SociétéLe nouveau visage du Congrès américain

Avatar Gaëlle Poirier-Morin16 novembre 20205 min

La course n’est toujours pas finie, mais les États-Unis peuvent déjà se réjouir d’une victoire historique: le Congrès bat des records de diversité. Avec encore quelques courses ouvertes en date du 16 novembre 2020, 141 femmes ont remporté une place parmi les 535 membres du Congrès, une augmentation de 14 sièges par rapport aux dernières élections. Parmi elles, 51 politiciennes sont issues de la diversité ethnoculturelle.

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Ces données compilées par le Center for American Women in Politics confirment une tendance qui se maintient depuis quelques années. De plus en plus de femmes et de personnes issues de la diversité se présentent en politique, particulièrement au parti démocrate. Pour la directrice des communications du groupe politique Emily’s List Tonya Williams, « c’est définitivement l’élection de Donald Trump qui a conduit ces femmes en politique […] Elles ont vu les choses empirer dans leurs communautés [comme l’accès aux services de santé reproductive] et ont eu envie de s’organiser pour se défendre», explique-t-elle. 

Les inscriptions aux programmes de cette organisation qui forme, finance et endosse les femmes qui se lancent en politique à tous les niveaux ont significativement augmenté après 2016. « En 2018 [aux élections de mi-mandat], nous avons vécu des premières historiques :  la première femme musulmane au Congrès, la première femme autochtone et de plus en plus de membres de la communauté LGBTQ », se rappelle Tonya. Elle ajoute que de voir une telle hétérogénéité au Congrès, tant en 2018 qu’en 2020, normalise progressivement la diversité en politique.

La chercheuse en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand Andréanne Bissonnette signale que le mot représentativité « n’a pas toujours été approprié pour parler des institutions politiques américaines. Au début, la façon dont on considérait l’électorat, c’était selon les hommes blancs », rappelle-t-elle. 

Pourtant, c’est bien la détermination des mouvements sociaux comme celui des suffragettes qui ont débouché vers le 19e amendement de 1920, dans lequel il est affirmé que « le droit de vote des citoyens des États-Unis ne pourra être dénié ou restreint en raison du sexe ». Ensuite, c’est le mouvement des droits civiques des années 1960 qui acheva d’éliminer légalement les limitations racistes du droit de vote avec le Civil Rights Act de 1965.

Aujourd’hui, le chemin vers la représentation politique se poursuit. Néanmoins, pour Tonya Williams :  « On ne peut pas s’endormir au volant et croire qu’on est arrivés à destination, même lorsqu’on en sera à 51% de femmes au Congrès. » L’équivalence démographique de la population américaine est l’objectif principal de la représentativité politique des institutions, mais ce n’est pour Mme Williams qu’un outil pour mener les luttes sociales au parlement.

La mosaïque politique

Au-delà des mouvements sociaux, Andréanne Bissonnette souligne que « la représentativité politique suit l’évolution de la société ». Ainsi, la représentation dans les institutions politiques avance lentement, à mesure que les groupes majoritaires de la population acceptent sa pertinence. Différents facteurs ralentissent la représentativité démographique, par exemple « il est plus difficile pour un(e) candidat(e) issu(e) de la diversité d’être élu(e) dans un contexte où l’affiliation idéologique est plus conservatrice, ou dans des lieux où il y a encore un racisme rampant » décrit-elle. 

Le parti peut faire toute la différence pour laisser la chance à la diversité, mais la politologue apporte des nuances. Bien que le parti démocrate présente « des politiques qui démontrent une plus grande inclusivité, le fait d’adhérer à ces politiques-là ne signifie pas que les électeurs vont chercher à activement élire les membres de la diversité », note Mme Bissonnette. Il demeure tout de même le parti le plus inclusif en représentant 104 des 138 femmes et 45 des 48 femmes noires, latines, asiatiques ou autochtones élues au Congrès. 

La directrice chez Emily’s List pose la nouvelle représentante afro-américaine du 1er district du Missouri en exemple : « L’histoire de Cori Bush est incroyable, elle parle d’itinérance, de la nécessité des guichets alimentaires […] c’est une activiste du terrain, elle été en première ligne des manifestations pour sensibiliser les gens aux enjeux de sa communauté. »

L’expérience vécue par certaines personnes et certains groupes marginalisés doit être apportée dans les sphères décisionnelles du pays afin de concevoir des politiques qui rejoignent ces populations, explique Mme Williams. 

Une victoire qui en inspire d’autres

Ce qui motive l’organisation Emily’s liste est la conviction que plus les femmes se présenteront et gagneront d’élections, plus d’autres femmes seront inspirées à faire pareil, et pour la directrice aux communications, « ça s’applique aussi à la diversité ».  

Pour Tonya Williams, la représentation politique engage les différentes populations, non seulement en tant qu’électorat, mais en tant que candidats et candidates éligibles. « Cela veut dire que je peux être à la table, et pas juste sur le menu », déclare-t-elle.  Cette mère de famille afro-américaine s’émeut en pensant à l’avenir politique de son  pays : « Ma fille va voir la vice-présidente Kamala Harris [première femme noire à occuper ce poste], mes deux enfants ont vu Barack Obama comme président [le premier président noir de l’histoire], et ce sera normalisé pour toute leur vie » confie-t-elle.

Mention illustration Lila Maitre

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