Non classéPoète en son pays

Gabriele Briggs10 février 20094 min

 Photo Pascaline Lauzé-Malouin

Beatnik des temps modernes à la voix de soie et à la poésie rêveuse, Philémon compte bien séduire le public montréalais par une musique intimiste et introspective. Le chansonnier se produira au mythique Quai des Brumes le 11 mars prochain.


Assis au fond du Wheel Club, un bar country du boulevard Cavendish qui sent la région à 100 kilomètres à la ronde, Philémon Bergeron-Langlois se prépare tranquillement à pousser la chansonnette. Après avoir été Sacré Talent en 2004, remporté le Festival en chanson de Petite-Vallée en 2005 et trimballé sa guitare un peu partout en Belgique, Philémon est enfin prêt à conquérir Montréal.

 

Mais en attendant de monter sur scène, le jeune auteur-compositeur-interprète de 25 ans prend le temps de se raconter sans pudeur. Il relate sa vie, ses voyages, dont cette année passée en Inde alors qu’il avait 17 ans, une période qui a été déterminante dans son parcours artistique. «J’y ai perdu tous mes repères. J’étais énormément seul. J’étais complètement vide. Ça m’a obligé à être face à moi-même et à ce que j’avais de plus profond.» Cette remise en question a permis à Philémon de ne plus se soucier de ce que pensaient les autres et de trouver sa voie… et sa voix. Une voix d’une douceur mélancolique, presque enfantine, qui surprend à la première écoute de son album court, Philémon Chante. Une voix qu’il avoue avoir eu peine à maîtriser, de par sa fragilité, mais avec laquelle il a appris à composer. Et lorsqu’il en perd la maîtrise, elle ne fait que gagner en intensité.

 

Écouter Philémon, c’est comme entendre Bob Dylan chanter du Alfred de Musset. De la chanson française dans ce qu’elle a de plus doux, mais appuyée par une guitare vibrante. Chaque rythme, chaque note de ses mélodies folk soutiennent une émotivité à fleur de peau. Philémon puise dans ses influences rock américaines et britanniques (dont les éternels Beatles) pour faire vivre une poésie minimaliste qui donne le goût de l’amour et de la vie, mais avec un arrière goût d’amertume. Car derrière les jolies ballades se cache une déchirure de l’être, un éternel combat entre l’enfant sage et le démon. «Parfois, j’ai l’impression d’avoir vu la laideur absolue à l’intérieur de moi: la jalousie l’égocentrisme, l’égoïsme.» Se laisser guider par de tels sentiments ne crée toutefois pas les meilleures chansons, laisse entendre le jeune homme. «À une certaine époque, je composais des pièces plus provocantes, avec plus d’agressivité. De bonnes pièces, mais qui plaisaient à des gens qui avaient beaucoup de rancœur et je n’avais pas toujours envie de les jouer sur scène.»

 

Philémon semble depuis s’être définitivement tourné vers la beauté pour composer ses douces mélodies, dont Mais pourquoi pas mourir ensemble et Je te mange, chanson charnelle où l’auditeur pénètre sans pudeur l’intimité du compositeur. Les joues des spectateurs rougissent toujours un peu dès que le chansonnier en entame le refrain, «Je te mange le corps», répété inlassablement sur un ton alangui.Certaines chansons révèlent toutefois un amour d’une tout autre nature. Dans Il neige, la mie énigmatique à qui Philémon adresse son poème endeuillé se révèle être sa défunte grand-mère. Il avoue candidement avoir un «amour profond», pour ses aïeules, muses d’un autre âge.

 

Une preuve parmi tant d’autres de l’attachement du jeune homme à ses racines, des racines profondément ancrées dans un univers musical. Ainsi, lorsque l’on regarde la longue liste de Bergeron et Langlois mentionnée au dos de l’album, toute la famille semble y avoir collaboré. Philémon se réjouit d’ailleurs d’être si bien entouré. «J’aime que ce soit collectif», avoue le jeune artiste, qui préfère toutefois être reconnu comme un artisan, un travailleur de la chanson.

 

Après des années à trimballer ses chansons, Philémon est maintenant prêt à plonger dans l’industrie musicale. «J’en suis à faire un disque, répond-il avec assurance. Musicalement, mes chansons sont prêtes et je me suis entouré de gens avec qui je peux produire de la bonne musique. J’ai confiance.»

 

Après avoir tant parlé de ses rêves, de ses aspirations, il est maintenant l’heure pour Philémon de monter sur scène. Un lieu où l’artiste fait preuve d’une grande aisance. Le silence s’installe dans le Wheel club alors qu’il entame sur sa guitare les premières notes. Presque plus grosse que lui, cette guitare. Pourtant, Philémon emplit la scène de sa présence. Il ferme les yeux lorsque chaque note s’élève pour plonger son public dans son univers intemporel.

Pour ceux qui désirent découvrir Philémon, écoutez l’édition du 19 janvier de l’émission Francart à la radio CHOQ.FM, au www.choq.fm.

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