Ces jeunes qui évangélisent

Pour de jeunes croyant(e)s, l’évangélisation publique est une volonté de transformer la vie des passant(e)s pour le mieux. Depuis que le gouvernement du Québec considère interdire la prière publique, celle-ci est devenue, pour certain(e)s, une façon de manifester pour la liberté de culte.

Depuis la fin de l’été, Revival Montréal, un groupe de jeunes chrétien(ne)s, se réunit au centre-ville de Montréal du lundi au jeudi. Son but est de « partager la parole de Dieu » et de manifester contre l’interdiction des prières de rues, prévue par le projet de loi 9 déposé par le gouvernement Legault. Des prières, de la musique et des messages de motivation étaient au rendez-vous lors du passage du Montréal Campus le 14 octobre dernier. Ces événements attirent aussi l’attention des passant(e)s vers le groupe de jeunes.

« Si on arrête la prière publique, comment les autres vont-ils être sauvés? » demande le jeune évangéliste et le visage de Revival Montréal, Thien Le Minh.

Comme plusieurs jeunes chrétien(ne)s, Thien Le Minh croit que la parole de Dieu peut « sauver des vies » et qu’il est impératif de la partager.

Des jeunes engagé(e)s

La religion est un facteur d’intégration sociale, explique le professeur titulaire de la Chaire de leadership en enseignement – Jeunes et religions à l’Université Laval,  Jean-Philippe Perreault. Les croyant(e)s retrouvent souvent dans leur vie religieuse un sentiment d’épanouissement et de communauté. « [La religion] les aide à vivre au quotidien, leur donne de la confiance et leur donne de l’espoir dans les moments difficiles », ajoute-t-il.

M. Perreault souligne que, dans la perspective des personnes croyantes, la religion transforme une vie pour le mieux. Elles veulent donc offrir cette opportunité aux autres en partageant leur vécu.

« Les jeunes de notre église sont très actifs et dynamiques. Ils ont beaucoup  d’énergie », affirme Olena Goriakina, pasteure à l’Église Victoire, située sur Le Plateau-Mont-Royal. Cette église protestante ukrainienne organise plusieurs activités d’évangélisation publique, comme la distribution de messages devant la station Mont-Royal. Le tout est filmé et publié en ligne. 

« L’évangélisation a changé ma relation avec Dieu et ma vie », témoigne Alisa Yefimenao, une chrétienne de 17 ans. Il y a un an, elle a commencé à participer aux activités d’évangélisation de l’église Victoire. « Avant, j’étais très timide. Maintenant, je ne le suis plus du tout. Je peux enfin me sentir bien », renchérit-elle. Pour elle, l’évangélisation est une opportunité de « sauver des âmes » en  aidant les passant(e)s à connaître la parole de Dieu. 

Selon M. Perreault, on retrouve chez les jeunes qui s’impliquent dans les évangélisations publiques une volonté de prouver leur foi. La croyance qu’un(e) vrai(e) chrétien(ne) doit partager la bonne nouvelle existe réellement, d’après le professeur.

Mme Goriakina affirme que les jeunes adultes et les adolescent(e)s s’impliquent autant dans les évangélisations publiques que dans l’organisation d’activités au sein de l’église.

Une popularité « illusoire »

La popularité des vidéos d’évangélisations publiques sur les réseaux sociaux donne « l’impression » qu’il y a un regain d’intérêt des jeunes pour la religion, juge Jean-Philippe Perreault.  « Dans les faits, sur le plan social, c’est le retrait de la religion qui est statistiquement en augmentation », dit-il, en qualifiant ce regain de popularité d’« illusoire ».

À son avis, il vient d’une manière de partager les messages religieux qui est similaire à la publicité utilisée pour vendre des produits à des consommateurs et consommatrices. « Parce qu’on est dans une société de marché, une société de consommation, [les réseaux sociaux sont] la manière de rejoindre les gens », ajoute M. Perreault.

Le 27 novembre dernier, le gouvernement Legault a déposé sa Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec (projet de loi 9). Elle vise à interdire, entre autres, les prières dans les rues, les cégeps et les universités. Jean-Philippe Perreault considère que ce type de législation vient contraindre la liberté de culte garantie par la Charte des droits et libertés de la personne.

« Dans les faits, sur le plan social, c’est le retrait de la religion qui est statistiquement en augmentation »

Jean-Philippe Perreault, professeur de théologie et sciences religieuses à l’Université Laval

« [L’interdiction des prières publiques] risque de pousser les pratiquants dans la marginalité », s’inquiète-t-il. Il ajoute que l’évangélisation publique force les personnes religieuses à être confrontées à d’autres opinions. Sans ce contact, il existe, à son avis, un danger de radicalisation.

« Cette loi ne va pas nous interdire d’inviter les gens à l’église et de faire des évangélisations à l’intérieur de l’église », assure la pasteure Olena Goriankina.

Thien Le Minh affirme que les membres de Revival Montréal et lui ne prévoient pas respecter l’interdiction des prières publiques, prévue par le projet de loi 9. « La parole de Dieu est l’autorité finale », conclut-il.

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