Non classéLe Net kétanou

David Riendeau4 septembre 20096 min

Le site web Québec89

Rue89, un site d’information où le public est invité à commenter et à alimenter la nouvelle, fait des petits. Après Marseille89, c’est au tour du Québec d’accrocher la symbolique date de la chute du mur de Berlin à son nom.

 

Photo Jean-François HamelinLes internautes du Québec pourront bientôt compter sur un nouveau site pour s’informer. Dès cet automne, Québec89 fera son apparition sur la scène médiatique virtuelle. BV! Média, l’agence de publicité montréalaise derrière le portail Branchez-vous!, pilote le projet qui reprendra le concept de Rue89, un site participatif d’actualités françaises. Réflexions, commentaires, coups de gueule, les lecteurs de cette rue virtuelle sont au cœur de son développement. «C’est une source d’inspiration pour un nouveau modèle de site d’information», explique Patrick Pierra, président de BV! Média. 


N’en déplaise aux amateurs du Canadien et aux fans de Beyoncé, Québec89 ne traitera ni du sport, ni du star system. Le futur site se divisera en trois sections: société, médias et politique. «Nous allons privilégier une approche magazine et traiter en profondeur de sujets sérieux. En d’autres mots, nous parlerons de ce que les autres n’aborderont pas.»


Québec89 fera modestement son apparition sur la scène médiatique avec une équipe de rédaction de trois journalistes pigistes. Pour des raisons économiques, BV! Média ne créera pas un «deuxième Cyberpresse». «Les coûts d’exploitation reliés aux enquêtes ou aux grands reportages ne correspondent pas à nos prévisions de revenus qui dépendent uniquement de nos recettes publicitaires», soutient Patrick Pierra.


À vos claviers, citoyens!

Hormis les articles rédigés par les journalistes, le contenu du site sera alimenté par ses lecteurs. Étudiants, experts ou blogueurs, tous auront la possibilité de mettre leur grain de sel à l’actualité sous forme de commentaires. Comme sur Rue89, les contributeurs sérieux et réguliers de la version québécoise pourraient se voir allouer un blogue.


Un des fondateurs de Rue89, Pierre Haski, fait la distinction entre l’apport des professionnels de l’information et celui des journalistes citoyens. «Le lecteur participe à l’information en faisant part de son expertise et de son désir de témoigner. Nous sommes éloignés de l’idée que nous recevrons d’un membre du public un article prêt à être diffusé. Nos journalistes doivent vérifier les informations venant des citoyens comme ils le feraient en toutes autres circonstances.»


Le président de BV! Média résume l’apport des citoyens à Québec89 à trois niveaux: l’envoi d’idées de sujets, d’images et de vidéos, la publication de commentaires et la participation à une section du site «en direct». Un peu comme Twitter, les lecteurs pourront écrire instantanément de courts textes d’opinion ou d’information sans que l’éditeur puisse filtrer les propos avant leur diffusion. Patrick Pierra reconnaît qu’il y a un risque d’être poursuivi en justice pour des commentaires diffamatoires tenus par des lecteurs sur son site. «Mais nous devons considérer qu’un litige en justice peut augmenter le trafic vers notre site. Il s’agit de calculer les risques.»

 

La tentation du blogue

Selon le professeur en communications de l’Université d’Ottawa, Pierre C. Bélanger, le journalisme citoyen est indissociable des nouvelles technologies. «Plus que jamais, les gens s’expriment parce que la science le permet. Avec un téléphone mobile, par exemple, il est possible de prendre les images d’une catastrophe naturelle ou d’une manifestation.» Le site Technorati, un moteur de recherche, a rapporté dans un rapport paru en 2009 que, ces deux dernières années, 63 millions de blogues ont été créés, comparativement à 70 millions entre 2002 et 2007. Parmi ces écrivains du cyberespace, près de 40% considèrent leur activité comme du journalisme. «La différence entre un blogueur qui écrit depuis son salon et celui qui le fait depuis les bureaux de La Presse, c’est que l’un profite des infrastructures et des moyens d’une entreprise qui a acquis ses lettres de noblesse et qui s’est bâti sa réputation au fil des ans», pense Pierre C. Bélanger. Cependant, à moins d’être un journaliste déjà reconnu, la plupart d’entre eux demeurent marginaux. «Bien souvent, leur notoriété ne dépasse pas leur communauté d’intérêt. Personnellement, si je ne connais pas mon interlocuteur, je ne serai pas prêt à le suivre.»


De l’avis de ce spécialiste, «les sites qui accordent une place aux simples citoyens sont extrêmement puissants dans la mesure où les gens y consacrent beaucoup d’heures par semaine. Si je consacre 30 minutes par jour à parcourir le blogue d’un inconnu, c’est une demi-heure de moins pour me tenir au courant de l’actualité.»


Pour Pierre Haski, la participation des lecteurs à la construction de la nouvelle constitue une évolution naturelle dans le monde médiatique. «Le lecteur a pris la parole, c’est un fait. Avant, l’information sur le Web se divisait en deux classes précises: les sites professionnels et les blogues. Nous souhaitons les réunir plutôt que les opposer, tout en gardant une éthique de travail nécessaire au métier de journaliste. C’est dans cet esprit que Rue89, et bientôt Québec89, existent.»

 

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