Non classéLe recteur veut éviter la «polémique»

Gabriel St-Jean3 septembre 20093 min

L’UQAM refuse d’accueillir la 13e édition du Festival d’expression de la rue

À la rentrée, la communauté uqamienne festoiera sur une place Pasteur revampée, décorée et ombragée. Cependant, les jeunes marginaux, habituels résidents de l’endroit, ne seront sûrement pas invités. Leur festival n’y a d’ailleurs plus sa place.


Évincé de la place Pasteur en juin dernier en raison des fêtes du 40e anniversaire de l’UQAM, le Festival d’expression de la rue (FER) a survécu à son déménagement forcé.
Le FER, qui s’est tenu pendant douze ans sur la place de la rue St-Denis, se veut un lieu d’échanges et de sensibilisation pour les jeunes de la rue. Durant trois jours, les jeunes marginaux peuvent s’y exprimer et voir plusieurs spectacles punk et hip-hop.

Un non catégorique
Au départ, la 13e édition du festival devait se dérouler du 19 au 21 août dernier. Cependant, au printemps dernier, les organisateurs de l’évènement apprenaient que l’Université refusait de leur octroyer le terrain pour la tenue du festival, une première. L’espace devait rester disponible de juin à octobre pour les fêtes du 40e de l’UQAM.

«Nous avons sollicité une rencontre avec le recteur, car nous étions très ouverts à changer nos dates, raconte Caroline Lessard, du Groupe d’intervention alternative par les pairs, organisme à la base du FER. Il n’a démontré aucune ouverture.»  Dans une lettre adressée au FER le 25 février, le recteur a aussi évoqué que la tenue des fêtes du 40e de l’UQAM imposait des démarches «moins enclines à la polémique.» L’organisatrice rétorque qu’en 12 ans de cohabitation, l’évènement n’a jamais suscité de polémique.
Même que, selon Caroline Lessard, la fête a aussi pour mandat de favoriser la cohabitation entre les marginaux et leur milieu. «L’évènement ne s’adresse pas seulement aux jeunes de la rue, mais à tout le monde. L’emplacement de la place Pasteur nous permettait d’ailleurs d’attirer plusieurs touristes.»

Du côté de l’UQAM, on maintient toujours qu’il était nécessaire de garder la place Pasteur disponible pour la rentrée. Jenny Desrochers, du Service des communications de l’établissement, explique que du 27 août au 31 octobre, une œuvre d’art de grande envergure occupera les lieux. « L’œuvre temporaire, dont le titre provisoire est Quarante chaises pour quarante ans, est en construction depuis le 18 août. La fête de la rentrée sera aussi tenue sur la place Pasteur, pour nos employés, le 10 septembre. »
L’UQAM n’a toutefois pas été la seule à occuper l’espace cet été. Le Festival Juste pour Rire a en effet occupé la place pendant plusieurs jours au mois de juillet. Mme Desrochers mentionne que l’espace, aussi sous la responsabilité de la ville de Montréal, a été loué pour la durée de l’évènement. « Le festival a occupé les lieux, mais il a fallu plusieurs semaines pour tourber et faire le grand ménage de la place. »

Une 13e édition qui évite la disparition
Le 11 juin dernier, le Groupe d’intervention par les pairs et des partenaires font paraître une lettre ouverte dans Le Devoir afin de sauver l’évènement. À ce moment, le groupe espère encore tenir le FER sur son lieu de naissance. «À la fin juillet, nous espérions encore reprendre les discussions avec l’UQAM», ajoute Catherine Lessard.

Finalement, face à l’intransigeance de l’Université, le FER s’est installé à la Place de la Paix, sur le boulevard St-Laurent, entre la rue Ste-Catherine et le boulevard René-Lévesque. Le déménagement a évidemment bousculé l’organisation. «Nous nous sommes graduellement faits à l’idée. Toutefois, l’endroit est plus petit, et le changement de site a entraîné de nouveaux coûts, ajoute l’organisatrice. Sans l’aide de la ville de Montréal, le FER n’aurait peut-être pas eu lieu.»

La 13e édition du FER s’est tenue sous le thème Marqués au fer. Selon Mme Lessard, le thème se veut d’abord une expression de la réalité des jeunes vivant dans la rue, mais n’est pas étranger à l’épisode uqamien de cette année.

Pour l’instant, il est impossible de savoir si le festival refoulera le sol uqamien l’an prochain. Tant l’Université que les organisateurs préfèrent ne pas se prononcer. Le Groupe d’intervention alternative par les pairs aime beaucoup le site de la place Pasteur, «plus touristique, et en plein cœur de l’UQAM.» Par contre, il reste à voir si, une fois son 40e anniversaire derrière elle, l’Université de Peuple sera à nouveau encline à accueillir le FER et la « polémique » qui l’entoure.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *