CultureCorps célestes : la genèse du désir

Avatar Andréa Spirito28 janvier 20203 min

Une voix féminine retentit, annonçant le début de deux heures de rires, de moments de malaise et de tendresse. C’est ce qu’offre Corps célestes, la nouvelle pièce moderne, sensuelle et humoristique de Dany Boudreault présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui du 21 janvier au 15 février.

La scène générale du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui a fait salle comble le mercredi 22 janvier lors de la seconde représentation de Corps célestes, une pièce de Dany Boudreault réalisée par Édith Patenaude. Située dans un monde dystopique, l’oeuvre retrace l’histoire d’une famille québécoise tiraillée et blessée par la guerre entre le Canada et la Russie. Mais c’est aussi le récit de la genèse adolescente, du désir grandissant, qui est un sentiment intemporel, sous un fond de critique du capitalisme. Lili, le personnage principal, est réalisatrice de films pornographiques et exprime son envie de se détacher du capitalisme. Elle est cependant consciente que c’est ce dernier qui la fait vivre. De quoi faire ressentir aux spectateurs et aux spectatrices un large spectre d’émotions pendant ces deux heures ininterrompues. 

Le décor minimaliste s’harmonise avec la mise en scène hypnotisante qu’offre Édith Patenaude à travers le travail des acteurs et des actrices. Une chaise, un canapé et une table sont les seuls éléments qui habillent la scène. Le jeu de lumière est intelligemment pensé pour mettre de l’avant la distribution, mais aussi pour permettre au public de faire partie, à part entière, du décor. Brett Donahue, Gabriel Favreau, Louise Laprade, Julie Le Breton et Évelyne Rompré incarnent des personnages forts qui se meuvent avec aisance et charisme pour enfin avouer leurs plus lourds secrets. Par l’intensité de monologues remplis de sens, la pièce aborde des sujets d’actualité comme l’objectification du corps de la femme. Mais c’est surtout grâce à Lili et son métier de réalisatrice de films pornographiques que le message est si bien transmis. Cette dernière se bat sans tabou ni langue de bois pour redonner aux femmes le pouvoir sur leur corps et leurs désirs sexuels. Une idéologie contemporaine abordée avec honnêteté et justesse.

Un drame familial sur les désirs inassouvis

Corps célestes, c’est également l’histoire des membres d’une famille brisée et meurtrie, qui s’avouent enfin pour la première fois leur amour, leur haine et leur déception commune. Ces scènes donnent vie à des sentiments refoulés qui viennent serrer la gorge de l’auditoire. Au milieu de cette cacophonie, il y a aussi beaucoup d’humour et de joie, souvent provoqués par la narration de Lili qui partage ses pensées intérieures au milieu de scènes collectives. Cette narration accueille d’ailleurs le public au début du numéro, et l’accompagne à travers les montagnes russes d’émotions finissant par laisser celui-ci pantois devant le dernier acte. 

La troupe des cinq acteurs et actrices présent(e)s sur les planches est en symbiose tout au long du spectacle. Ces cinq énergies s’harmonisent pour livrer des scènes captivantes et parfaitement chorégraphiées. Un personnage sort néanmoins du lot : celui du neveu de Lili, Isaac joué par Gabriel Favreau. Il représente une génération éveillée, avide de savoir, qui se démarque et qui cherche son chemin dans un monde en crise. 

Sur une musique électrisante, une simple danse de rideaux exécutée par les acteurs et les actrices change la structure de l’espace pour laisser place à chaque nouvel acte. Un processus qui rend la pièce Corps célestes rafraîchissante et accessible à un large public. C’est le récit d’une quête de sens, d’affection et d’acceptation morale. Une expérience inédite qui bouleverse les cinq sens. À découvrir et même redécouvrir jusqu’au 15 février.

Photo Valérie Remise

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