La communauté étudiante perplexe face à la filière batterie

Environnement, retombées économiques, faisabilité : les inquiétudes concernant le développement de la filière batterie au Québec sont nombreuses chez la communauté étudiante et la laissent méfiante par rapport à ce projet de société. 

Le gouvernement du Québec investit plusieurs milliards de dollars depuis le début de 2023 dans le développement d’usines de batteries électriques et présente cette industrie comme étant un projet d’avenir pour l’économie et l’environnement. Cependant, ces investissements semblent moins enthousiasmer la communauté étudiante québécoise que la classe politique.

« Considérant qu’on est dans un mouvement d’électrification des transports qui continue de grossir, c’est sûr que ça peut être bénéfique. Mais en même temps, ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour mettre autant d’argent là-dedans, avec la crise du logement et la pénurie de main-d’œuvre », croit Jean-Christophe Boivin, étudiant au baccalauréat en génie électrique à l’Université du Québec en Outaouais.

De son côté, Paul Vézina, un étudiant au baccalauréat en physique à l’Université de Sherbrooke, pense qu’il faut amener quelques nuances lorsqu’on présente la filière batterie comme étant le futur de l’énergie et de l’économie québécoise.

« En physique, on est en train de développer des technologies de stockage d’énergie intéressantes comme les supraconducteurs. Je crois qu’on est dans une phase de transition avec le lithium et que de meilleures technologies de stockage sont à venir », pense l’étudiant.

Inquiétudes environnementales

L’impact environnemental du développement de la filière batterie est aussi au cœur des préoccupations des membres de la communauté étudiante. La contribution au maintien de la culture de la voiture en Amérique du Nord, les conséquences du minage des minéraux nécessaires à la fabrication de batteries et le sentiment de ne pas encourager le développement du transport en commun sont toutes des inquiétudes mises de l’avant par les jeunes.

« Le combat [environnemental] passe par la réduction du parc automobile et le développement des transports en commun. Les voitures électriques ne changeront pas nos habitudes; il en faut plus afin de lutter contre les changements climatiques », explique Mélissa Dugas-Caron, détentrice d’une maîtrise en environnement de l’Université de Sherbrooke.

Depuis l’annonce de l’inauguration de la nouvelle usine de cellules de batteries de Northvolt à Saint-Basile-le-Grand en Montérégie, le gouvernement du Québec refuse de confirmer si le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) fera une évaluation des impacts de l’usine sur l’environnement. La possibilité qu’il n’y ait pas d’évaluation environnementale de la part du BAPE crée un malaise chez les personnes rencontrées par le Montréal Campus.

« C’est inquiétant, considérant que ce sont des milieux humides et des terres fertiles pour l’agriculture qui vont être affectées. C’est important de faire l’évaluation environnementale, surtout lorsqu’on considère la grosseur de l’usine et l’endroit où elle sera construite », argue Mme Dugas-Caron.

Des défis considérables

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de crise du logement, la faisabilité du projet d’usine en Montérégie est aussi remise en question par plusieurs étudiants et étudiantes. D’autres soulignent le défi de trouver plusieurs milliers de travailleurs et travailleuses et de les loger dans les villes avoisinantes à Saint-Basile-le-Grand.

« Ça me semble étrange. Considérant que Saint-Basile-le-Grand n’a même pas une population de 20 000 personnes et que McMasterville en a à peine 6000, je ne pense pas que ça soit réaliste », soulève Paul Vézina.

La capacité de production d’électricité d’Hydro-Québec laisse perplexe Jean-Christophe Boivin quant au développement aussi rapide et à aussi grande échelle de la filière batterie. De son côté, François Legault affirme qu’il y aura d’autres projets similaires à celui de l’usine de Northvolt en Montérégie, malgré le fait qu’il faudrait trois ou quatre nouveaux barrages afin de répondre à la demande en électricité.

« Ce n’est effectivement pas très réaliste. La construction d’un barrage est un processus très long et très coûteux en plus d’être très dommageable pour l’environnement », explique M. Boivin.

« J’ai une opinion mitigée. Ça semble excitant comme projet, surtout du point de vue technologique, mais il semble y avoir plusieurs défis qui soulèvent des questions », conclut Paul Vézina.

Mention photo : Northvolt

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