SociétéLe 281, un « safe space » pour les femmes 

Avatar Maude Faucher12 février 20204 min

Véritables reines au fameux club de « strip-tease » montréalais le 281, les femmes peuvent s’amuser et s’extasier librement devant de jeunes danseurs qui se déshabillent pour elles, sans craindre de se faire harceler par des hommes. Ces derniers ont des règles à respecter s’ils veulent entrer dans le bar de la rue Sainte-Catherine. 

Afin d’être admise dans le cabaret de danses érotiques, la gent masculine est obligée de porter une tenue de ville, en plus de devoir être accompagné d’au moins une femme. « Ne pas respecter l’un ou l’autre de ces règlements peut entraîner l’expulsion immédiate », est-il clairement indiqué sur le site web du club. 

« C’est uniquement pour protéger une clientèle plus vulnérable , explique la propriétaire du 281, Annie Delisle. En ne permettant pas aux hommes d’entrer seuls, on s’assure que les femmes sont en sécurité. Il n’y aura pas de gars saouls pour les harceler ou mettre de la drogue dans leur verre », cite-t-elle en exemple. 

« C’est l’endroit où je suis sortie, où je me sentais le plus en sécurité », se souvient Mégane*, qui y est allée avec des amies il y a quelques années. La présence discrète, voire l’absence des hommes dans le club était rassurante pour elle.

Contrairement à d’autres bars dans lesquels elle est sortie, elle n’avait pas peur de se faire « toucher ou agresser » par un homme. « Ça élimine un important facteur de stress que [les femmes] peuvent avoir quand [elles sortent] », confie-t-elle. 

La sécurité avant la sensualité

Le sentiment de sécurité qu’a ressenti Mégane, alors qu’elle était dans le club, n’est pas anodin. Selon Mme Delisle, les clientes et les quelques clients qui fréquentent le 281 sont surveillés afin d’éviter les comportements inappropriés. « Mes gars sont à la porte et dans la salle de spectacle. Ils assurent une sécurité constante », affirme-t-elle. 

Entre deux et cinq placiers, dépendamment de l’achalandage de la soirée, sont postés dans le cabaret. Ils assurent la sécurité et épient particulièrement les hommes. La propriétaire du club ne se gêne pas de la vigilance de ses employés envers les clients de sexe masculin. « On veut protéger nos filles, c’est normal », se défend-elle. 

Une discrimination genrée inutile ? 

Olivier Lajeunesse, un étudiant qui était au 281 pour la fête d’une amie il y a quelques mois, est demeuré surpris devant les consignes pour les hommes. « Ce sont des règles qui sont peut-être instaurées de bonne foi, […] un moyen d’éviter des situations délicates », dénote-t-il, ajoutant néanmoins que c’est « un peu discriminatoire ». Selon lui, personne ne devrait avoir de restrictions pour assister aux spectacles, en dépit de son sexe ou de son orientation sexuelle. 

« Ce n’est pas une question de “ Es-tu gai ? Es-tu straight ? ” Je ne peux pas valider l’orientation sexuelle des clients. Ça serait absolument absurde , rétorque la propriétaire du 281. C’est une question de protéger nos filles. »

À peine un kilomètre plus à l’est, dans le Village, le Stock Bar, un bar de
« strip-tease » dont la clientèle est essentiellement masculine, applique une politique différente. Malgré qu’il s’y tienne des soirées ladie’s night tous les mercredis, les clients et les clientes, peu importe leur sexe ou leur orientation sexuelle, peuvent être admis(es) au club. 

Le gérant de l’endroit, Bobby, ne voit pas le besoin d’instaurer de tels règlements : « La cohabitation se passe bien. Nous n’avons jamais eu de problèmes à ce sujet. » 

Mégane est d’avis que le 281 devrait adopter une politique similaire à celle du Stock Bar. Selon elle, le cabaret de danses érotiques est tellement encadré par la direction, les portiers et les placiers, que même si une présence masculine était dérangeante, les hommes seraient rapidement contrôlés. 

Elle ajoute qu’il s’agit d’un double standard dépassé. « Les femmes peuvent facilement entrer dans un bar de danseuses, alors pourquoi les hommes ne peuvent pas entrer librement dans un bar de danseurs ? C’est illogique. » 

*Nom fictif pour préserver l’anonymat

Photo | Florian Cruzille MONTRÉAL CAMPUS

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