UQAMLes parents aux études, grands oubliés de la rentrée en présentiel

Fannie Arcand6 octobre 20214 min

Les membres de la communauté étudiante de l’UQAM qui doivent s’absenter pour des raisons liées à la COVID-19 n’ont aucune garantie de pouvoir poursuivre leurs cours à distance. Devant cette incertitude, les parents étudiant(e)s, privé(e)s d’accommodements, craignent pour leur réussite.

Afin d’éviter de possibles éclosions, l’UQAM interdit à toute personne qui montre des symptômes de la COVID-19, qui reçoit un résultat positif ou qui a été en contact étroit avec un cas positif, de se présenter à l’université.

Quant aux accommodements offerts à une personne étudiante en isolement, la directrice des relations de presse de l’UQAM, Jenny Desrochers, explique que celle-ci peut « en discuter avec ses enseignantes ou enseignants ». Il revient à ces derniers de déterminer les modalités d’enseignement, telle que la possibilité de suivre le cours à distance.

Au moment de la publication de cet article, aucune éclosion n’a été déclarée sur le campus de l’université, selon Mme Desrochers.

Le corps enseignant dans un entre-deux

Olivier Aubry, président du Syndicat des professeures et professeurs enseignants de l’UQAM (SPPEUQAM), affirme que ses membres qui donnent un cours en présentiel ne sont pas dans l’obligation d’offrir celui-ci à distance pour une personne qui doit s’isoler. Il précise qu’une absence liée à la COVID-19 est traitée par l’UQAM comme toute autre sorte d’absence.

Accommoder un étudiant ou une étudiante en offrant un cours en ligne, alors que le reste de la classe est en présentiel, peut entraîner une surcharge de travail sur le corps enseignant, selon M. Aubry. « Imaginez être à la place de votre enseignante ou enseignant, est-ce que vous accepteriez d’augmenter votre charge de travail sans aucune compensation et sans que cela soit prévu à votre contrat? », questionne-t-il.

Les parents étudiant(e)s laissé(e)s en plan

Dans une lettre adressée au vice-recteur à la vie académique, Jean-Christian Pleau, ainsi qu’à toutes les facultés, le Comité de soutien aux parents étudiants (CSPE) de l’UQAM déplore que rien n’ait été prévu pour les étudiants et les étudiantes qui doivent s’absenter pour prendre soin de leur enfant qui a contracté la COVID-19, ou dans le cas de la fermeture d’une classe en raison d’une éclosion.

Dans sa lettre, le comité dit craindre que « les parents aux études à l’UQAM devront, comme d’habitude, se débrouiller individuellement pour expliquer leur situation à leurs professeur(e)s et s’en remettre à leur bonne volonté ».

La lettre, envoyée le 3 septembre, est restée sans réponse jusqu’au 4 octobre. Dans son courriel, le vice-recteur à la vie étudiante, Jean-Christian Pleau, a exprimé sa sensibilité quant à la situation. Néanmoins, il n’a pas proposé d’accommodement pour les parents aux études.

Pour Joanie Ménard, mère monoparentale et étudiante en communication humaine et organisationnelle, le retour en présentiel se fait difficilement. La jeune mère a commencé ses études à l’UQAM en 2020, après la naissance de sa fille Maélie, alors que tous ses cours étaient donnés en ligne. « J’aimais vraiment ça, dit-elle, avec les cours enregistrés, j’étais sûre de ne jamais manquer de matière. »

Cette session, Joanie suit trois cours, en plus de travailler huit heures par semaine. Déjà, elle a dû s’absenter de ses trois premiers cours théoriques pour s’occuper de sa fille. Deux de ces fois, la petite présentait des symptômes de COVID-19, ce qui l’a forcée à rester à la maison avec elle dans l’attente d’un résultat de test négatif.

Considérer l’abandon

Les professeurs et les professeures de Joanie ont été accommodant(e)s jusqu’à présent, mais le retard qu’elle a accumulé est important, et les notes de cours offertes par ses collègues de classe ne suffisent pas pour le rattraper. Elle a demandé l’accès aux capsules des cours enregistrées l’an dernier, mais sans succès.

Joanie peine maintenant à suivre la matière de ses cours. « Ça m’angoisse beaucoup, j’ai toujours peur que ma fille tombe malade et de prendre du retard sur mon retard […] J’ai peur de ne pas voir le bout », témoigne-t-elle.

La jeune mère considère mettre ses études sur pause lors de la prochaine session. « Je me sens impuissante, j’ai l’impression de ne rien pouvoir faire pour changer la situation », ajoute-t-elle.

Annie Noël de Tilly, coordonnatrice du CSPE, déplore que les membres de la communauté étudiante qui ne peuvent pas suivre leurs cours à distance soient poussés à considérer l’abandon. Sur la page Facebook du CSPE, des parents étudiants et étudiantes se questionnent à savoir si les cours annulés doivent tout de même être payés, ou si une telle annulation après la date limite leur vaudra un échec.

Annie Noël de Tilly propose qu’une directive soit mise en place afin d’assurer le suivi et l’accès au contenu des cours à distance. « Quand un parent décide de faire des études, ça prend une dose de courage, et beaucoup d’organisation. Si en plus on lui met des bâtons dans les roues, c’est décourageant », conclut-elle.

Mention photo Manon Touffet | Montréal Campus

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