L’indépendantriste

Photo Mathieu Dubois - Le porte-parole des jeunes patriotes du Québec, François Gendron, a rejoint les rangs du groupuscule indépendantiste, le seuls à «brasser un peu».

 

Manifestations mouvementées, concours du plus grand traître à la nation, envoi d langues de porc. Avec 150 membres et sympathisants, l’organisme des Jeunes patriotes du Québec tente de donner du mordant à la cause souverainiste en menant des actions hors de l’ordinaire.

François Gendron avait 13 ans lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec. Militant pour le camp du Oui, il a continué de s’impliquer pour la cause de l’indépendance au sein du Parti québécois après la défaite référendaire. «Je n’aimais pas que l’on m’appelle aux quatre ans pour me demander de faire des téléphones et de vendre des cartes de membre, raconte-t-il. Les Jeunes patriotes du Québec (JPQ) organisaient des activités qui me rejoignaient plus. Ils étaient le seul groupe nationaliste à brasser un peu, à organiser des spectacles et des kiosques d’information. Bref, c’était un mouvement actif et près de la jeunesse.» Tout en continuant de militer pour le Parti québécois, François Gendron a joint les rangs des JPQ, une organisation nationaliste composée d’environ 150 sympathisants de tous âges. Le groupe, créé en 2002, a un mandat plutôt vaste: défendre les intérêts du peuple québécois.

Malgré le sérieux de leurs aspirations, les démarches des JPQ s’inscrivent toujours dans un cadre ludique. Sans local officiel, les sympathisants du mouvement se rencontrent dans des bars et tavernes, «les meilleurs endroits pour parler amicalement et échanger». L’année dernière, ils ont lancé un concours sur leur site web: Qui est le plus grand traître à la nation de tous les temps? Parmi les candidats, on retrouvait Pierre Elliot Trudeau, Stéphane Dion, Jean Chrétien et Claude Morin. L’ancien premier ministre libéral canadien, Pierre-Elliot Trudeau, a remporté le premier prix avec 59,7% des voix. «Le gala de remise de prix était mauvaisement bon. Il faut que l’action politique soit amusante», explique-t-il. En janvier dernier, les JPQ ont envoyé 101 langues de porc à la ministre libérale de la Culture, Christine St-Pierre, pour dénoncer son manque de ferveur en matière linguistique.

Déception et frustration
Les critiques formulées par les JPQ à l’endroit du PQ sont nombreuses. «L’establishment (traduction libre: l’élite du parti) qui contrôle la formation est composée de 10 à 15 personnes, mais ces derniers ont énormément de pouvoir. En plus, ce sont des provincialistes, c’est-à-dire qu’ils veulent gouverner le Québec comme une province et non comme un pays. Dans l’élection actuelle, je ne vois pas de différence entre le PLQ et le PQ pour la défense des intérêts du Québec», affirme François Gendron.

Derrière ce mouvement patriotique se cache un sentiment de frustration et de désillusion. Le Parti québécois peine à satisfaire les demandes des purs et durs en matière de souveraineté. «Le PQ veut pousser en dehors de ses rangs tous ceux qui ont une position cohérente sur l’indépendance. Les pro-souveraineté trouvent une voix parmi ces groupes qui sont en fait des échappatoires, une façon de rester actif sur la place publique», explique le professeur de science politique de l’Université de Montréal Denis Monière. Parmi ces groupes, on retrouve les Jeunes patriotes du Québec, le Parti République du Québec, la Société Saint-Jean Baptiste et le Parti Indépendance.

La création de groupuscules nationalistes comme les JPQ rappelle les années 1960 au professeur. À l’époque, aucune formation politique ne détenait le monopole sur la question nationale. Il existait plusieurs groupes indépendantistes comme le Rassemblement pour l’Indépendance nationale, le Rassemblement national et le Mouvement Souveraineté-Association. Les trois organisations ont fusionné en 1968 pour former le PQ. «À partir du moment où le parti a mis le référendum dans son programme, toutes les forces ont été mobilisées autour du PQ et de cet enjeu, explique Denis Monière. À part pour défendre la loi 101 contre le gouvernement fédéral, il n’y avait pas de groupes nationalistes qui chahutaient, contrairement à aujourd’hui», explique-t-il.

Selon le politologue, il n’existe actuellement aucune alternative sérieuse au Parti québécois. Après les élections, il entrevoit deux possibilités. Dans la mesure où le PQ ne dépasse pas 35% des voix, les groupuscules pourraient vouloir se fédérer et former un nouveau parti politique. Le PQ pourrait également effectuer un virage à 180 degrés en recentrant le parti et ses priorités sur la souveraineté. S’il n’y a pas de porte-voix sur la scène politique pour l’indépendance, les groupes nationalistes continueront de se multiplier, croient Denis Monière et François Gendron.

«Ça fait mal de dénigrer ainsi le PQ, mais c’est nécessaire pour réfléchir à son avenir», pense François Gendron. Selon lui, les militants déçus rejoindraient à nouveau le PQ si la formation retournait au style politique de 1994, avant le deuxième référendum sur la souveraineté. «Il faudrait un indépendantiste à la tête du PQ pour que nous puissions nous réunifier autour du parti», conclut-il.
Le Parti Québécois n’a pas rappelé Montréal Campus.

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