’étais le seul au Québec à l’avoir.» L’illustre commentateur ajoute toutefois que le métier de descripteur est très exigeant et nécessite certains sacrifices. «Tu ne vois pas tes enfants grandir, tu n’es jamais chez toi et tu as un horaire à l’envers.» Mais Jacques Doucet, qui s’estime «béni des dieux», ne regrette aucun instant de son «aventure radiophonique».

Assigné à la couverture des Expos au quotidien La Presse dès la première saison du club, Jacques Doucet fait ses premiers pas à la radio la même année. Il devient l’unique voix des Expos de Montréal au printemps 1972. «J’étais à la croisée des chemins à l’époque. J’étais un peu tanné à La Presse et le président des Expos voulait quelqu’un à plein temps pour la radio. J’ai signé un contrat de deux ans pour voir si j’aimais ça. Ça a duré 33 ans.»

Malgré plus de trois décennies à cultiver la passion de milliers de Québécois pour le sport national américain, Jacques Doucet reste d’une grande modestie devant son impressionnant parcours. «J’ai été chanceux au cours de ma vie», répète celui qui a été intronisé au Temple de la renommée du baseball québécois en 2002.

Durant ces années à vivre au rythme des longues saisons de baseball, Jacques Doucet a révolutionné le vocabulaire français du sport de Babe Ruth. «Les paroles à la radio doivent devenir une image. Il y avait des termes français qui existaient, mais ils étaient de base. Au fil des années, on a peaufiné le vocabulaire.» Le commentateur refuse toutefois de s’attirer tout le crédit pour la francisation des nombreuses expressions anglaises propres au baseball. «Je n’ai jamais hésité à demander au public de m’aider lorsque je ne savais pas comment traduire un terme. Le terme « pick-off » par exemple, c’est un professeur qui a proposé l’expression « tenter de prendre un coureur à contre-pied », que j’ai tout de suite adoptée.

Un deuil rapide

Au début des années 2000, les Expos ne vont nulle part. Les Montréalais désertent le Stade olympique, le baseball majeur cherche par tous les moyens de se débarrasser de cette franchise moribonde et le projet d’un nouveau stade au centre-ville avorte. Le glas sonne en 2004 pour l’équipe aux couleurs bleu et rouge. Mais pour Jacques Doucet, associé à l’équipe depuis 35 ans, pas question de pleurer le départ de l’ancienne équipe de Youppi!. «Quand le club est parti, les gens me disaient « Jacques, as-tu fait ton deuil? ». Ils étaient tout étonnés quand je leur disais « Ça m’a pris 48 heures pour faire mon deuil », s’exclame l’éternel optimiste. À quoi ça aurait servi de faire des ulcères pour ça? Je ne pouvais rien faire.»

Néanmoins déçu par le départ de ses Z’amours, Jacques Doucet assure que personne en particulier ne peut être montré du doigt pour le départ du club. «Jeffrey Loria et Claude Brochu n’ont pas voulu investir, les médias ont cessé de couvrir l’équipe et les gouvernements n’ont rien fait.» Quand on demande à Jacques Doucet s’il croit au retour du baseball majeur à Montréal, il lance du tac au tac : «Pas de mon vivant.» Le passionné du sport aux neuf manches s’empresse cependant de nuancer ses propos. «Jamais et impossible ne sont pas dans mon dictionnaire. Mais si un jour, un groupe d’investisseurs arrive au bureau du baseball majeur avec un milliard de dollars, un projet de stade bien ficelé et un bon plan, ils vont être écoutés.»
Le co-auteur de l’ouvrage Il était une fois les Expos, paru en 2009, se dit toutefois déçu que le baseball soit boudé par les médias québécois depuis le départ des Expos. Pourtant assure-t-il, les Québécois ont une longue histoire d’amour avec ce sport. «Ça surprend les gens lors que je dis ça, mais les Québécois ont joué au baseball avant de jouer au hockey. Lors de l’exode des Canadiens Français en Nouvelle-Angleterre, les enfants revenaient au Québec pour étudier et ont ramené au pays le sport qu’ils avaient appris aux États-Unis.»

Vers le Temple de la renommée?

La candidature de Jacques Doucet au prix Ford C. Prick, qui permet à un commentateur de baseball d’être intronisé au Temple de la renommée du baseball à Cooperstown, est soutenue depuis trois ans par d’irréductibles amateurs de baseball de la province. Cette année, Jacques Doucet a terminé deuxième au scrutin populaire qui lui a permis de faire partie des dix finalistes. «Je n’ai pas réalisé la popularité que je pouvais avoir auprès des auditeurs quand je travaillais, admet-il. Mais quand je suis arrivé à Québec en 2006, ma tribune était installée dans le public, derrière le marbre. Les gens venaient jaser avec moi de baseball avant et après les matchs. J’ai réalisé à quel point les gens se sont habitués à ma voix au fil des années.»
Jacques Doucet espère un jour devenir le premier Québécois à joindre ce club sélect. «Ça serait l’apothéose de ma carrière», assure le membre du Panthéon du baseball canadien. Mais pour l’infatigable amant du baseball, un billet pour Cooperstown signifierait bien plus que sa propre consécration. «Si un commentateur francophone pouvait être élu à Cooperstown, ça prouverait qu’il y a déjà eu du baseball en français en Amérique.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *