Démocratie à deux vitesses

Émilie Clavel 27 mars 2012 5

Au moment d’écrire ces lignes, près de 200 000 étudiants québécois sont en grève. De ce nombre, au moins quelques milliers s’étaient pourtant dits défavorables à ce moyen de pression. Parfois par conviction, souvent par individualisme. Malgré tout, on leur demande de boycotter les cours, de ne pas franchir les piquets de grève, de respecter la décision de la majorité. Parce que c’est ça, vivre dans une démocratie.

Toutefois, lorsque les quelque 12 000 membres de l’Association étudiante de l’École des sciences de la gestion (AEESG) se prononcent contre la grève générale illimitée, leur position ne mérite pas d’être respectée. «Au nom de la solidarité étudiante, les étudiants en gestion n’ont plus le droit à leur opinion.» C’est à peu près le discours qu’ont tenu des étudiants en grève de l’UQAM le 26 mars dernier, lorsqu’ils ont érigé des lignes de piquetage autour de l’Université, paralysant son campus central et empêchant les étudiants de l’ESG d’assister à leurs cours.

Je le concède: il est extrêmement décevant que l’AEESG ait refusé de se joindre au mouvement de grève générale illimitée qui balaie le Québec. Mais la démocratie, ça ne s’applique pas seulement quand ça nous donne raison! Qu’on fasse des tournées pour lever les cours appartenant aux facultés en grève, c’est normal. Je ne crois pas à la «majorité silencieuse» qui est contre la grève, mais doit composer avec les caprices d’une poignée de révolutionnaires sans vergogne. La majorité, elle avait juste à se lever et à gueuler, si elle n’était pas contente. En attendant, qui ne dit mot consent.

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. «Et on ne fait pas de moyen de pression sans en pressuriser [sic] quelques uns», écrivait une militante sur la page Facebook de l’événement. Vrai. Mais on se trompe de cible!

Dans la lutte actuelle, les étudiants doivent rester unis. Qu’ils soient en grève ou non. Les membres de l’AEESG ont accepté de lever les cours pour la manifestation du 22 mars dernier. C’était un début. Un signe d’ouverture. Timide, certes, mais symbolique. Et comment les remercie-t-on? En leur opposant un mur de grévistes révolutionnaires et sans vergogne, vraisemblablement investis d’une mission divine. En leur disant qu’aucun de leurs arguments ne mérite même d’être écouté. En qualifiant leurs inquiétudes de «puériles et individualistes». Belle façon de les rallier à la cause et de leur prouver que leurs préjugés sont infondés.

Si on continue d’investir autant d’énergie à s’entredéchirer et à tenter à tout prix d’évangéliser les «verts» – qui ne sont pas légion, il faut l’avouer – on va finir par s’essouffler, au grand plaisir des rigolos qui gèrent notre État.

PS: En grève ou pas, si vous êtes contre la hausse des frais de scolarité, allez signer cette pétition sur le site de l’Assemblée nationale.

Émilie Clavel

Rédactrice en chef

redacteur.campus@uqam.ca

5 Comments »

  1. Andrew Lockhead 30 mars 2012 at 13 h 23 min - Reply

    Wow, quel article !

  2. Antoine Auger 30 mars 2012 at 13 h 40 min - Reply

    Amen!

  3. Lloyd 30 mars 2012 at 20 h 52 min - Reply

    Est-ce que c’est un article, vraiment? Ou de la ventilation personnelle, j’ai de la misère à voir le propos dépersonnalisé de son auteur, ou même en quoi c’est « article » se rapproche où que ce soit de près ou de loin à un élément véritablement informatif. Sans parler de son côté tendancieux… on a le journalisme qu’on peut, j’imagine…

    • Émilie Clavel 30 mars 2012 at 20 h 55 min - Reply

      Ce n’est effectivement pas un article, c’est un éditorial. C’est pourquoi il est publié dans la section « Opinion ».

  4. N.S.B.O 4 avril 2012 at 8 h 14 min - Reply

    L’objectif du blocage de l’UQAM n’est pas de forcer les étudiants d’ESG à faire grève, mais d’empêcher l’université de fonctionner correctement… c’est de la perturbation économique! Lorsqu’on bloque les bureaux des ministères, la bourse ou tout autre organisme, les employés non plus ne se sont pas prononcés pour la grève. L’objectif d’une telle opération est d’empêcher l’institution bloquée de fonctionner normalement, de la perturber une journée ou une matinée pour se faire remarquer et entendre. Si l’UQAM a été bloquée c’est pour signifier à l’administration qu’elle ne peut continuer de fonctionner comme si de rien n’était (ou presque) alors que 5 de ses facultés sont en grève générale!

    Si les étudiants en gestion ont perdu une journée de cours, ils n’étaient qu’un dommage collatéral (et il en faut lorsqu’on tente de mettre en place un rapport de force)… personne n’essaye de les  »forcer » à faire grève en bloquant l’UQAM! Ça serait d’ailleurs absurde. Lorsqu’une association déclenche une grève, elle espère que ses membres se mobilisent et participent aux actions de grève sans quoi aucun rapport de force ne peut être mis en place. Si chacun reste chez soi, le mouvement n’aura pas de force, pas de visibilité et pas de crédibilité et donc la grève serait une action parfaitement inutile! Donc, il est impossible de  »forcer » ESG à débrayer en bloquant l’UQAM puisque ça ne mobilisera pas ses membres!

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