SociétéCélibataires et confiné(e)s

Avatar Maïka Yargeau28 avril 20204 min

Comme l’entièreté de la nation québécoise, les célibataires sont forcé(e)s de rester à la maison afin d’éviter de contracter la COVID-19. Bien qu’ils et elles soient enfermé(e)s, leur vie sexuelle n’a, elle, pas besoin d’être mise en quarantaine.

Antidote 10

Catherine Barbeau a 27 ans et est célibataire depuis 7 mois. Questionnée quant à la possibilité de sortir rencontrer un inconnu malgré les consignes de confinement, elle est très claire : « Non, je suis stricte là-dessus, j’attends après la quarantaine. » Pour l’étudiante en soins infirmiers, il est important de respecter cette mesure.

« Les gens font attention avec la quarantaine », précise celle qui est inscrite sur cinq sites de rencontres. Certaines de ces applications, comme Tinder, font d’ailleurs la promotion du mouvement #RestezChezVous ou encore #stayhome, en avertissant les usagers et les usagères de ne pas sortir rencontrer des gens.

L’étudiante en sexologie et autrice de l’ouvrage Tout nu!, Myriam Daguzan Bernier, explique que cette prudence est essentielle dans le cadre de rencontres intimes. « [La COVID-19] ne s’attrape qu’avec des gouttelettes de salives ou un contact direct [avec autrui]. Et il n’y a pas plus direct qu’une relation sexuelle », s’exclame-t-elle. Celle-ci vante d’ailleurs les bienfaits de la masturbation en ces temps de confinement afin d’avoir une vie sexuelle saine et épanouie. 

Repenser le téléphone

Au Québec, depuis le 15 mars, soit la date marquant le début du confinement, les sites pornographiques connaissent une hausse drastique de leurs visionnements. Par exemple, la Montréalaise Pornhub a obtenu 13,6% plus de visionnements que d’habitude, en date du 1er avril.

Celle qui est aussi journaliste indépendante indique toutefois que c’est loin d’être la seule option pour les célibataires qui ne peuvent plus sortir et faire des rencontres. 

Une alternative intéressante, selon Mme Daguzan Bernier, demeure l’utilisation des sextos, ces messages textes érotiques. Elle suggère même les appels téléphoniques qui ont « un potentiel érotique intéressant grâce aux différentes tonalités et au choix des mots ».

La professeure en sociologie à l’Université du Québec à Montréal Chiara Piazzesi abonde dans ce sens et croit aussi que ces coups de fil peuvent aider à rétablir un semblant de balance entre la solitude et la socialité. « Cet équilibre […] est nécessaire pour notre santé émotionnelle », dit-elle. 

Pour Catherine, le sextage est d’ailleurs ce qui fonctionne le mieux pour conserver un certain intérêt malgré l’interdiction de se voir. Les appels vidéo, bien que pertinents selon elle, seraient plus difficiles avec des inconnus. Elle affirme aussi être moins présente sur les applications qu’avant le confinement, entre autres parce qu’il y a moins d’utilisateurs.

Pour l’étudiant en génie civil à l’École Polytechnique Émile Cassivi, c’est plutôt le contraire. Il passe davantage de temps sur ces applications. « Depuis le confinement, mon envie de rencontrer est plus grande. » 

Le jeune homme de 21 ans explique qu’il y va par ennui, en raison de la distanciation sociale. Selon lui, l’idée d’un appel vidéo ou téléphonique pourrait devenir intéressante, advenant le prolongement de l’isolement social.

Quarantaine d’idées pour s’amuser

Myriam Daguzan Bernier propose aussi l’utilisation de jouets sexuels. Majoritairement utilisée en solo, la technologie permet désormais la télédildonique, soit du sexe à distance. Autrement dit, une personne possède un jouet et une autre commande le gadget via un chat en ligne. La seconde personne peut être un inconnu, comme le propose la compagnie OhMiBod.

La lecture érotique est une autre alternative suggérée par l’autrice. « Il existe des livres à la pochetée, même de la littérature audio. » Elle recommande aussi les bandes dessinées érotiques pour les gens plus visuels.

Pour Chiara Piazzesi, « cette situation inédite a engendré de belles initiatives de partage, de solidarité, de communication et d’interactions, même si elles sont virtuelles ».

Bien que tous et toutes n’aient pas la tête au sexe, Myriam explique que cela constitue un exutoire très important pour certains. Pour elle, il est évident qu’une nouvelle conception de la sexualité va émerger après cette période de confinement, peu importe sa durée.

Photo Florian Cruzille | Montréal Campus

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *