UQAMLa démocratie étudiante sur pause

Avatar Geneviève Abran29 septembre 20204 min

La démocratie uqamienne n’a pas été épargnée en cette session majoritairement en ligne, alors que la mobilisation étudiante est devenue un véritable casse-tête logistique pour les différentes associations étudiantes. 

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« [La démocratie étudiante] est mise sur pause en ce moment », se désole la responsable aux communications et à la mobilisation de l’Association des étudiantes et étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation (ADEESE), Jeanne Morissette. « Nos cerveaux sont quand même en train de travailler à trouver des façons [de permettre la mobilisation étudiante] », assure celle qui admet que l’ADEESE se trouve présentement dans le néant à ce niveau.  

Faire une assemblée générale en ligne n’est vraiment pas l’idéal dans une perspective de démocratie directe, « mais c’est vraiment une situation exceptionnelle, donc on n’aura pas le choix de le faire », déplore Mme Morissette.  

L’accès aux assemblées générales en ligne est aussi beaucoup plus restreint, souligne le coordonnateur général de l’Association facultaire étudiante des arts (AFÉA), Samuel Provost. Selon lui, « il peut être possible de tenir des assemblées générales en ligne, même si ces dernières seront moins accessibles que l’étaient les assemblées générales en présentiel [avant la pandémie]. » Il estime que les complications techniques associées aux rencontres en visioconférence sont problématiques, mais les difficultés sont aussi liées à une certaine « fatigue » associée à « la multiplication de ces réunions toujours au même endroit, dans un chez soi où on peut tantôt se sentir isolé, enfermé ».  

L’Association facultaire étudiante des langues et communications (AFELC) est du même avis : les assemblées générales représentent un énorme défi logistique, à la fois sur le plan du respect des procédures et au moment de voter, a-t-elle mentionné par courriel. 

Naviguer dans l’inconnu

Au-delà des assemblées générales, la mise en place de moyens de pression s’avère encore plus difficile. « C’est beaucoup plus difficile de mobiliser lorsque les gens ne sont pas sur place », estime le vice-président aux relations intersyndicales du Syndicat des professeures et professeurs enseignants de l’UQAM, Ricardo Peñafiel.  

Les complications logistiques laissent présager que la tenue de grèves sera difficile cet automne. Normalement, les associations étudiantes procèdent à des levées de cours pour faire respecter le vote de grève, mais avec la réalité des cours à distance sur Zoom et des cours asynchrones, cette manière de procéder n’est plus possible. « On ne pourrait pas se pointer dans tous les cours pour dire qu’on lève les cours », explique Jeanne Morissette, notamment puisqu’il n’y a pas de répertoire de toutes les rencontres Zoom.  

Le respect d’un vote de grève dépendrait donc en grande partie de l’appui de la classe étudiante, selon M. Peñafiel. Celui qui est également professeur au département de science politique de l’UQAM admet que les membres du corps professoral appuient «très timidement » les grèves étudiantes puisqu’ils et qu’elles sont tenus par leurs contrats de continuer à donner leurs cours.  

« À part faire des cybermanifestations où on invite les gens à envoyer des courriels en boucle à une certaine heure, c’est vraiment une pause des mouvements étudiants » déplore Mme Morissette. Elle garde tout de même un brin d’espoir : « Peut-être que si la session d’hiver est à distance, on va avoir eu le temps de plus y penser », souligne-t-elle en parlant des moyens d’assurer le respect d’une grève éventuelle.  

Loin des yeux, loin du coeur  

L’absence de contacts humains affecte l’implication de la communauté étudiante dans la mobilisation. Selon Jeanne Morissette de l’ADEESE, la perte du côté « rassembleur » et de «l’implication sociale » décourage complètement la communauté uqamienne à vouloir s’impliquer dans le mouvement étudiant. « La grève existe pour que les étudiantes et étudiants se rassemblent à l’UQAM, fassent des levées de cours, mais aussi qu’ils se mobilisent ensemble, fassent des ateliers sur la cause défendue », estime-t-elle. Elle rappelle que les causes sociales ne « s’arrêtent pas juste parce qu’on a des cours à distance. » 

M. Provost de l’AFÉA remarque lui aussi que le manque de contact soutenu avec la communauté de l’université affecte le désir de mobilisation et d’implication à la vie étudiante. À son avis, la capacité à mettre en place de « larges campagnes de mobilisation » est rendu difficile à cause d’un certain découragement associé à la session presque complètement à distance.

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