445 millions plus tard

Québec éponge la dette immobilière de l’UQAM

La ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne a annoncé que le gouvernement québécois comblera le gouffre financier de l’UQAM. Si la direction a applaudi la nouvelle, les associations étudiantes et les syndicats craignent que l’injection de 445 millions ne soit qu’une goutte d’eau dans le puis sans fond des finances de l’Université.

 

Le recteur Claude Corbo accueille avec soulagement la décision de la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, de débloquer 445 millions de dollars pour combler le gouffre financier engendré par la construction du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur - Photo Mathieu Dubois

 

 

Sans tambour ni trompette, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), Michelle Courchesne, a annoncé le 9 octobre dernier qu’elle soulageait l’UQAM du fardeau financier engendré par le Complexe des sciences et l’îlot Voyageur. L’investissement de 445 millions de dollars a été accueilli chaudement par l’administration, mais a laissé de glace les associations étudiantes et les représentants syndicaux.

 

Québec versera 180 M$ pour le Complexe des sciences en plus des 200 M$ déjà promis pour l’îlot Voyageur. Les sommes couvrent à la fois le coût des projets immobiliers et les frais financiers déboursés depuis leur construction. Si l’UQAM demeure propriétaire du campus de l’avenue Président-Kennedy, elle perd officiellement l’îlot Voyageur. Elle recevra également les 65 M$ en subventions retenues par le gouvernement depuis trois ans parce que l’Université était déficitaire.

 

Pour avoir droit au secours de la ministre Courchesne, l’UQAM devra toutefois retrouver l’équilibre budgétaire d’ici l’année 2013-2014. La tâche ne sera pas aisée. Bon an mal an, la dette de fonctionnement de l’institution s’accumule. Pour l’année 2008-2009 seulement, l’Université prévoit un déficit d’opération de 900 000$, excluant les frais financiers qui se chiffrent à 18,6 M$.

«Nous allons trouver une façon de parvenir à l’équilibre budgétaire, a déclaré le recteur Claude Corbo. Les compressions vont continuer et nous allons chercher une meilleure façon d’organiser l’Université.» Le détail de ces mesures sera décrit dans le plan stratégique de développement de l’UQAM pour la période 2009-2014. Claude Corbo prévoit remettre ce plan à la ministre Courschesne le 31 mai 2009.

Resserrer la ceinture

Même s’ils voient l’annonce du gouvernement comme une bonne nouvelle, les associations étudiantes de l’Université et les syndicats craignent les impacts du futur plan stratégique. «C’est dans les poches des étudiants et des employés que l’Université ira chercher le manque à gagner, prévient le président du syndicat des employés de l’UQAM (SEUQAM), Roland Côté. Elle n’aura pas le choix d’augmenter les frais afférents et les frais des étudiants étrangers.»

 

Selon l’Association étudiante de l’École des sciences de la gestion (AéESG) et l’Association des étudiants des sciences de l’éducation, la communauté uqamienne souffre déjà suffisamment des compressions du dernier plan de redressement et de l’augmentation des frais institutionnels obligatoires. En tardant à agir, le gouvernement a laissé s’accumuler des frais d’intérêts de 56 000$ par jour, rappelle le président de l’AéESG, Frédéric Tremblay. «Tous les jours, on perd le salaire d’un professeur ou d’un chargé de cours!»

 

Frédéric Tremblay, tout comme le reste de la communauté uqamienne, ignore jusqu’à quand la dette s’accumulera puisque le gouvernement n’a pas encore dévoilé quand et comment les 445 M$ promis seront versés. «Les modalités sont à convenir, admet le porte-parole de l’UQAM, Daniel Hébert. On souhaite toutefois que l’argent nous soit versé très prochainement, soit d’ici la fin de l’année 2008.»

Famine universitaire

Pour les représentants uqamiens, les 445 millions ne viendront cependant pas résoudre le véritable problème des universités. «La question du sous-financement n’est pas réglée», déclare le président de l’Association étudiante du secteur des sciences, Alexis Laferrière. C’est un problème présent dans l’ensemble du réseau universitaire, mais particulièrement à l’UQAM, et ce, bien avant la débâcle immobilière.

Un rapport d’experts indépendants paru en juin dernier et commandé par Claude Corbo démontre d’ailleurs les inégalités dont l’Université est victime lors de l’attribution des subventions du MELS. L’UQAM serait à la fois désavantagée par sa situation géographique au centre-ville de Montréal et par l’absence d’un programme de médecine. La ministre Courchesne rétorque que des discussions avec la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec sont à venir au printemps prochain à propos des critères de subventions du MELS.

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