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Charles-Éric Blais-Poulin2 octobre 20094 min

La réputation de l’UQAM mise à l’épreuve

Comment les anciens étudiants de l’UQAM nomment-ils ceux de HEC Montréal? Patron. C’est une des nombreuses blagues qui circulent à propos de l’institution. Cette mauvaise tribune nuit à l’Université?

Illustration www.simonbanville.com

Dans un cauchemar, Lisa Simpson imagine le pire pour son avenir académique: elle échoue tous ses cours et, comble de l’humiliation, même l’UQAM refuse sa candidature. Si, dans la populaire émission, les invectives répétées de la petite fille aux cheveux triangulaires contre l’UQAM demeurent caricaturales, une plaisanterie peut-elle être totalement efficace sans un fond de vérité?

Pas besoin de gratter bien longtemps: il suffit simplement de sonder les étudiants qui circulent dans l’UQAM. Plusieurs uqamiens interrogés par Montréal Campus disent y être atterris par résiliation, faute des notes requises pour intégrer l’institution désirée. Les exigences d’admission sont généralement plus modestes à l’Université du peuple, ont-il expliqué, en citant régulièrement HEC Montréal, Concordia et McGill en guise de comparaison. L’UQAM était souvent leur troisième choix.

Des observations qui rendent perplexes Daniel Hébert, le directeur des communications de l’UQAM. «Selon nos chiffres, la cote R des nouveaux admis n’a pas cessé d’augmenter ces dernières années. Nos nouveaux étudiants sont de plus en plus qualifiés.»

Mais alors que la majorité des universités québécoises affichent sans gêne leur taux d’admission ou des informations sur la cote R des étudiants admis, l’UQAM reste avare de chiffres, parlant de «données confidentielles.»

Une grève qui aggrave

La grève qui a affecté l’UQAM le printemps dernier n’a certainement pas aidé à redorer l’image de l’institution auprès des futurs universitaires. Daniel Hébert en est tout à fait conscient. «Un sondage confidentiel commandé à Léger Marketing par l’UQAM après le conflit de travail montre que la réputation de l’institution a perdu sept points par rapport au précédent, tandis que celle des autres universités est restée stable. De là, on peut en tirer des conclusions.»
François Filion, conseiller en orientation au cégep André-Laurendeau, confirme que les conflits de travail sont une préoccupation. «J’entends souvent les étudiants parler des grèves à l’UQAM. Je ne peux pas vous dire si c’est au point d’influencer le choix de leur université, mais j’imagine que ça en fait hésiter quelques-uns.»

Des grèves qui suscitent des interrogations dans les rangs collégiens, mais qui ont aussi provoqué l’exil de plusieurs uqamiens mécontents dont Ariane Santerre, fraîchement débarquée à McGill. Elle a d’abord choisi l’UQAM pour l’excellente réputation du département d’études littéraires, mais l’idylle aura finalement été de courte durée. «La Faculté des arts a été la première à entrer en grève et la dernière à en sortir. Je ne serais pas partie de l’UQAM si ce n’était pas des grèves. C’est dommage parce que les profs sont excellents et les cours vraiment intéressants.»

Un départ d’exception, celui de la jeune étudiante en littérature? Pas selon les témoignages obtenus par Montréal Campus et dont la teneur de frustration excédait parfois la limite de ce qui peut être rapporté dans un journal.

BAC de récupération

 «Moé, j’ai un bac! – Un baccalauréat? – Non, un bac à récupération – C’est quand même mieux qu’un bac de l’UQAM ça…» Cet échange entre Jean-François Mercier et Mike Ward dans un sketch présenté au gala hommage à RBO, cet été, a suscité des réactions mitigées dans la salle, entre rires jaunes et huées légères. Les humoristes ne sont toutefois pas les seuls à soulever le problème de notoriété des institutions du réseau de l’Université du Québec (UQ), dont l’UQAM fait partie. Aux premières lignes: les étudiants du réseau eux-mêmes. Selon une enquête annuelle effectuée par le Globe and Mail auprès des étudiants universitaires, ceux de l’UQ attribuent la note de B- à la réputation académique de leur institution, la deuxième pire note parmi les seize plus grandes institutions canadiennes. Les étudiants du réseau ne sont pas plus cléments quand il est question de la qualité de l’éducation et de la satisfaction générale, à ex aequo au dernier rang.

Le problème d’image nuit-il à la valeur des diplômes obtenus à l’UQAM? Difficile d’évaluer les répercussions de cette mauvaise tribune sur le marché du travail. Dernièrement, le collaborateur au Devoir et à La Presse René Lewandowski révélait que les grands cabinets d’avocat québécois étaient anormalement dépourvus de diplômés de l’Université du peuple.  «À Montréal, dire que les diplômés en droit de l’UQAM sont sous-représentés dans les grands bureaux d’avocats est un euphémisme», écrivait-il, se demandant même si les uqamiens sont victimes de discrimination. À cela, Alain Riendeau, le directeur du programme de premier cycle de la Faculté de droit et de sciences politiques, a répondu que les étudiants de l’UQAM s’intéressent simplement à des sphères de droit plus variées que ceux des autres universités. D’autres professeurs de la Faculté ont rappelé, sur le site de l’université, que leurs élèves livrent d’excellentes performances dans des concours d’envergure.

Les employeurs et les recruteurs contactés par Montréal Campus se sont tous défendus de discriminer négativement les diplômés de l’UQAM, se disant plus intéressés par les compétences du candidat que par sa provenance universitaire.

Selon Daniel Hébert, il n’y a pas de doute que la formation et les diplômes de l’UQAM valent autant que ceux des autres universités prestigieuses, mais il admet que l’établissement est aux prises avec un grave problème d’image. «Dans les médias, on entend souvent parler des déboires de l’UQAM. Ce n’est pas le genre de publicité qui rassure les gens. Beaucoup de fausses perceptions circulent.»

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