UQAMLe rôle de la CE transformé par la pandémie

Geneviève Abran18 avril 20216 min

Modification de programmes, attestation des diplômes, notation succès/échec : la Commission des études (CE) a le rôle d’émettre des recommandations. Si la majorité de ses résolutions sont acceptées par le Conseil d’administration (CA), la pandémie transforme tout de même son travail. 

Depuis le début de la crise sanitaire, le professeur au Département de mathématiques Christophe Hohlweg, qui a joint la CE en 2018, remarque un « manque de communication » entre celle-ci et le CA. Selon lui, la pandémie a amené de mauvaises conditions de travail, ce qui occasionne des malentendus entre les commissaires et le Vice-rectorat. 

Instaurée par le réseau de l’Université du Québec, la Commission des études est responsable de formuler des résolutions quant à la coordination de l’enseignement et de la recherche. Elle est formée de sept membres étudiant(e)s, sept professeur(e)s qui représentent chacune des facultés, trois professeur(e)s enseignant(e)s et deux membres du personnel de soutien. Le vice-recteur à la Vie académique et le vice-recteur à la Recherche, à la création et à la diffusion font aussi partie de la Commission. La rectrice de l’UQAM, Magda Fusaro, y siège comme présidente. 

Il est possible qu’une recommandation passée à la CE ne soit pas approuvée au CA puisque ce dernier est prépondérant dans la prise des décisions de nature administrative. De ce fait, le CA regroupe trois membres de la direction, quatre membres du corps enseignant, deux délégué(e)s étudiant(e)s, mais aussi des membres de la collectivité qui n’ont pas de liens directs avec l’UQAM.

Divergences

« Les recommandations de la CE viennent des instances inférieures », spécifie le directeur et professeur à l’École des médias Pierre Barrette, qui y siège en tant que représentant de la Faculté de communication. 

« La CE est dominée par les enseignant(e)s et les étudiant(e)s », rappelle M. Barrette. Ceci peut faire en sorte qu’une recommandation adoptée à la CE ne le soit pas au CA, où la communauté universitaire est moins représentée. Cette réalité reflète un déséquilibre dans le rapport de force, croit M. Hohlweg. Selon lui, les membres du CA ne faisant pas partie de l’UQAM sont plus facilement influencés par l’avis des membres de la direction. Ceci peut faire en sorte qu’une résolution votée à majorité par la CE peut ne pas être adoptée par le CA, explique-t-il. 

De son côté, la directrice des relations de presse de l’UQAM, Jenny Desrochers, juge qu’il est « faux de prétendre que les recommandations de la CE ne sont pas entérinées par le CA ». Elle mentionne que la « quasi-totalité » des résolutions proposées par la CE depuis l’entrée en poste de Magda Fusaro, en janvier 2018, ont été adoptées par le CA. 

Tout de même, M. Hohlweg juge que le CA doit absolument « renvoyer la balle » au CE quand il n’est pas d’accord avec une recommandation. Chose qu’il ne fait pas toujours depuis l’arrivée de la COVID-19, admet le professeur de mathématiques. Il ajoute : « C’est dangereux quand le CA ne renvoie pas un rapport argumenté lorsqu’il n’est pas d’accord avec une recommandation», comme c’était le cas avant la pandémie,  puisqu’il a des connaissances que n’a pas nécessairement la CE. 

M. Barrette remarque lui aussi que la pandémie a mené à un « clivage » entre les priorités des professeur(e)s enseignant(e)s, des étudiant(e)s, et celles de l’administration. Selon lui, cette « situation de crise » a rendu difficile la conciliation entre la « dimension proprement universitaire » et les coûts financiers qu’entraînent de telles positions. Il cite en exemple la reconnaissance du travail du personnel enseignant, qui ne peut être faite sans l’ajout de ressources de soutien. « Le CA a les mains liées par les ressources financières disponibles », estime M. Barrette. 

Moyens de pression 

« La pandémie nous a fait réaliser qu’on peut utiliser la CE pour pousser nos revendications », constate le commissaire à la CE et étudiant à la maîtrise en science politique, Benoît Allard. Ce dernier considère que l’impactdes membres de la communauté étudiante est plus significatif depuis le début de la crise sanitaire. 

C’est notamment grâce à la voix étudiante que la notation succès/échec a été adoptée au trimestre d’hiver 2020 pour l’ensemble de la communauté uqamienne, explique l’étudiant. Les commissaires étudiant(e)s ont demandé l’été suivant à ce qu’elle soit permise pour tous les trimestres depuis le début de la pandémie. Le CA a ultimement accepté de permettre l’utilisation de la mention succès/échec pour des cours ou des activités de trois crédits à l’automne 2020 et de six crédits à l’hiver 2021. 

Selon Benoît Allard, l’influence de la pression étudiante a permis « d’implanter de réels changements ». Toutefois, l’étudiant constate « une résistance très claire de la direction sur certaines revendications, surtout celles qui ont potentiellement des impacts financiers ou celles qui éloignent la CE de sa mission traditionnelle. » 

La déléguée étudiante au CA Élizabeth Duboc ne comprend pas qu’une recommandation d’une instance qui reflète le « pouls » de l’Université puisse être refusée. « Si la CE est d’accord [sur une question], le CA devrait être d’accord aussi », croit-elle.

Élizabeth Duboc souligne que la présence étudiante est moins influente au CA parce que les délégué(e)s ne sont que deux pour représenter la voix étudiante. Elle assure que sa collègue Mariama Dioum et elle discutent fréquemment avec des membres de la CE pour s’assurer que leurs résolutions soient adoptées au CA. 

L’étudiant à la maîtrise Benoît Allard salue les « petits gains » qu’a permis la présence étudiante à la CE. « On révèle le fossé qui existe entre les priorités de l’administration et les priorités de la communauté uqamienne sur les enjeux relatifs à la pandémie », juge-t-il. 

« L’effet le plus durable de la pression étudiante à la CE est de commencer à créer une solidarité [dans la communauté universitaire] », estime-t-il. Ce dernier constate qu’il est plus facile d’arriver à un compromis avec le personnel d’enseignement, tout en admettant que certains sujets n’aboutiront jamais à un consensus. Selon M. Allard, la pandémie amène toutefois une « conscience collective que l’on doit pousser pour avoir des changements ». 

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