La Gen Z cancel-t-elle le français?

Il y a près de 50 ans, le Québec se dotait d’un outil législatif pour assurer la préséance de la langue française : sa désormais célèbre loi 101. Aujourd’hui, force est de constater une certaine indifférence de notre génération par rapport à l’anglicisation de notre parler et de notre écrit. Pas besoin d’aller loin : au sein de votre journal étudiant ou encore encore dans les salles de classe de l’UQAM, le constat est flagrant, et même, inquiétant. 

Lorsqu’on texte, souvent, le mot le plus accurate qui nous vient en tête en tant que Gen Z c’est actually un slay qu’on croit impossible à décrire autrement. Lorsqu’on call out nos ami(e)s, c’est par girl ou par bro. Lorsqu’on étudie, on dit qu’on try hard ou qu’on est locked in en sachant que notre entourage relate à ce qu’on dit. La construction même de nos phrases est anglaise : on met l’emphase, on siège sur des comités, on échoue un examen. Complices ou indifférent(e)s, on choisit, reproduit et normalise cette invasion linguistique, souvent, sans même y réfléchir.

En journalisme francophone, les sources peuvent dire, stipuler, fustiger, questionner ou encore raconter. En journalisme anglophone, they said et on laisse au contexte le soin de préciser le sens. Par paresse ou par souci d’efficacité, on tend à embrace ce type de langage plus rapide, plus simple, plus court. Résultat : on perd peu à peu la richesse des nuances et, avec elles, la capacité à nommer, analyser et critiquer. On pourrait presque parler de novlangue, soit un vocabulaire appauvri qui uniformise nos visions du monde, comme Orwell l’avait anticipé.

Il y a cinquante ans, les Québécois(es) ont compris que la langue était au cœur de l’identité collective. En 1976, notre province a porté René Lévesque au pouvoir, lui qui militait activement pour la langue française, cet « instrument essentiel à notre identité ». Sa survie, disait-il, est une responsabilité commune. Sans interdire les autres langues – qui, elles aussi, sont porteuses de visions du monde distinctes – le gouvernement péquiste a adopté la loi 101 en 1977. Elle institutionnalisait la primauté du français « chez-nous », de nos commerces jusqu’à nos salles de classe.

De nos jours, une partie de notre environnement a échappé à cette législation, puisque notre quotidien a partiellement migré vers un espace numérique. L’anglais y prolifère librement sans équivalence française et sans qu’on care trop. Exemple? Les instruments qui structurent notre quotidien sont quasiment tous anglais : nos feeds, nos stories, nos posts. Difficile dans ce contexte de s’étonner de l’anglicisation de notre génération.

Ce phénomène, Gaston Miron l’avait vu venir lorsqu’il parlait de « traduidu », soit cette langue qui calque sa syntaxe et son lexique sur ceux d’une autre langue. « Quand une langue évolue par elle-même, c’est fantastique, quand une langue évolue par une autre, c’est ce qu’on voit dans l’aliénation : notre langue devient passive », expliquait le poète en entrevue avec Radio-Canada, en 1975. Il craignait notamment que le français d’ici ne soit plus « une langue créatrice » et devienne un dialecte passif.

On peut reconnaître que nos élu(e)s d’aujourd’hui tentent de l’empêcher, notamment, avec l’adoption de la loi 96 en 2022. Toutefois, le Montréal Campus estime que le français reste mis à mal. Cet humble éditorial se veut un premier pas vers une prise de conscience et non pas un inventaire de solutions magiques. Anyway, préserver le français ne se limite pas à des performative acts, comme une traduction de mots anglais à leur équivalent français.

Tout de même, nous, journalistes et citoyen(ne)s de demain, tenterons de le faire en nous imposant une réflexion systématique sur le sujet. Au Montréal Campus, nous nous engageons à privilégier les mots français. Toutefois, par souci que notre lectorat nous comprenne, nous apposons parfois le mot anglais lorsqu’il est plus commun dans l’usage. Vous pourrez d’ailleurs le constater au fil de ces pages : l’influence de l’anglais transparaît malgré tout dans les sujets de cette édition hivernale, autant que dans nos façons de les décrire.

À l’image des Québécois(es) des années 1970, tentons, nous, la Gen Z, de revaloriser cet « instrument essentiel à notre identité ». At the end of the day, if not us, then who? 

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