CultureDu théâtre plein les oreilles

Avatar Marguerite Chiarello22 septembre 20206 min

Le Peintre des madones, première diffusion théâtrale en baladodiffusion de la Scène nationale du son (SNS), s’ancre dans l’univers de la grippe espagnole, une épidémie ayant éclaté il y a plus d’une centaine d’années. 

Antidote 10

La pièce réunissant suspense, intrigue et érotisme se déroule à la fin de la Première Guerre mondiale. Le Peintre des madones met en scène un prêtre du Lac-Saint-Jean, interprété par Théodore Pellerin, qui, pour protéger la population de la maladie, commande une fresque représentant la Vierge. Alessandro, jeune peintre italien chargé de réaliser la commande, sème à la fois enchantement et discorde dans la ville et dans le coeur des femmes.

« C’est une pièce qui parle de pandémie, c’est une pièce qui parle de la grippe espagnole, de la contagion par des baisers », explique le dramaturge Michel-Marc Bouchard

Selon le cofondateur de la SNS, Pierre Antoine Lafon Simard, non seulement cette pièce est parfaitement ancrée dans l’ère du temps due à sa thématique, mais elle aurait également été difficile à adapter pour la scène. L’option de la baladodiffusion semblait donc idéale pour présenter Le Peintre des madones de Michel-Marc Bouchard. 

« Elle se prête à des atmosphères, à des ambiances, elle a un côté très baroque presque de l’ordre du conte et je pense que c’était très intéressant de permettre à l’auditeur [et l’auditrice] d’avoir une possibilité d’évocation », mentionne le dramaturge invitant l’auditoire à utiliser son imagination. 

Dans des épisodes d’une vingtaine de minutes, guidés par les arrangements mystérieux et envoûtants de l’autrice-compositrice-interprète, Klô Pelgag, l’auditoire est plongé dans une réalité lointaine et pourtant familière. « La force c’est beaucoup les environnements sonores qui sont très présents dans ce balado et nous donnent beaucoup d’indications », estime le dramaturge à qui a été confiée l’adaptation de la pièce. 

Au cours de sa saison 2020-2021, la SNS présentera gratuitement sept oeuvres théâtrales en tous genres au plus grand plaisir de l’auditoire.

Faire du théâtre autrement

Jouer une pièce de théâtre en salle devant un public ou bien devant un micro sollicite des codes et des techniques bien différents, mais cela crée parfois de nouvelles possibilités. Au théâtre, « l’objectif est d’amener la voix le plus loin possible quand on joue. [Au micro], c’est l’inverse, le champ lexical est inversé, on peut jouer tout petit, tout petit, on peut jouer dans un registre d’une intimité absolue », constate Pierre Antoine Lafon Simard.

L’absence du corps comme vecteur de communication mène également à une modification du jeu des comédiens et des comédiennes. Le cofondateur de la SNS croit que l’omission de communication corporelle pousse les auditeurs et les auditrices à imaginer ce qui, en temps normal, leur serait montré sur scène. 

Le dramaturge Michel-Marc Bouchard abonde dans le même sens : « En balado, le spectateur [ou la spectatrice] a cette possibilité d’évocation et de se faire par lui-même ou par elle-même les costumes, les décors. La grande différence, c’est que tout passe par le son, mais aussi par l’imagination et l’évocation que peut se faire le spectateur [ou la spectatrice]. » 

« Je ne peux pas être dans la tête de l’auditeur [ou de l’auditrice], alors qu’au théâtre on a la prétention d’être un peu dans sa tête », explique Michel-Marc Bouchard. 

Le balado marié à la gratuité

Le dramaturge et le cofondateur de la SNS s’entendent pour dire que le théâtre en baladodiffusion est tout aussi exigeant que la création pour une salle. Le temps de conception d’une pièce de théâtre audio serait à peu près similaire à celui d’une pièce de théâtre en présentiel. 

Face à ce constat, le dramaturge s’inquiète de la viabilité financière de la diffusion de pièce de théâtre en balado. « On ne peut pas travailler un ou deux ans sur une oeuvre pour qu’elle soit uniquement dévouée au balado […] financièrement c’est impossible, surtout que c’est un produit qu’on rend gratuit » soutient Michel-Marc Bouchard. 

Malgré ses réticences par rapport à la viabilité financière du projet, le dramaturge  reconnaît la pertinence du projet de théâtre audio pour que le théâtre demeure présent en temps de pandémie.

Pour sa part, Pierre Antoine Lafon Simard mentionne que la SNS a « le privilège de vivre dans une société qui croit à la subvention publique de la culture ». Celui-ci avoue que même sa compagnie de théâtre « fonctionne à 99% de fonds et d’argent publics ». 

Pour la SNS, faire payer l’auditoire pour les pièces ne représente pas une piste de solution. « Le balado est un médium qui est ancré dans la gratuité. Par contre, c’est un médium qui est ouvert à la publicité, lance le cofondateur de la SNS. Ceci dit, c’est un modèle qu’on ne veut pas privilégier », ne voulant pas accabler l’auditoire de publicité.

Le théâtre, accessible à tous

Pierre Antoine Lafon Simard voit par-dessus tout la Scène nationale du son comme un outil d’accessibilité à la culture et au théâtre. « On peut faire plus de spectacles, se réjouit ce dernier, et moi si à la fin de la journée j’ai offert plus de culture francophone à la population du monde, je vais me coucher heureux. »

La Scène nationale du son est une toute nouvelle venue dans le milieu théâtral au Québec. Fondée par Pierre Antoine Lafon Simard et Julien Morissette, deux passionnés de théâtre, elle a pour mandat de présenter des pièces grâce à la baladodiffusion, et ce gratuitement.

L’idée serait venue à la suite d’une pièce créée pour la présentation sur scène qui avait été enregistrée et diffusée en balado. « On s’est dit : il faut absolument inverser la machine, c’est-à-dire il faut offrir des podcasts théâtraux », mentionne Pierre Antoine Lafon Simard. Ce dernier révèle que la pandémie a accéléré le processus de création de la SNS. 

« On n’est pas en train de remplacer le théâtre, bien au contraire, on est en train de ramener le monde dans les théâtres, déclare Pierre Antoine Lafon Simard. Le problème du théâtre ce n’est pas que les gens ne veulent pas y aller, ce n’est pas qu’ils n’aiment pas ça, c’est qu’ils n’y vont pas. Il faut y aller une première fois pour y retourner et je pense que [la SNS] est une porte d’entrée. »

Les trois premiers épisodes de Le Peintre des madones sont disponibles sur le site de la Scène nationale du son. Le dernier épisode sera en ligne le 28 septembre.

Illustration Lila Maitre | Montréal Campus

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