SociétéLes mèmes : une nouvelle façon de s’informer ?

Avatar Benjamin Richer23 octobre 20205 min

Que ce soit à propos d’une téléréalité ou d’un programme de génie mécanique, les mèmes sont devenus de véritables phénomènes médiatiques au cours des dernières années. Aujourd’hui, ils s’inspirent davantage de l’actualité et changent la lecture de celle-ci par les internautes.

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« [Les mèmes sont] un bon barème de ce qui est important dans l’actualité », indique le doctorant en sémiologie et chargé de cours à l’UQAM et à l’UQAT Gabriel Tremblay-Gaudette. Selon ce dernier, étant donné que le mème est une forme de commentaire de l’actualité, ils permettent d’exprimer une idée dans une perspective éditoriale.

Selon le chercheur en culture numérique, les mèmes contribuent au partage de nouvelles d’actualités ou de courants sociaux. « Il y a un phénomène d’amplification, on se dit qu’on doit s’intéresser à ça parce que c’est le sujet de l’heure et on ne veut pas être exclu socialement, donc on va se renseigner », souligne M. Tremblay-Gaudette.

Pour l’étudiant en adaptation scolaire Dominique Proulx-Garcia, consulter des mèmes quotidiennement lui procure une meilleure compréhension de l’actualité. « Un mème peut me pousser à aller m’informer lorsqu’il parle d’une nouvelle que je ne connais pas », précise-t-il. 

Une ligne éditoriale

Certaines pages de mèmes d’actualités à saveur sociale ou politique ont une ligne éditoriale plus affirmée. La page memes.socialistes.gourmands, qui compte 11 500 abonnés, affiche très clairement ses convictions politiques. L’administratrice du compte, Camille* déclare ouvertement qu’elle est membre de Québec solidaire.

Sa page étant surtout devenue populaire pendant la dernière vague de dénonciation d’agressions et d’harcèlement sexuel au Québec, Camille explique qu’elle fait des mèmes pour « dédramatiser la chose par l’humour, mais en passant des messages assez sérieux à travers des références de culture de pop. » Elle espère que certaines personnes se sentent visées et que ses mèmes « poussent les gens à réfléchir à certains comportements  ». 

En publiant un mème sur la conférence de presse du gouvernement québécois du 5 octobre dernier (voir l’illustration de l’article), l’administratrice de la page memes.socialistes.gourmands espérait que « quelqu’un qui n’avait pas vu la nouvelle se dise “ Oh, mon dieu, est-ce qu’il a dit ça? ” et [aille] vérifier par après. ».

Elle souhaite que les gens s’informent auprès de sources d’informations fiables après avoir vu un mème sur une nouvelle dont ils n’avaient pas eu connaissance. 

Un risque de désinformation?

Malgré qu’ils semblent inoffensifs, les mèmes d’actualités peuvent représenter un risque, selon Gabriel Tremblay Gaudette. « Comme c’est un outil de communication efficace, il peut être employé de manière efficace et dangereuse pour propager de fausses informations », explique le chercheur. Il donne en exemple les trolls russes qui ont propagé de fausses nouvelles pour propulser Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2016.

Pour les administrateurs de la page satirique Le Revoir, la ligne est claire entre les fausses nouvelles et la vérité.  « On est juste à un ou deux degrés de la réalité, ce n’est jamais quelque chose de trop tiré par les cheveux. Aujourd’hui l’actualité nous nourrit tellement qu’on n’a pas à trop inventer », affirme Marc*, l’un des huit administrateurs du média satirique. Il observe que Le Revoir est parfois l’une des premières lectures d’une nouvelle pour des internautes sur les médias sociaux. « On a souvent en commentaires des gens qui se demandent ce qui s’est passé », admet-il.

Les administrateurs du Revoir sont néanmoins sensibles à la désinformation. Ils essaient d’attendre qu’une nouvelle circule quelque temps avant d’en faire une publication. « Au début, à la création de la page en 2018, on allait souvent intervenir [dans les commentaires de la publication] auprès des gens qui pensaient que c’était une vraie nouvelle. Ça nous arrive encore [aujourd’hui] », s’étonne-t-il.

Il est arrivé également que certaines publications soient reprises pour des fins plutôt méconnues. Par exemple, durant la dernière campagne fédérale, un animateur de radio avait repris un des mèmes du Revoir sans citer sa source. Il n’avait pas précisé non plus s’il s’agissait d’une blague ou d’une véritable source d’information.

Une adaptation pour les médias plus traditionnels

Selon le plus récent rapport en 2018 du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO), 60% des 18-34 ans s’informent sur les réseaux sociaux. Alors que les pages de mèmes s’alimentent dans le fil d’actualité des médias, ces dernières essaient de rejoindre un public plus jeune par les mèmes.

Chez Urbania, les mèmes sont employés principalement de manière humoristique et ne commentent pas l’actualité à chaud. L’ancien directeur de la distribution numérique et de la monétisation chez Urbania, Mick Côté, reconnaît que « la mode est au mème et au contenu court et punché. C’est [le travail] des médias de [le faire] et de décliner son contenu sur différentes plateformes ». 

Il indique en revanche qu’ils doivent apporter autour d’un mème un contexte suffisant, à l’instar des caricatures dans les médias traditionnels. 

*Les noms de famille de Camille et de Marc ne sont pas dévoilés pour préserver leur anonymat.

Mention photo memes.socialistes.gourmands

 

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