SociétéHommage aux femmes autochtones disparues ou assassinées à la station Berri-UQAM

Avatar Julien Lachapelle2 mars 20203 min

C’est lors de la dernière Saint-Valentin qu’a eu lieu la 11e édition de la Journée commémorative des femmes autochtones disparues ou assassinées à la station Berri-UQAM, une action du Collectif Missing Justice du Centre de lutte contre l’oppression des genres. 

Afin de rendre hommage aux victimes, plusieurs bénévoles allochtones, contactées par la bénévole Marine Girout, impliquée dans Missing Justice depuis deux ans, ont collaboré avec le centre pour fournir des copies papier de 14 témoignages de survivantes ou de proches touchés par cet enjeu. Ces histoires ont été choisies parmi les 20 provenant du rapport complémentaire québécois de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles des Premières Nations disparues et assassinées publié en juin 2019. « On a sélectionné celles qui étaient le plus représentatives des problématiques vécues par les familles de ces femmes autochtones », explique Mme. Girout.

De plus, quatre bénévoles affichaient, au milieu de la station, des banderoles avec comme slogan « Justice pour les femmes, les filles et les deux esprits autochtones disparues et assassinées et Justice for Missing and Murdered Indigenous Women ». 

En entretien avec le Montréal Campus, la bénévole Millicent Castillo a indiqué que la station Berri-UQAM était l’emplacement idéal pour la commémoration. « C’est un endroit achalandé où plusieurs personnes passent le matin », mentionne l’ancienne étudiante de la mineure en étude des Premières Nations à l’Université Concordia. 

La stratégie fut payante, puisqu’une bonne majorité de papiers est partie comme des petits pains chauds, distribuée aux individus présents sur les lieux. « En tant que non autochtone, c’est important de s’informer, de prendre l’action et d’être plus sensibilisé à la problématique », affirme Mme Castillo. 

Des histoires troublantes 

Tous les récits distribués racontent des moments tragiques survenus dans les années 50, 60 et 70. Comme le cas de Kathleen, une femme crie décédée en 1967. Son histoire a été racontée par son fils Maurice et par sa sœur Beatrice. Au départ, ils croyaient que Kathleen s’était noyée, car que son corps avait été retrouvé dans une rivière. La police a par la suite confirmé l’assassinat, après avoir constaté l’absence d’eau dans ses poumons ainsi qu’un trou dans son crâne. De plus, les empreintes de pieds de deux personnes ont été aperçues sur les lieux du crime. Les circonstances de la mort de Kathleen étaient tellement douloureuses pour Beatrice qu’elle a décidé de cacher la vérité à ses neveux jusqu’en 2016.

Encore du travail à faire

Le rapport de l’enquête nationale sur les femmes et les filles des Premières Nations disparues et assassinées a reconnu que les populations autochtones étaient victimes d’un génocide touchant particulièrement les femmes. Plus de 2 380 personnes ont témoigné devant les commissaires, les audiences ayant débuté en 2016. 

Pour Millicent Castillo, ce n’est pas les conclusions du rapport qui sont choquantes, mais la réponse du public canadien face à ces dernières. « Plusieurs nient la réalité des faits. Même les policiers ne sont pas au courant de l’enquête et ils s’en foutent », soutient-elle, tout en ajoutant qu’elle garde espoir en d’éventuelles solutions de la part du gouvernement canadien. 

De son côté, Marine Girout reconnaît la prise de conscience et la volonté du premier ministre Justin Trudeau face à la situation des Autochtones au Canada. Toutefois, les gestes ne viennent pas assez vite. « Au niveau des propositions concrètes à mettre en place, il n’y a pas grand-chose qui se fait, soutient Mme Girout. Il y a plusieurs militants et militantes qui déplorent le fait qu’attendre l’action du gouvernement ou de faire des enquêtes. Ça ne sert à rien, car il ne se passe rien actuellement. »

Photo Julien Lachapelle

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