SociétéMathématicienne des mots

Avatar Éliane Gosselin30 janvier 20204 min

Informaticienne, linguiste, grammairienne, mathématicienne, messagère: les titres ne manquent pas pour parler de Chantal Contant, chargée de cours au département de linguistique à l’Université du Québec à Montréal et grande défenseure de la nouvelle orthographe, toujours contestée 30 ans après sa création. 

« Moi, je suis mathématicienne dans l’âme. » C’est ainsi que Mme Contant se présente au tout début de son entretien avec le Montréal Campus, dans son local de chargée de cours à l’UQAM, qu’elle occupe depuis maintenant 30 ans. C’est avec fierté qu’elle a exposé sur son bureau les nombreux livres auxquels elle a participé, notamment le Bescherelle, l’Art de conjuger et le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée

Malgré son penchant pour la rigueur et les chiffres, c’est l’amour des lettres qui l’a emporté lorsque Chantal Contant s’est inscrite au cégep. Une fois à l’université, elle a obtenu sa maîtrise en linguistique informatique à l’Université de Montréal. Son mémoire portait sur la façon de rédiger des rapports boursiers « grammaticalement corrects à partir des données du Dow Jones ». Elle est ensuite rentrée au doctorat en intelligence artificielle, mais ne l’a jamais complété, car elle était déjà « trop occupée »

La nouvelle orthographe soufflera cette année ses trente bougies. Officialisées en 1990, ces corrections affectent environ 5000 mots, et ce sont majoritairement leur pluriel, leurs accents ou leur liaison qui changent. En plus de se faire porte-voix et partisane active de cette nouvelle façon d’écrire, Mme Contant a participé à la programmation des correcteurs informatiques comme Antidote et Usito, le nouveau dictionnaire de l’Université de Sherbrooke. 

« Ce qui fait que j’ai fait plein de choses, ce n’est pas nécessairement parce que je suis meilleure que les autres, […] c’est que ça me passionne », témoigne-t-elle, le sourire aux lèvres. C’est la même passion qui l’anime depuis son inscription au collégial. 

Ce qui a poussé la linguiste à s’intéresser à ces rectifications pourtant contestées, c’était de voir que « des élèves étaient pénalisés parce qu’ils et elles écrivaient de façon conforme à ce que le Conseil supérieur de la langue française recommande ». Aussitôt, Mme Contant a voulu devenir messagère de cette orthographe « sans avoir inventé quoi que ce soit », insiste-t-elle. 

Des corrections controversées 

Ces rectifications ne font toutefois pas l’unanimité, 30 ans après leur création. Plusieurs affirment que la nouvelle orthographe est une « simplification », alors que pour Chantal Contant, le but a toujours été de régulariser et non de simplifier. « Plus le système est régularisé, moins il y a d’exceptions et plus c’est facile de l’assimiler », dit-elle.

Tous les dictionnaires incluent aujourd’hui la nouvelle orthographe, mais ils ne l’indiquent pas tous de la même façon. Les défenseurs de ces modifications auraient souhaité un virage complet de la part des dictionnaires, c’est-à-dire qu’ils désignent clairement quelle orthographe est recommandée, soit la nouvelle. 

« Quand on garde les deux orthographes, c’est un peu ennuyeux pour des gens comme moi, qui aimeraient que tout soit modernisé, mais il y a d’autres personnes qui vont se dire “ parfait, la langue n’est plus aussi dogmatique! ” », confie Mme Contant, consciente de l’ambiguïté entraînée par l’existence de la nouvelle orthographe.

L’accord des participes passés est aussi dans la mire des partisans des rectifications de l’orthographe. Ils proposent que les participes passés avec le verbe avoir ne s’accorde jamais, alors que ceux avec le verbe être s’accordent toujours. 

L’interlocuteur est libre d’appliquer la nouvelle ou l’ancienne règle. Toutefois, ce champ de bataille n’est pas celui de Mme Contant. « J’en ai eu assez avec les rectifications de l’orthographe, mais je suis certaine que c’est quelque chose d’envisageable. » 

« Parce que tout le monde parle, tout le monde pense que son opinion sur la langue vaut celle des spécialistes », conclut la linguiste. N’empêche qu’elle demeure ouverte à toute discussion, et qu’elle expliquera toujours, le sourire aux lèvres, les raisons étymologiques et éducatives qui ont justifié chaque rectification de l’orthographe.

Photo FLORIAN CRUZILLE MONTRÉAL CAMPUS

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *