SociétéLa fougue d’une féministe

Avatar Lauriane Lalonde13 février 20205 min

Ce texte est paru dans l’édition papier du 4 décembre 2019

Celui ou celle qui tentera de définir en quelques mots la profession exacte de Lydie Olga Ntap trouvera l’exercice laborieux. L’autoproclamée « Québécoise pure laine » d’origine sénégalaise, avocate spécialisée en propriété intellectuelle, muséologue et fondatrice du premier Musée de la Femme au Canada ne se donne pas de répit.

Arrivée au Québec à l’âge de 20 ans pour entreprendre des études universitaires en science politique, Lydie Olga Ntap n’était pas sans repères lorsqu’elle a posé les pieds à Montréal. « J’ai évolué à l’école primaire et secondaire dans un environnement où le personnel était [composé de] Québécois ou de Sénégalais ayant étudié au Québec. L’accent québécois et la gigue m’entourent depuis que je suis gamine », se remémore-t-elle.

Elle n’avait toutefois pas prévu trouver un chez-soi dans la Belle Province. Elle comptait plutôt venir étudier, acquérir des expériences de travail puis repartir. Mais c’est au moment de retourner au Sénégal qu’elle s’amourache de l’ouverture culturelle du Québec et qu’elle décide de s’y établir pour de bon. La naissance de ses enfants au Québec a également pesé dans la balance.

Parcours singulier

Quand on lui demande de parler d’elle, Lydie Olga Ntap évoque d’entrée de jeu, le Musée de la Femme. L’idée du musée, fondé en 2008 et situé à Longueuil, naît d’un événement inopportun. Alors que son premier mariage prend fin et qu’elle se retrouve en maison d’hébergement pour femmes avec ses deux premiers enfants, l’ébauche du musée se dessine dans son esprit.

« Au départ, je le voyais comme un centre d’information juridique pour les femmes. Je reprends aujourd’hui ce projet, que je compte instaurer dans la salle inoccupée du musée », explique-t-elle, traçant la ligne directrice de son projet initial. La salle devrait être aménagée d’ici la fin de l’hiver 2019.

Ses études en droit à l’Université Laval ainsi que sa maîtrise et son doctorat en muséologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) guident l’entièreté de ses projets. L’exposition permanente du musée est tissée par un fil conducteur : les droits civiques graduellement acquis par les Québécoises au gré des années.

Situé dans un bungalow, l’établissement est un emblème d’harmonie et de chaleur pour tous ceux et celles qui le visitent. L’étudiante au baccalauréat en action culturelle à l’UQAM Stéphanie Pépin a trouvé, lors de son passage au musée, beaucoup plus que ce qu’elle escomptait au départ, soit un stage en secrétariat. D’abord responsable de tâches administratives, elle s’est fait éventuellement confier l’animation des expositions par Mme Ntap.

L’étudiante de 26 ans a découvert en elle un fort intérêt pour l’animation de visites muséales. « Je suis arrivée là-bas sans savoir ce que je voulais faire de ma vie, et elle m’a prise sous son aile, raconte Mme Pépin. Lydie a le don de voir le talent des gens et de les accompagner pour qu’ils s’épanouissent à travers celui-ci. »

Le Musée de la Femme fait beaucoup plus qu’exposer des objets historiques. Les projections de films, les cafés-rencontres et les ateliers participatifs font également fleurir l’établissement, qui est financé par Mme Ntap. Elle essuie régulièrement des dizaines de refus de subventions, mais ne veut pas non plus collaborer avec le premier ou la première venu(e).

« Je ne veux de l’argent que des gens qui comprennent ce que je fais. Je veux que ceux qui investissent chez nous comprennent ce qu’ils apportent ici », précise-t-elle. Celle qui se décrit comme une « femme fougueuse » reconnaît que ce côté sélectif peut parfois paraître « baveux ».

Lydie Olga Ntap s’investit aussi personnellement en offrant du coaching afin d’aider les femmes qui la consultent à « exercer leur pouvoir de femme ». S’affranchir des carcans que la société réserve à la gent féminine est selon elle un travail auquel s’adonner au quotidien. « Ça peut prendre des mois, mais après il peut y avoir toute une transformation d’attitude. Ça donne du sens à tout le travail que je fais », se réjouit-elle.

Au-delà des objets

De son côté, l’étudiante de 30 ans en sciences économiques Marie Ikisse, n’aurait jamais pu deviner qu’elle s’impliquerait auprès de Mme Ntap comme elle le fait aujourd’hui.

Alors qu’elle s’était rendue au musée pour le visionnement d’un film étranger l’année dernière, elle y a découvert une femme impliquée dont les actions portent fruit « Le musée offre une forme de liberté. On donne ici une autre image de la femme et les gens peuvent venir partager leurs idées dans un environnement accueillant », décrit-elle.

La fondatrice du premier établissement voué à l’histoire des femmes québécoises se donne le devoir de participer à l’élévation des gens d’ici. « Je veux donner à la société. Je ressens encore la responsabilité, en tant qu’immigrante, de contribuer et de redonner à la société qui m’a tant apporté », exprime-t-elle.

Il va sans dire que Lydie Olga Ntap se poste au front du changement à coups de sagesse et d’empathie envers tous ceux et celles qui croisent son chemin.

 

Photo | Florian Cruzille MONTRÉAL CAMPUS

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