Lors d’une soirée d’automne, une quarantaine de personnes dansent au Café des Habitudes, dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie. Dans la salle, c’est le silence. Et pourtant, à travers leurs casques d’écoute, c’est la grande fête.
Les danses qu’organise Joanna Nisenbaum, la propriétaire du Café des Habitudes, tous les premiers samedis du mois, se veulent un espace où tous et toutes se sentent en sécurité: un espace sûr. Les participant(e)s peuvent y « enlever tous les masques et les filtres qui [les] empêchent d’être plus proches de [leur] authenticité, même de revenir à [leur] enfant intérieur », selon la propriétaire du café.
« Les femmes peuvent se sentir à l’aise ici, sans se soucier des regards pesants dans les alentours », raconte Sonia. La soixantenaire est venue seule à l’événement. Tous et toutes sont les bienvenu(e)s, accompagné(e)s ou non, indique Joanna Nisenbaum. Dans la salle, il y a des personnes jeunes comme des plus âgées, des régulières comme des néophytes.
Oublier le regard des autres
Au cours des silent discos [disco silencieuse], certains participant(e)s s’amusent à baisser le volume de leur casque d’écoute pour admirer les danseurs et danseuses enjoué(e)s dans le silence de la pièce. D’autres profitent de ce contexte pour pouvoir parler à leurs ami(e)s sans devoir épuiser leurs cordes vocales. Seuls les crissements de souliers et les battements de mains interrompent le silence ambiant.
Que ce soit sur la piste de danse, dans la cour extérieure ou dans les toilettes, tous les endroits sont les bienvenus pour se déhancher de 19h à 21h. Certains s’amusent même à danser sur le trottoir de la rue Saint-Zotique en faisant des pirouettes.
À chaque silent disco, avant que ne commence la danse, la propriétaire rencontre les participant(e)s pour discuter. Lorsqu’il est temps d’enfiler leurs casques d’écoute, Mme Nisenbaum leur rappelle l’importance de se connecter à soi et d’oublier le regard des autres.
Chacun des discours d’introduction est personnalisé pour répondre au besoin de la communauté, explique-t-elle. « Ce soir, il y a des personnes qui nous ont quittées trop tôt qui dansent avec nous », lance Mme Nisenbaum aux personnes dans la salle. Cela fait cinq ans, jour pour jour, qu’une des habituées du café a perdu son bébé mort-né. Des bougies et des fleurs de lilas étaient éparpillées dans la salle en guise d’hommage.
Être sobre : un élément-clé?
« Quand t’as l’habitude de sortir dans les clubs, c’est comme s’il fallait boire un verre pour se désinhiber, mais ce n’est pas ça. Tu peux réussir à te lâcher sans boire. C’est tout un travail », souligne Mme Nisenbaum.
Le Café des Habitudes a un permis d’alcool. Pourtant, ce soir-là, seules deux bières de microbrasserie ont été vendues. Dans les mains des danseurs se trouvent plutôt une bonne dizaine de thés en canettes.
Le silent disco est une alternative pour passer une soirée dans un contexte social souvent associé à l’alcool et à la démesure, estime la propriétaire. La consommation annuelle d’alcool des Québécois(e)s ne cesse de diminuer d’année en année. Elle a baissé de plus d’un litre entre 2022 et 2025, pour atteindre 7,3 litres, selon Statistique Canada. Puisque les participant(e)s sont majoritairement sobres, cela rend l’expérience accessible à toute la famille pour passer un samedi soir amusant, croit Mme Nisembaum.
La naissance du Silent Disco
Ces veillées sont nées à la suite de plaintes de voisins concernant le bruit des soirées du Café des Habitudes, explique Mme Nisembaum. Depuis un an, elles sont remplacées par les événements de silent disco.
Kevin Wuji, de son nom de scène DJ Wuji, est présent à toutes ces soirées. Avec de la musique house, tribale et afro, ce dernier veut faire voyager les fêtard(e)s entre les quatre murs du café. « Je veux susciter de la joie, de l’énergie et un aspect de communauté », dit DJ Wuji.
Il est au-delà de 21h30. La musique s’arrête, les danseurs et danseuses lâchent un brouhaha de déception. « Ce soir, j’appréhendais le fait qu’il y avait moins de participants que d’habitude. Pourtant, vous avez donné tellement d’énergie et je me suis tellement amusée. Ça m’a fait un bien fou », conclut Joanna.



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