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Louis-Samuel Perron12 mars 20104 min
Un mouvement politique cible les étudiants

Dans les couloirs du métro, un groupe politique aux idées controversées cherche à embrigader des étudiants de l’UQAM dans son mouvement marginal.

Illustration : spoutnikmorin.net

Leurs affiches du président Barack Obama affublé d’une moustache hitlérienne sont immanquables à la station Berri-UQAM, en face de la librairie le Parchemin. Les adeptes du mouvement Lyndon Larouche sont en quête d’un public prêt à écouter leur théorie du complot et leurs idées de grandeur. Du projet euthanasique d’Obama jusqu’aux machinations de réduction de la population du prince Philip, la conspiration est planétaire.

Les partisans de Lyndon Larouche – un politicien américain qui a été candidat à sept reprises à l’investiture présidentielle démocrate – se considèrent comme des «patriotes». «Nous menons une bataille très sérieuse, assure Jean-Philippe Lebleu, organisateur pour le mouvement Larouche au Canada. 
Avec la politique d’Obama de réduction des soins de santé pour les personnes âgées et les malades chroniques, nous ne sommes pas loin du contexte qui a amené Hitler au pouvoir.» 

Les idées de l’économiste Lyndon Larouche, encore actif sur la scène politique américaine malgré ses 87 ans, restent toujours aussi tranchées. Celui qui est continuellement cité par ses partisans se consacre depuis plusieurs décennies à démontrer l’ampleur du complot qui assaille la planète. «Les preuves disponibles montrent que l’intention de la monarchie britannique est de réduire la population mondiale d’environ 6,7 milliards d’âmes à moins de 2 milliards, lance la figure de proue du mouvement dans un éditorial. C’est un projet de crime à grande échelle contre l’humanité, dépassant de loin les crimes perpétrés par Adolf Hitler.» Le politicien, condamné à quinze ans de prison pour fraude fiscale dans les années 80, multiplie les accusations de fascisme et de complot dans ses discours, ciblant particulièrement le président Barack Obama.
Les étudiants ciblés

La présence de bénévoles du Comité pour la République du Canada, autre nom donné au mouvement Larouche, près des campus universitaires fait partie d’une stratégie de recrutement. «Durant les jours de classe, on met le maximum d’efforts, souligne Jean-Philippe Lebleu. Ce sont les jeunes qui font le gros du boulot pour faire changer les choses.» 

Certains étudiants s’inquiètent de l’insistance des recruteurs du mouvement dans le métro. «Je pensais que c’était un groupe politique normal, raconte Catherine, diplômée en histoire de l’art à l’UQAM. Mais ils étaient très insistants. Ils essayaient de m’encourager à penser comme eux en faisant de grands gestes et en criant fort. Je leur ai donné mon numéro de téléphone pour me débarrasser d’eux. Ç’a été une erreur parce qu’ils m’ont rappelée à plusieurs reprises jusqu’à ce que je leur indique fermement que ça ne m’intéressait pas du tout.» 

Sébastien Roy, un ancien membre du mouvement qui étudie la philosophie à l’Université de Montréal, assure pour sa part n’avoir jamais reçu de pression pour joindre le groupe. «Je suis entré de plein gré dans le mouvement et je l’ai quitté de la même façon.»

Les militants du mouvement Larouche sillonnent les stations de métro près des universités, armés de tracts évocateurs et de pancartes vindicatives. «On a reçu trois plaintes pour propos haineux à propos du mouvement au cours de la dernière année, indique Marianne Rouette, porte-parole de la Société de transports de Montréal (STM). On encourage les gens à communiquer avec la police s’ils se sentent importunés.» 

Malgré les plaintes, les militants du mouvement Larouche conservent le droit d’exprimer leurs opinions politiques dans le métro, tant qu’ils n’obstruent pas la voie publique. Le ton polémique des supporters de Lyndon Larouche n’engendre toutefois pas les résultats escomptés, puisque peu de citoyens ont rejoint le mouvement, à peine une cinquantaine à Montréal. «La population se base trop sur la croyance populaire, déplore Jean-Philippe Lebleu, bénévole depuis neuf ans pour l’organisation politique. Ils adoptent une opinion, sans savoir ce que ça signifie. Notre but, c’est d’éduquer et de soulever le doute.»
Un travail à temps plein

Les militants du mouvement Larouche s’impliquent corps et âme dans l’étude et la transmission des idées du controversé politicien. «On encourage les gens à travailler pour le mouvement à plein temps», souligne Jean-Philippe Lebleu, qui dit consacrer au moins 50 heures à la sollicitation par semaine, en plus de 30 heures par semaine à l’étude de penseurs classiques et d’écrits de Lyndon Larouche. 

En dépit des innombrables heures qu’il a dédiées au mouvement, l’ancien membre Sébastien Roy ne regrette pas les quelques mois où il a activement milité au sein du mouvement. «C’est une expérience qui a modifié beaucoup de choses dans mon existence, raconte le jeune homme. À l’époque, je n’étais pas très politisé. J’ai été initié à plusieurs penseurs politiques et artistiques. Je n’ai jamais été autant actif intellectuellement qu’avec eux. Mes études sont une vraie farce en comparaison.»

Malgré une implication intense, les adeptes de cette mouvance sont toutefois loin de rouler sur l’or. Puisque leur revenu annuel n’atteint même pas le seuil de la pauvreté, la plupart des militants actifs habitent ensemble dans un appartement payé par le mouvement, révèle Jean-Philippe Lebleu avec réticence. Les militants de Lyndon Larouche demeurent convaincus que leur lutte mérite d’être livrée. «Ça vaut la peine d’être marginal quand tu sais que tu as raison, lance Jean-Phillipe Lebleu avec conviction. Mais lorsque la société déraille, ça prend des gens comme nous pour la remettre dans la bonne direction. C’est une bataille sur plusieurs décennies.»

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