Quand la musique devient le personnage principal

John Williams, Hans Zimmer, Lisa Gerrard, James Newton Howard, Hildur Guðnadóttir : nombreux et nombreuses sont les compositeurs et les compositrices de musique de film qui bercent les oreilles des cinéphiles. Un son qui joue un rôle particulier dans une œuvre cinématographique.

« Ironiquement, une bonne musique de film, il ne faut pas la remarquer », souligne le chargé de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Daniel Courville. La trame sonore d’un film sert principalement à accompagner les spectateurs et les spectatrices en les dirigeant vers l’émotion que tente de véhiculer le réalisateur ou la réalisatrice, sans pour autant le ou la distraire de ce qu’il se passe à l’écran.

« En écoutant les bandes sonores après avoir vu le film, c’est là que tu peux comprendre pourquoi tu as trouvé la scène triste ou joyeuse, qui va venir appuyer le sentiment, ou des impressions », explique le chargé de cours.

La musique reste avant tout, un élément qui aide à la narration ou à la trame narrative du film. « La musique rythme le film d’une certaine façon, c’est quelque chose d’important parce que sans musique, il n’y aurait pas ce genre de rythme là », justifie Anaïs Larocque, compositrice de musique de film. Ce rythme, qui amène la notion du temps, de mouvement, d’énergie, peut guider le public à travers les émotions véhiculées par l’œuvre. Par exemple, dans une scène d’action où un personnage prend la fuite, la musique va aider à créer ce mouvement de précipitation, des pauses, des accélérations, de la tension, etc.

Toutefois, la musique d’un film ne pourra jamais le sauver de sa médiocrité. « La musique pourra survivre au film, mais le film restera “mauvais », mentionne Daniel Courville. C’est-à-dire que le public se souviendra du film pour sa musique et non pour la qualité de son scénario ou de la performance de ses acteurs et de ses actrices.

Un film peut aussi comprendre un peu ou aucune musique et rester mémorable. Le long-métrage Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, réalisé par les frères Coen, qui est considéré comme l’un de leur plus grand succès, compile un total de 16 minutes de musique pendant tout son film.

La composition : un travail complexe

Les différences sont nombreuses entre la composition d’une bande sonore et de la musique sans paroles. La création d’une trame sonore consiste principalement en un travail de collaboration entre le compositeur ou la compositrice et le réalisateur ou la réalisatrice. C’est une composition qui se fait en se basant sur l’image présentée à l’écran ou encore ce que veut véhiculer le cinéaste. La compositrice ou le compositeur travaille à la toute fin de la postproduction d’un film. Une séance de spotting est faite avec le réalisateur ou la réalisatrice, où les deux artisans décident de l’endroit où sera placée la musique, afin que le compositeur ou la compositrice puisse aller créer. Le mixage est alors la dernière étape, où les derniers changements sont apportés. 

Un parallèle peut être fait avec l’opéra selon Daniel Courville. « L’opéra sert une histoire et un texte : donc là il y a des contraintes liées à la composition. Et ces contraintes-là existent, mais de manière encore plus pointue dans la composition de musique de film. » Dans une musique plus traditionnelle, comme une symphonie par exemple, ce sont alors des contraintes de formes qui peuvent restreindre le compositeur ou la compositrice dans son élan artistique.

Jouer avec la musique

Pour la réalisatrice indépendante de Rouyn-Noranda et enseignante en cinéma au cégep d’Abitibi-Témiscamingue Beatriz Mediavilla, la trame sonore d’un film lui donne une couche de sens de plus. « Comme avec les mots on peut faire des métaphores, pour pouvoir utiliser tous les codes propres à la musique et au son pour ajouter des couches de sens, pour amener le film plus loin, pour l’amener ailleurs. » Par exemple, dans son œuvre habiter le mouvement – un récit en 10 chapitres, les instruments choisis à différents moments permettent d’amplifier ce qu’illustre le récit. À un certain moment, Joséphine Bacon, participante du récit, parle du rythme de son cœur. 

Pour son prochain projet, Axiomata, Mme Mediavilla aimerait que la musique se fasse plus remarquer par les spectateurs et les spectatrices. « J’ai été très claire avec Antoine, la première loi [de Newton] il faut que le spectateur soit pris plus par la main. Faut qu’il puisse au moins dire “ah wow la musique est belle”, mais sans s’en rendre compte et il faut que son cerveau embarque dans la proposition, mais par la musique sinon c’est trop abstrait. »

La musique de film à l’UQAM

L’UQAM offre la possibilité aux étudiants et aux étudiantes du deuxième cycle de s’inscrire au Diplôme d’études supérieures spécialisé (DESS) en musique de film. « Le DESS m’a permis de découvrir que je suis faite pour ce métier-là », mentionne Anaïs Larocque, qui a gradué en 2015. Depuis, elle a composé de la musique pour plusieurs courts-métrages et plus récemment pour le long-métrage documentaire Odyssée sous les glaces réalisé par Denis Blaquière.

Tout au long du DESS, plusieurs projets accompagnent les étudiants et les étudiantes afin de perfectionner leur technique de composition.  Lors d’un cours de création, ils et elles devaient composer la musique de vidéos d’animations qui sont fournies par des étudiantes et des étudiants du Cégep du Vieux Montréal et de l’École des arts numériques, d’animation et du design de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). À la fin du diplôme, les étudiantes et les étudiants sont mis(e)s en contact avec les finissants et les finissantes du baccalauréat en cinéma de l’UQAM, ce qui a permis à la compositrice de se créer une liste de contacts. De plus, ils et elles sont amenés à composer la musique pour le film final des étudiantes et des étudiants en cinéma.

Mention photo Augustin de Baudinière | Montréal Campus

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *