En coulissesLa politique s’immisce en culture

Laetitia Arnaud-Sicari13 janvier 20224 min

Le mythique cours d’Éthique et culture religieuse sera remplacé par un autre, dont le contenu demeure un mystère. Si plusieurs expert(e)s jugeaient la réforme nécessaire, on peut se demander s’il est problématique que le parti au pouvoir se donne le droit de définir ce qu’est la culture.

Afin de remodeler le contenu du cours, une consultation publique a eu lieu du 10 janvier au 21 février 2020 ; au cours de celle-ci les Québécois(es) devaient se prononcer sur les enjeux qu’ils et elles souhaitent voir abordés dans le cours.

Sans même attendre les résultats de cette consultation, le cours Culture et citoyenneté québécoise a vu le jour. Il devrait être intégré « progressivement dans les écoles dès la rentrée 2022 et mis en œuvre dans l’ensemble du réseau à la rentrée 2023 », selon le Ministère de l’Éducation.

«  Il y a des dizaines, voire des centaines de définitions différentes, sinon concurrentes, du mot culture. Lorsque le mot est employé au singulier, on est vraiment en droit de s’inquiéter », pense le professeur titulaire en histoire à l’Université de Montréal, Ollivier Hubert.

En analysant le nom du cours, M. Hubert, qui se spécialise dans l’histoire culturelle du Québec, craint le traitement que subirait la culture dans ce programme. Il semblerait qu’elle soit limitée aux frontières du provincial au lieu d’être considérée comme « un espace de création définie par son instabilité », selon le professeur. Miroir de la société, la culture est plurielle, et en constante évolution.

Il n’est pas étonnant de constater que le cours Culture et citoyenneté québécoise suit la même lignée identitaire que la Coalition Avenir Québec (CAQ), parti qui se dit ouvertement nationaliste.

« Les citoyennes et les citoyens de partout dans le monde sont déjà soumis à une propagande nationaliste constante, qui s’insinue avec toujours plus de force dans les espaces médiatiques. Faut-il vraiment en rajouter avec un cours? », se questionne d’ailleurs Ollivier Hubert.

Le 22 novembre dernier, le gouvernement provincial a annoncé un investissement de 50 millions de dollars sur cinq ans pour inciter les jeunes à s’intéresser à la culture dans les écoles et dans les bibliothèques. Évidemment, le contenu sera « majoritairement québécois », selon La Presse.

Consommer des œuvres culturelles et artistiques québécoises n’a rien de négatif, au contraire : nous devons être fier(e)s de nos joyaux d’ici, même s’ils ne plaisent pas à tous et à toutes.

Par contre, il est dommage de constater que nous nous replions : ce nouveau cours semble en être la conséquence. Cette tendance n’est malheureusement pas unique à notre province, indique M. Hubert.

Dans un article paru le 10 janvier 2020 dans Le Devoir, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge avait expliqué qu’une révision du cours d’ECR s’imposait pour le moderniser. Sa version actuelle a été implantée lorsque le gouvernement libéral de Charest était au pouvoir en 2008.

La propagation de certains stéréotypes, le manque de regard critique sur l’aspect religieux et la trop grande importance accordée aux religions dans le cours d’ECR sont quelques-unes des critiques émises par les personnes qui s’y opposent.

Malgré ces reproches, exposer les jeunes à une culture variée est primordial. S’ouvrir au monde permet de mieux le réinventer. Accepter le fait qu’il y a des bagages culturels différents qui coexistent ensemble, c’est se munir d’un outil qu’on appelle la tolérance. D’ailleurs, celle-ci réussit à abattre toutes les barrières érigées par la peur, voire la haine de l’inconnu. Malheureusement, le gouvernement caquiste prône une force dans l’unité, alors qu’elle devrait être dans la diversité.

Bon, sachez que le but de cette chronique n’est pas de condamner ce cours dont nous ne connaissons pas encore le contenu. Il semble y avoir du bon aussi.

D’après le résumé du cours publié sur le site du Ministère de l’Éducation, des enjeux reliés à la violence conjugale, au numérique et à l’environnement feront partie du cursus. Ce sont des thématiques nécessaires à aborder, et qui sont au cœur des préoccupations et de l’actualité.

Par contre, il est normal de s’inquiéter d’un potentiel manque de transparence quant à la direction que pourrait prendre ce cours. Il faudra attendre encore un peu pour voir ce qu’il nous réserve.

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