Redéfinir le « Je me souviens »

Qu’est-ce qu’un Québécois ou une Québécoise ? Le Montréal Campus a interrogé trois membres de la communauté uqamienne sur ce que représente pour eux et pour elles cette identité.

« Un Québécois, c’est quelqu’un qui se dit Québécois », affirme Rémi Villemure. L’étudiant au doctorat en sociologie à l’UQAM élabore cette définition de l’identité québécoise en s’inspirant des propos du cinéaste indépendantiste Pierre Falardeau.

Ève Pépin abonde dans le même sens. « À chaque fois que je vais à l’étranger, j’aime m’affirmer en tant que Québécoise », ajoute l’étudiante au baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI) à l’UQAM.

« J’aime corriger les gens qui disent que je suis d’origine canadienne. » – Ève Pépin, étudiante à l’UQAM

Bachir Ibrahim, qui a émigré du Liban à 7 ans, se dit Québécois, mais « peut-être pas au complet ». Il affirme que même s’il affectionne la nation qui l’a accueilli, il ne peut pas s’attacher complètement à un endroit où il n’a pas grandi toute sa vie.

Selon lui, le peuple québécois se définit par son histoire et par sa culture, que l’étudiant considère comme unique. « [Le Québec], c’est un îlot dans l’Amérique au complet », dit celui qui étudie aussi au BRIDI.

Ève Pépin souligne le lien entre la culture et l’identité québécoise au sein du milieu universitaire montréalais. Elle constate une affection de la communauté étudiante pour la littérature, l’humour et la musique du Québec, évoquant notamment la popularité chez les jeunes d’artistes tels que Les Louanges et Hubert Lenoir.

Entre inclusion et exclusion

À travers leurs propos, Bachir Ibrahim et Ève Pépin énumèrent un ensemble de référents identitaires. Selon Frédérick Guillaume Dufour, professeur au Département de sociologie de l’UQAM, ces référents peuvent engendrer des pratiques d’inclusion et d’exclusion qui se produisent surtout lors d’interactions sociales.

Bachir Ibrahim avoue que, même si la plupart des gens sont aimables, il entend régulièrement des commentaires qui lui rappellent qu’il ne « sera jamais autant Québécois qu’un vrai Québécois ».

Il cite à titre d’exemple les propos de Jean Boulet, ancien ministre de l’Immigration, qui a affirmé en septembre 2022 que « 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ».

L’évolution de l’identité

« Dans ma vie de jeune fille de 21 ans, je n’ai pas vraiment souffert d’être Québécoise », assure Ève Pépin. Selon elle, c’est peut-être ce privilège qui fait en sorte qu’elle ne ressent pas l’urgence de revendiquer son identité, comme le faisaient autrefois ses grands-parents.

M. Dufour observe une séparation importante entre la génération des années 70 et celle d’aujourd’hui. La population canadienne-française de la Révolution tranquille se considérait colonisée en raison de l’exploitation socio-économique anglophone dont elle était victime.

Selon le professeur, cette dynamique est inconnue par la nouvelle génération. Aujourd’hui, les jeunes qui se positionnent sur la question coloniale ont évolué dans des milieux plus économiquement aisés, ce qui leur permet de rejeter le statut de « colonisés ». « Les nouvelles catégories d’analyse vont vraiment construire la colonisation autour de l’opposition entre colons et autochtones », affirme M. Dufour. Il y a donc un conflit générationnel important. « Les jeunes voient leurs parents comme des colonisateurs et ces parents-là se voyaient comme des colonisés », précise-t-il.

Rémi Villemure ajoute que les artistes québécois(e)s ne sont désormais plus les porte-parole qu’ils et elles ont historiquement été, notamment sur la question de l’identité nationale. « Je pense que ça joue probablement dans le débat autour de la prise de parole des jeunes, parce qu’ils ont toujours été en phase avec les artistes », dit l’étudiant. Selon lui, la nouvelle génération se questionne sur l’identité québécoise autrement qu’au travers du regard des artistes. Il donne pour exemple le congrès national du Parti québécois, un événement qu’il considère populaire auprès des jeunes.

Désaccord sur le français

Interrogé sur le futur de la nation québécoise, Rémi Villemure soulève la question de la langue. « Évidemment que ça fait partie de l’identité québécoise, le français. Le Québec est une nation majoritairement francophone sur un continent d’anglophones », affirme-t-il.

Il est de ceux et celles qui se disent inquiets et inquiètes face au futur de ce référent commun, qu’il considère en déclin. Au sein du mouvement nationaliste québécois, M. Dufour observe aussi une renaissance de la question de la langue. « Elle me semble étonnement plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a quatre ou cinq ans. »

Bachir Ibrahim, qui reconnaît être en faveur de la protection du français, considère que certaines lois sont « un peu limites », comme de scolarité pour les étudiants et les étudiantes universitaires canadien(ne)s et étranger(ère)s non résident(e)s du Québec qui entameront leur parcours au sein d’universités québécoises.

Et la souveraineté ?

Selon M. Dufour, plusieurs enjeux semblent être perçus par les jeunes Québécois et Québécoises comme plus prioritaires que l’indépendance. Le professeur cite en exemple l’environnement et les luttes féministes.

L’idée de la souveraineté continue toutefois à faire rêver plusieurs jeunes. « Moi, le fait que le Québec cherche encore à devenir un pays, ça donne un sens à ma vie », affirme Rémi Villemure.

Ève Pépin se montre quant à elle plus nuancée. « De coeur c’est un bon gros ‘’oui’’, mais de tête, il faudrait juste complètement redéfinir ce qu’on veut et notre définition de Québécois ». Elle dénonce notamment la situation des personnes autochtones, qui, selon elle, ne sont pas considérées au sein de la représentation de ce que sont un Québécois et une Québécoise. « C’est un projet qui a besoin d’être rebâti de zéro. On ne peut vraiment pas prendre les ébauches du XXe siècle », tranche-t-elle.

Mention photo : Élizabeth Martineau

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