Angles mortsOpinionLa place de la diversité au sein du journalisme étudiant

C’est en avançant avec crainte et appréhension que nous sommes tombé(e)s dans ce tourbillon qu’est le journalisme. Nos valeurs et expériences sur la table, nous avons compris que beaucoup de travail s’annonçait dans ce mandat de Vigies de la diversité et de l’inclusion.

Bénévolat ABQSJ

Nous sommes Ariane Brodeur-Fakhoury, étudiante au baccalauréat en communication, politique et société, et Eli C. Carreón, étudiant à la maîtrise en communication centrée sur l’identité des personnes sourdes du Québec dans les arts de la scène. Au début de la session d’automne 2020, en pleine crise pandémique, un appel partagé dans une infolettre a attiré notre attention. L’annonce du nouveau poste de Vigie parmi l’équipe du journal étudiant de l’UQAM a été une belle surprise. Ayant toujours eu un intérêt avide pour la place de la diversité dans les médias, nous avons sauté sur l’occasion. 

Ayant chacun et chacune des parcours universitaires divergents, nous avons ressenti notre complémentarité très tôt dans le processus. Des discussions sur nos expériences de vies et notre intérêt pour les enjeux de la diversité ont forgé une équipe de vigies prête à s’intégrer au monde journalistique, malgré toutes les appréhensions du monde. 

L’arrivée dans la direction du journal est particulière ; une adaptation s’impose. Notre identité se rattache à des pratiques plus militantes et subjectives. On doit se limiter: l’objectivité est de mise. Toutefois, nos spécialisations anglent notre approche au journalisme. Elle est critique, voire contestataire, surtout en lien avec le traitement des minorités et des oppressions. Aussi, la diversité n’est pas une thématique à aborder pour le plaisir, mais bien un lot d’enjeux qui se doivent d’être traités médiatiquement. Par bonheur, l’équipe est ouverte aux changements et encline à apprendre davantage. 

Problématique de représentativité 

Avant de commencer notre implication, une analyse exhaustive du journal était nécessaire. Il est frappant de voir comment le journal évolue sans cesse depuis 40 ans. Cependant, le manque de diversité et d’inclusion est omniprésent. Le comité de direction n’est pas diversifié. Les sujets se centrent surtout sur des enjeux relatifs aux personnes blanches. Les photos dans le papier sont peu représentatives de la communauté étudiante. 

D’une vue d’ensemble, le Montréal Campus tend à s’améliorer par son traitement des enjeux et luttes d’oppression au Québec. Toutefois, le passé n’est pas loin, et la représentation de la diversité autant dans les sujets d’articles que dans les photos était faible jusqu’à tout récemment. 

Que faire pour changer ? 

C’est d’emblée que le travail a pris forme, dès la première rencontre. L’équipe du journal n’allait pas changer, nous devions nous y adapter. D’une part, un moyen de sensibiliser l’équipe quotidiennement sur les multiples diversités et luttes d’oppressions s’imposait. Ainsi, un point d’information des Vigies a été mis en place, afin de former adéquatement l’équipe de direction sur les enjeux relatifs à la diversité. Mettant de l’avant la voix des communautés marginalisées, nous leur procurons chaque semaine des balados, des articles, des films et des lexiques utiles pour leur rédaction journalistique. 

Ensuite, le guide d’écriture épicène au sein du Montréal Campus s’actualise, sous la grande collaboration des Vigies et des correctrices du journal. Ajuster notre utilisation de la langue française à des fins d’égalité et de respect pour l’identité d’autrui est primordial dans ce changement organisationnel. S’ensuit aussi la partie la plus importante de notre mandat, soit un guide de la diversité et de l’inclusion. Ce document rassemblera un lexique complet touchant au traitement médiatique des diverses minorités ainsi que des lignes directrices pour naviguer avec humanité et prudence dans la rédaction inclusive. 

Notre présence constante dans les rencontres de production ainsi que dans la correction des articles traitant d’enjeux sociaux relevant de l’inclusion est requise. C’est une bonne manière de combiner les deux visions pour insérer les enjeux d’autrui au centre de la production. 

Pour la suite du monde 

À quoi ressemblera le journalisme étudiant, même québécois, avec une inclusion plus active de la diversité ? Comment l’insertion d’une vigie au sein des équipes journalistiques peut-elle favoriser une représentativité plus juste dans le traitement médiatique? Le futur reste à voir!

En tant que recherchistes, nous remarquons que les constantes remises en question et même les erreurs font partie de notre quotidien. Il serait utopique de croire que ces difficultés n’affecteraient pas le processus de changement organisationnel que vit un journal lors de ce type d’adaptation. Il faut seulement continuer à progresser, tendre vers des pratiques plus inclusives afin d’y arriver, lentement mais sûrement. 

Ce croisement des chemins entre la pratique journalistique et nos parcours politiques et artistiques est rafraîchissant. Il montre cette ouverture aux changements et cet intérêt vers l’inclusion et la diversité. Ainsi, le journalisme de demain se doit de viser une diversité d’opinions qui est représentative du milieu universitaire. Il ne reste plus qu’à sortir de la théorie, et de l’appliquer en pratique.

Cet article est paru dans l’édition papier du 1er décembre 2020.

Mention photo : Lila Maitre | Montréal Campus

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *



À lire aussi