SociétéUne clinique juridique pour les communautés racisées et immigrantes ouvrira ses portes à Montréal-Nord

Avatar Julien Forest28 février 20204 min

Un groupe composé de personnes diplômées de l’UQAM ou y étudiant s’unit pour mettre sur pied la Clinique juridique de Montréal-Nord, un organisme sans but lucratif (OSBL) offrant des ateliers et des séances d’information juridique pour faciliter la compréhension et l’accès à la justice des communautés racisées et immigrantes de la métropole. 

« Ces communautés font face à beaucoup de problématiques, qu’elles soient sociales, économiques, médicales ou [qu’elles concernent] l’accessibilité à la justice, explique Me Marie-Livia Beaugé, qui pilote le projet et exerce le droit criminel. Plusieurs personnes issues de ces communautés n’ont pas les moyens de se payer un avocat et ne sont pas admissibles à l’aide juridique ». 

Selon cette ancienne étudiante en droit à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), c’est ce qui place ces communautés dans une position vulnérable face au système judiciaire. Ce constat a motivé l’avocate et son équipe à mettre sur pied le projet de la Clinique juridique de Montréal-Nord.

« Passer à l’action »

« Il est temps de passer à l’action et de ne plus seulement constater les problèmes », affirme Mme Beaugé. Les communautés culturelles de Montréal sont très affectées par la discrimination systémique, comme le montre un récent rapport du Service de police de la Ville de Montréal sur les identités racisées des personnes interpellées. Ce rapport conclut que les personnes noires et autochtones ont quatre à cinq fois plus de chances de se faire interpeller par la police qu’une personne blanche. 

Pour Marie-Livia Beaugé, il n’y a pas de distinction à faire entre discrimination systémique et profilage racial : les personnes noires, arabes et autochtones sont interpellées de façon disproportionnée par la police montréalaise. 

Enjeux personnels

Me Beaugé a toujours su qu’elle voulait être avocate, sans nécessairement savoir dans quel domaine, jusqu’à ce qu’elle soit victime de profilage racial à l’âge de 17 ans. « C’est à ce moment que j’ai décidé que je voulais exercer le droit criminel, pour défendre les personnes qui se retrouveraient dans la même situation que moi. » 

En faisant du bénévolat à la clinique juridique de l’UQAM, l’avocate a réalisé à quel point les communautés immigrantes n’avaient pas connaissance de leurs droits. « Que tu viennes d’un pays où tout était stable ou d’un pays où tout était chaotique, tu ne connais pas le système juridique [du pays d’accueil] », indique l’avocate. 

Me Beaugé cite en exemple les femmes victimes de violences conjugales issues de communautés immigrantes, qui ne perçoivent pas la criminalité dans cette situation. « On veut que les gens obtiennent les vraies informations pour éviter ce type de scénario. » 

Des réalités différentes

Le documentariste et militant pour les droits civiques et humains Will Prosper abonde dans le même sens que Mme Beaugé. « Dans certains pays, la justice n’existe même pas. Les communautés immigrantes ne connaissent généralement pas le droit canadien.

M. Prosper, qui a cofondé le Forum social Hoodstock, un événement défendant les droits des personnes racisées, estime qu’une clinique située dans la communauté permettra un soutien personnalisé, où les bénévoles offrant les conseils juridiques sont plus sensibilisés aux réalités des personnes aidées.

Pour sa part, l’équipe de la Clinique juridique de Montréal-Nord veut donner la capacité aux personnes racisées de se représenter devant la justice à travers la « défense participative ». Cette approche, popularisée aux États-Unis, permet aux accusés ainsi qu’à leurs proches, qui n’ont pas les moyens d’être représentés par un avocat, de trouver des preuves par eux-mêmes et ainsi les présenter devant le juge. 

Des (in)formations en demande

« À Montréal-Nord, il y a plusieurs organismes qui recherchent des formations [de défense participative] », indique Me Marie-Livia Beaugé. Un avis partagé par la coordinatrice du projet, Camessarde Rosier-Laforest. L’étudiante en première année de droit à l’UQAM estime que « la demande pour les services de la clinique risque d’être élevée, en plus de stimuler l’intérêt des personnes racisées envers les études en droit ». Elle constate que la représentativité des minorités visibles augmente de plus en plus dans le domaine. 

Les organisateurs et les organisatrices prévoient que la clinique verra le jour en septembre 2020.

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