Non classéFacultés surpeuplées

Justine Grenier3 décembre 20085 min

Manque de ressources pour les futurs médecins du Québec

Confrontées à une hausse de 90% des admissions sur une période de dix ans, les facultés de médecine sont en état de choc et à court de ressources. Un manque d’argent, d’espace et de personnel qui risque de nuire à la qualité de la formation des futurs médecins du Québec.

 

Marc Beltempo, président de la Fédération médicale étudiante du Québec, s'inquiète des répercussion de la hausse des admissions en médecine sur la qualité de la formation - photo: Jean-François Hamelin

 

 

Un étudiant entre dans son cours de cardiologie, salue ses collègues, prend ses livres et s’assoit par terre. Tous les bureaux sont occupés. Cette situation n’a pas lieu au Bengladesh, mais bien au Québec, où les facultés de médecine débordent en raison de la hausse des admissions imposée par le gouvernement ces dernières années, pour pallier la grave pénurie de médecins qui affecte la province.

Les classes pleines à craquer ne sont pas rares, affirme le président de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ), Marc Beltempo. «Les universités sont littéralement surchargées! En dix ans, les admissions ont augmenté de 90%. C’est phénoménal d’avoir 850 finissants par année pour un territoire comme le nôtre. Nous avons le plus grand nombre d’étudiants en médecine par habitant en Amérique du Nord.»

Imane Chibane commence ses études en médecine à l’Université Laval. Ce n’est pas vraiment le manque d’espace qui l’inquiète, mais plutôt le petit nombre de formateurs en milieu clinique. «Si tu as déjà cinq élèves autour d’un médecin et d’un patient et que tu rajoutes cinq élèves, tu fais comment?»

Selon la FMEQ, la carence de ressources est bel et bien la conséquence la plus néfaste de la hausse des admissions. Marc Beltempo, lui-même étudiant finissant, soutient que les contrecoups se font particulièrement ressentir pendant l’externat, où les étudiants sont jumelés à un médecin en milieu hospitalier. En gynécologie, les contraintes sont inévitables, croit le futur pratiquant. «Peu importe ce que tu fais, tu ne peux pas accroître le nombre d’accouchements en une journée. En augmentant quand même le nombre d’étudiants, tu réduis considérablement leur exposition clinique. Et ce sont eux, en tant que résidents, qui vont accoucher l’an prochain ta femme ou ta sœur. Moi, ça m’inquiète.»

Médecins débordés
Surchargés, les docteurs ont parfois de la difficulté à combiner enseignement et pratique. Francis Livernoche, étudiant en troisième année à l’Université de Montréal (UdeM), explique qu’il doit souvent patienter plusieurs minutes pour qu’un médecin vienne réviser le travail qu’il a fait avec un patient. «À la longue, on peut passer la moitié de nos journées à attendre.»

«Les médecins qui font la une des journaux parce le système est surchargé sont les mêmes médecins qui doivent nous former», explique le président de l’Association des étudiantes et étudiants en médecine de l’UdeM, Quoc Dinh Nguyen. Le Collège des médecins est lui aussi conscient du problème. «Il n’y a pas assez d’enseignants pour deux raisons. D’une part, les budgets ne sont pas là pour les payer et d’autre part, nous sommes en pénurie de professionnels de la santé dans tous les domaines, incluant l’enseignement», explique par courriel le président-directeur général du Collège, Yves Lamontagne. Pour le moment, il croit que «la situation dans les universités est critique, mais non dramatique. L’enseignement est encore très bien fait, même s’il y aurait lieu de l’améliorer.»

Le président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), Martin Bernier, croit que la situation est plus que critique. «À l’heure actuelle, on n’a pas assez de médecins pour soigner tout le monde partout au Québec, et on n’a pas assez de gens pour en former d’autres. Il est où, le juste milieu?» Compte tenu de la situation actuelle, l’étudiant Francis Livernoche estime pour sa part que «tous ces compromis sont tout de même favorables à l’amélioration du système de santé».

Dans la gorge
Les deux fédérations, étudiante et de résidence, soutiennent que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) analyse présentement la possibilité d’augmenter à nouveau les admissions en médecine. La porte-parole du MSSS, Karine White, assure que toutes les personnes touchées par cette décision seront consultées grâce à la Table de concertation permanente sur la planification de l’effectif médical. «Les étudiants et résidents, via leur fédération respective, sont aux premières loges pour participer aux échanges et faire valoir leur point de vue», garantit Karine White.

Martin Bernier de la FMRQ doute toutefois de l’efficacité de la Table et de l’écoute du gouvernement à l’endroit des organisations et des universités. «Les facultés disent qu’elles n’ont plus de place et pas assez de professeurs. Pourtant, le gouvernement pousse littéralement en travers de la gorge des universités ces hausses d’admission, sans nécessairement leur offrir plus de ressources.» La porte-parole du MSSS affirme d’ailleurs «qu’en bout de ligne, c’est vraiment aux facultés de s’assurer de la qualité de la formation».

Marc Beltempo déplore ce transfert de responsabilités. «Le ministère ne discute pas des questions de financement ou de la qualité de l’enseignement alors que tout le monde autour de la Table est inquiet quant à la récente proposition ministérielle d’augmenter encore une fois le nombre d’admissions.» Selon lui, les facultés sont dans un cul-de-sac. «Elles veulent être socialement responsables, mais elles sont conscientes qu’elles ont trop d’étudiants par rapport aux ressources disponibles.»

À la suite des conclusions d’un sondage réalisé auprès d’environ mille étudiants en février dernier, la FMEQ a proposé au gouvernement de maintenir le «statu quo par rapport au nombre d’admissions pré-doctorales en médecine au Québec, tout en s’assurant que la qualité de la formation soit maintenue». Martin Bernier est convaincu que la santé ne devrait pas relever du politique. «La médecine n’est pas un bon domaine pour une gestion politisée à court terme. Malheureusement, on ne peut pas corriger en quelques temps les erreurs de planification des années passées.»

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