Méfaits diversOpinionS’inspirer de l’Europe, là où petit train va loin

Ce texte est paru dans l’édition papier du 30 novembre 2022

Avez-vous déjà voyagé en train au Canada ? Moi non plus. Pourtant, le corridor entre Québec et Toronto est propice au développement d’un réseau ferroviaire efficace. Alors que VIA Rail planifie la construction d’un train à grande fréquence (TGF), le gouvernement fédéral doit appuyer sur l’accélérateur afin que ce projet se concrétise le plus rapidement possible.

Cet été, lors d’un voyage en Europe, j’ai profité des réseaux de trains d’une dizaine de pays. Toutes les villes, même celles de moindre importance, sont bien desservies. Les billets sont peu coûteux et le système est fiable. L’histoire est différente au Canada. 

« [Les dirigeants de] VIA Rail offrent un service vraiment mauvais, et ils le savent. Pour se rendre de Montréal à Québec, ça prend un temps fou et [le train passe peu souvent] », déplore Jacques Roy, professeur titulaire au Département de gestion des opérations et de la logistique de HEC Montréal et expert en gestion des transports.

L’objectif d’un TGF est d’améliorer la fréquence à laquelle le train passe. « S’il y avait plus de fréquences, les gens l’utiliseraient plus, à mon avis », poursuit M. Roy. 

En s’arrêtant dans une quinzaine de villes entre Québec et Toronto, comme Trois-Rivières, Montréal, Ottawa et Peterborough, le réseau favoriserait les courtes et les longues distances. En passant aux heures, et même aux demi-heures pendant les moments de grande affluence, le TGF deviendrait attrayant. Les petites villes auraient enfin une option intéressante de transport collectif. 

La voiture perdrait des adeptes, ce qui est une bonne nouvelle en matière d’environnement. Selon la Société Nationale des Chemins de fer Français, voyager à bord d‘une voiture à essence est 26 fois plus polluant que de se déplacer en train. Considérant qu’une réduction de l’usage de l’automobile sur de longues distances est essentielle à l’atteinte des objectifs climatiques du Canada, le secteur ferroviaire doit jouer un rôle dans la lutte environnementale. 

Cet été, le gouvernement allemand a introduit un billet mensuel à 9 euros pour l’utilisation des trains régionaux. Cette initiative a eu un grand impact sur les émissions de gaz à effet de serre : 1,8 million de tonnes de CO2 ont été économisées. Même si une telle situation n’est pas près de se produire au Canada, un TGF peut être un pas dans la bonne direction.

Derrière cet espoir, des coûts importants se cachent : la facture d’un TGF entre Québec et Toronto pourrait s’élever à 20 milliards de dollars, selon Pierre Barrieau, chargé de cours à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal.

Les routes s’useraient moins parce qu’elles seraient moins empruntées par les automobiles. Le besoin de construire de nouvelles routes serait également moindre. « Ça coûterait beaucoup plus cher d’améliorer le système routier entre Montréal et Toronto que de construire un [réseau de] TGF », affirme M. Barrieau.

Un TGF pourrait vous faire économiser gros. Le prix d’un billet de TGF entre Québec et Montréal serait près de 20 $, selon M. Barrieau. C’est plus économique que le transport en voiture, pour lequel le prix de l’essence, les coûts d’usure de la voiture et les coûts dus aux bris mécaniques doivent être additionnés. Selon le professeur Jacques Roy, pour l’automobile, le montant total revient à 0,50 $ par kilomètre. L’aller vers Québec est donc de 125 $ en voiture, soit 105 $ de plus qu’en empruntant un éventuel TGF.

Si vous priorisez la vitesse du transport au prix, le TGF est aussi la meilleure option, en excluant l’avion. L’aller Montréal-Toronto serait d’une durée de 4 h à 4 h 20, selon les estimations de VIA Rail. L’automobile prend plus ou moins 5 h 30 pour se rendre dans la métropole ontarienne. Mine de rien, cela représente une économie de temps d’environ 1 h 30. Voyager plus rapidement pour moins cher, tout le monde y gagne. 

Depuis près de 30 ans, le gouvernement fédéral se tourne les pouces. Il doit cesser et investir massivement dans le projet de TGF de VIA Rail, qui est pour l’instant embryonnaire. Une fois ce projet mené à terme, d’autres lignes de trains pourront être ajoutées au réseau qui impliquera de plus en plus de villes. À ce moment, le couloir entre Québec et Toronto aura peut-être des airs européens.

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