CultureLET’S GET YOU PREGNANT : un témoignage touchant et teinté de féminisme

Avatar Catherine Bérubé8 mars 20204 min

La finissante à la maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM Heidi Barkun se penche sur l’échec de la fécondation in vitro dans son exposition LET’S GET YOU PREGNANT!, présentée à la Galerie de l’UQAM jusqu’au 21 mars.

« J’ai une démarche artistique autobiographique », révèle Heidi Barkun au sujet de son exposition. Ayant elle-même vécu cinq cycles de fécondation in vitro n’ayant pas porté fruit, l’artiste souhaitait illustrer la réalité de cette procédure et de son faible taux de succès. « Le taux de réussite mondial ne s’élève qu’à 27 %, donc la plupart des cycles échouent », précise celle qui a aussi une concentration de 2e cycle en études féministes. 

L’installation élaborée par l’étudiante a nécessité la participation de 27 autres femmes qui ont vécu l’insuccès de la procédure, et se divise en deux parties. Tout d’abord, des présentoirs contiennent ce que l’artiste appelle des « artefacts », c’est-à-dire des objets variés issus du processus de procréation assistée.

Chaque présentoir est unique et représente l’histoire d’une des femmes, dont celle de Mme Barkun. Des articles médicaux tels que des fioles et des seringues ainsi que des objets plus personnels comme des bottines de bébé ou des livres pour enfants sont exposés. « Je trouve que ces objets sont des témoins d’une expérience qui n’a produit aucun résultat à la fin », explique l’artiste.

L’autre côté de la pièce est aménagé en un salon imaginé par l’artiste contenant six sièges disposés en cercle sur un tapis. « Le public est invité à s’asseoir et à écouter les paroles du récit des 28 femmes. C’est une conversation virtuelle que j’ai créée à partir des entretiens avec ces femmes », spécifie Mme Barkun. Le dialogue est composé de témoignages tant en français qu’en anglais. 

Provoquer une discussion

L’artiste explique qu’une partie primordiale de son projet a été la discussion qu’elle a pu avoir avec chacune des femmes impliquées. « C’est très important, parce que la fécondation in vitro est un parcours qui nous isole », confie-t-elle. À travers les différentes histoires de ces femmes, le public est exposé aux difficultés et aux douleurs provoquées par les nombreuses étapes de la procédure médicale. « Ça prend beaucoup de temps, ça prend beaucoup d’énergie, ça change notre humeur », témoigne Mme Barkun en soulignant que la plupart des femmes ont tendance à en parler très peu, même avec leurs proches. « Le fait de créer une conversation virtuelle m’a permis de briser le tabou qui existe », explique-t-elle.

Mme Barkun souhaite que la réflexion entamée dans le cadre de l’exposition se poursuive à l’extérieur de la galerie. Elle veut ainsi partager la réalité derrière la fécondation in vitro, qui n’est pas mise de l’avant selon elle : « On entend souvent des récits de fin heureuse, mais pour un grand nombre de femmes, ça ne résume pas notre expérience. »

Remises en question et deuil

L’exposition a permis à l’artiste d’aborder les questions identitaires engendrées par l’échec de ce type de fécondation. Elle explique que la maternité est très valorisée, ce qui la pousse à se questionner sur la place des femmes sans enfant dans la société. « Qu’est-ce qu’être femme? Qu’est-ce qu’être femme sans être mère? Suis-je une femme? Ce sont toutes de grandes questions identitaires qui sont soulevées par le processus », révèle Mme Barkun.

Son projet aborde ainsi l’échec et l’espoir, mais surtout le deuil vécu par les différentes femmes ayant participé. « C’est vraiment une histoire de résilience, de courage, de traverser des épreuves et de faire un deuil d’une vie qu’on n’aura jamais », résume l’artiste.

L’exposition propose dans son ensemble une visite unique et bouleversante qui montre un aspect insoupçonné de la fécondation in vitro. La disposition des différents présentoirs permet d’observer une expérience très humaine, au-delà de toutes les procédures médicales particulièrement douloureuses et exigeantes pour la femme. En s’asseyant dans la pièce domestique, le public se trouve au centre de la discussion très intime et émotive entamée par Heidi Barkun, ce qui informe et ébranle à la fois.

LET’S GET YOU PREGNANT! sera présentée du mardi au samedi à la Galerie de l’UQAM jusqu’au 21 mars.

Photos William d’Avignon | Montréal Campus

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