SociétéLes langues autochtones en chute libre

Augustin de Baudinière8 octobre 20213 min

Dans son projet de réforme de la loi 101, l’administration caquiste compte maintenir le français comme seule langue officielle du Québec. Aucun statut particulier ne serait accordé aux langues autochtones, malgré les revendications des communautés pour lutter contre la disparition progressive de leurs langues.

De 2006 à 2016, Statistique Canada a constaté une importante croissance démographique chez les peuples autochtones au Canada, et particulièrement au Québec. En 2006, 39,1 % de la population autochtone de la province se déclarait capable de soutenir une conversation dans une langue autochtone. Dix ans plus tard, cette statistique a chuté de 3,3 %.

Officialiser les langues autochtones

Dans la province, seules dix langues autochtones sont encore employées. Face au déclin de ces langues, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) a demandé au ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, de prendre en compte la réalité des Premières Nations lors des audiences concernant la réforme de la loi 101. L’APNQL réclamait donc que les études en français ne soient pas imposées aux élèves membres des Premières Nations, et exigeait l’inclusion des langues autochtones parmi les langues officielles du Québec.

« Si on veut seulement établir un dialogue dans les langues officielles, ce qui a été le cas depuis que le Québec existe, on va continuer dans une relation qui met toujours en avant-plan le peuple colonisateur », observe Nancy Wiscutie-Crépeau, professeure à l’Unité mixte de recherche en études autochtones de l’Institut national de la recherche scientifique et de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Elle dit regretter que la suggestion d’officialiser les langues autochtones ne soit pas entendue par le gouvernement Legault.

Le professeur au Département de linguistique de la Faculté des sciences humaines de l’UQAM Richard Compton, quant à lui, souligne le lot d’obstacles qu’entraînerait l’officialisation des langues autochtones. « Quand on considère tout ce qu’il faudrait faire pour […] qu’une langue soit officielle, en termes de traduction de lois et d’enseignement dans les écoles, ça serait vraiment un défi sur le plan des ressources humaines », fait-il remarquer.

Une politique de préservation restreinte

« L’enseignement des langues autochtones à l’école, c’est vraiment pour favoriser la transition de l’élève dans le système scolaire dominant. Ce n’est pas une approche qui vise à développer un bilinguisme équilibré chez lui », ajoute Nancy Wiscutie-Crépeau, qui est membre des nations crie et anichinabé.

Elle perçoit un manque de financement et de volonté politique de la part des gouvernements dans la préservation des langues autochtones. Très peu d’enseignants et d’enseignantes sont formé(e)s pour enseigner les langues autochtones. Résultat, l’enseignement s’arrête souvent après la troisième année du primaire, indique Richard Compton. Bon nombre d’entre eux et elles deviennent alors des locuteurs et locutrices passifs et passives, incapables d’échanger oralement avec leurs aîné(e)s.

Dès lors, une fracture se crée entre deux générations qui ne se comprennent plus, et la communauté est fragilisée. Il s’agit d’une situation dangereuse, plaide Richard Compton. « On doit prendre soin de la langue, faire en sorte qu’elle soit maintenue pour avoir une cohésion sociale, pour faire en sorte que les petits enfants puissent communiquer avec leurs grands-parents », statut-il.

D’heureuses exceptions

Tandis que le wendat a disparu et que les Mohawks de Kahnawake tentent de faire renaître leur patrimoine linguistique grâce à l’enseignement scolaire, d’autres langues sont parvenues à conserver leur vivacité. C’est le cas de l’attikamek, de l’innu et de l’inuktitut.

« La proximité aux centres urbains est fortement corrélée avec la perte de la langue ou une interruption dans cette transmission intergénérationnelle. La distance réduit la pression des langues coloniales comme le français et l’anglais », explique Richard Compton.

Mention photo Édouard Desroches | Montréal Campus

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