Une fuite dans le barrage

 

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Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a finalement donné son aval au projet hydroélectrique sur la rivière Romaine, malgré les nombreux avertissements lancés par les groupes environnementaux. À moins que Québec n’en décide autrement, le béton s’accumulera bientôt dans le lit du cours d’eau pour contenir ses flots.

Quatre réservoirs et centrales verraient ainsi le jour le long de la Romaine, qui se déverse dans le Saint-Laurent à l’ouest de Havre-Saint-Pierre, juste en face de l’île d’Anticosti. D’ici 2020, le projet hydroélectrique de 6,5 milliards de dollars devrait fournir annuellement huit térawattheures (TWh) – un huit suivi de 12 zéros – à la province qui les vendra ensuite aux États-Unis.

 

Hydro-Québec assure toutefois que c’est la sécurité énergétique des Québécois qui la motive à aller de l’avant avec ce projet. À long terme, si la demande québécoise croît suffisamment, la société d’État fermera le robinet électrique des Américains et détournera le courant vers la Belle Province. Un geste qui ne plairait probablement pas à nos voisins du Sud, vu leur obsession de la sécurité énergétique.

Cela ne risque toutefois pas d’arriver. Selon l’analyste Jean-François Blain, les surplus d’électricité du Québec atteindront 16 TWh en 2009, puis grimperont à 32 TWh avec la mise en service du complexe Romaine. Quoi qu’en dise Hydro-Québec, l’objectif du projet est donc de calmer la soif intarissable de l’Oncle Sam, véritable énergivrogne, dans l’espoir d’engranger beaucoup de dollars.

Faire de l’argent n’a rien de mal en soi, surtout lorsque celui-ci profite à l’ensemble des Québécois. Mais construire un barrage modifie irrémédiablement l’environnement: inondation de grandes surfaces, augmentation du mercure dans l’eau – donc dans la chaîne alimentaire – perturbation du cycle reproducteur des saumons, etc.

De nombreux groupes environnementaux ont soulevé ces conséquences lors des audiences publiques tenues conjointement par le BAPE et de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale l’automne dernier. Même Roy Dupuis, par le biais de sa Fondation Rivière, est monté aux barricades en proposant un projet éolien de puissance équivalente, mis sur pied avec l’aide d’un ancien spécialiste d’Hydro-Québec.

Mais la belle gueule de Roy n’a pas suffi: le BAPE a rejeté sa suggestion du revers de la main, ainsi que plusieurs autres, sous prétexte que «quelques sujets abordés par des participants ne relevaient pas de son mandat, notamment la décision d’Hydro-Québec de retenir la filière hydroélectrique».

La recherche de solutions plus écologiques est pourtant la norme en évaluation environnementale. Si un projet de rechange efficace se présente, pourquoi ne pas prendre le temps de l’étudier? Au lieu de se fermer les yeux avec des formalités, le BAPE aurait dû critiquer le favoritisme du ministère de l’Environnement et d’Hydro-Québec envers l’hydroélectricité.

On verra plus tard

Dans son volumineux rapport de 254 pages – imprimé sur du papier 100% recyclé – le BAPE souligne que plusieurs incertitudes demeurent à propos des impacts du projet de la Romaine sur certaines espèces, dont le saumon. Dans la plupart des cas, l’organisme gouvernemental – mais indépendant – se contente de suggérer des mesures de suivi ou d’atténuation. Il adopte ainsi la politique du «on verra plus tard», qui loge à mille lieues du développement durable.

Le BAPE aurait pourtant pu demander à Hydro-Québec et aux ministères concernés, soit le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune ainsi que Pêche et Océans Canada, de refaire leurs devoirs et de soumettre des études d’impacts plus étoffées. Une fois les barrages construits sur la Romaine, l’une des dernières grandes rivières sauvages du Québec, corriger le tir sera beaucoup plus compliqué.

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