CultureJean-Claude Poitras : l’authenticité d’un designer né

Avatar Julien Lachapelle5 novembre 20196 min

L’exposition Jean-Claude Poitras — Mode et inspirations présentée au Musée McCord jusqu’au 26 avril 2020, en collaboration avec le Musée de la civilisation à Québec, retrace le parcours de ce designer montréalais qui a marqué plusieurs générations grâce à ses créations. 

L’artiste, né en 1949 dans Cartierville, s’est toujours intéressé au design de la mode, même si cet art était peu connu dans les années 50. « Mes souvenirs d’enfance sont reliés à des souvenirs de mode, des souvenirs extraordinaires où j’allais magasiner avec ma grand-mère et ma mère au centre-ville de Montréal », raconte-t-il lors d’un entretien avec le Montréal Campus

Puisque ses professeurs et ses professeures au collège de Saint-Laurent étaient inquiets et inquiètes pour lui en raison de ses mauvaises notes dans les matières scientifiques, l’un d’eux et d’elles a convaincu ses parents de lui faire passer un test d’orientation. Les résultats ont montré que ce dernier était un artiste né pour travailler dans le design de mode. Il est donc allé approfondir cette passion à la défunte École des métiers commerciaux de Montréal. « L’année où j’ai gradué [sic] [1969], l’édifice a brûlé », précise M. Poitras. 

Cinquante ans plus tard, le Musée McCord rend hommage à toute une vie de passion en dévoilant plusieurs vêtements qui ont été fournis par l’artiste lui-même. Ce sont les commissaires Alexis Walker et Valérie Laforge qui ont décidé des œuvres qui seraient mises à l’honneur lors de l’exposition. Ces vêtements, à la fois des manteaux, des robes, des chemisiers ou des pantalons, ont été confectionnés durant les années 70, 80 et 90 avec une palette de couleurs très variée.

Certaines oeuvres indiquent quel type de tissu a été utilisé à la fabrication du vêtement. M. Poitras a eu recours à une variété de matériaux comme la laine, le coton et la fourrure synthétique. L’œuvre la plus marquante de l’exposition est une robe de mariée fabriquée en 1994 à partir d’un satin de soie provenant de Lyon, qui se retrouve à la toute fin de la visite. Elle a été conçue pour un défilé qui a été présenté à New York, Chicago, Vancouver, Toronto et Montréal.

Selon M. Poitras, son œuvre la plus importante serait les vêtements de style trenchcoat. Porté autant par les femmes que les hommes, ce vêtement a, d’après lui, été en mesure de se réinventer au courant des XXe et XXIe siècles. « Encore aujourd’hui, les magasins sont remplis de trenchcoats », explique-t-il.

Intérêt pour les cultures étrangères 

Pour bien approfondir son processus de création, le designer montréalais a voyagé partout à travers le monde. Passionné par plusieurs pays comme l’Italie et le Maroc, il a développé une histoire d’amour particulière avec le Japon où il se rendit pour la première fois en 1979. Une partie de l’exposition est d’ailleurs dédiée aux créations de mode rendant hommage au pays du Soleil levant. 

Cet attachement pour ce pays a débuté dès l’enfance de l’artiste qui, pour ses sept ans, a demandé à ses parents de l’amener au premier restaurant japonais ouvert à Montréal. Il a été marqué autant par la culture nippone que par les images d’architecture affichées dans le restaurant. « Depuis, je me suis beaucoup intéressé à cette culture. J’aimais tout, que ce soit les temples japonais, l’art floral ou la calligraphie japonaise », précise-t-il. 

Afin d’honorer la culture japonaise, Jean-Claude Poitras a fourni plusieurs vêtements dans le cadre de l’exposition. Le plus attirant de ces morceaux est la robe rouge qu’il a confectionnée entre 1984 et 1985 avec de la laine et de la fibre synthétique jersey d’acrylique. 

PHOTO Marilyn Aitken

Jean-Claude Poitras est également un grand amateur du septième art. Il a nourri sa création en regardant des films mettant en valeur des actrices américaines ou françaises. « Je finissais toujours par créer une collection spécifiquement pour une actrice. Je me disais que ce vêtement irait bien à Audrey Hepburn ou celui-là à Jeanne Moreau », mentionne-t-il. L’exposition montre d’ailleurs plusieurs dispositifs multimédias présentant les actrices qui l’ont aidé dans son processus de création. 

L’apothéose de sa carrière 

Lorsqu’il a appris que le Musée McCord mettait en place une exposition sur sa carrière, M. Poitras a été extrêmement ému. « Je leur ai dit merci de me permettre de me souvenir pendant que je vis », a mentionné celui qui fêtait cet été ses 70 ans. Il ne s’est pas beaucoup impliqué dans le projet, car les deux commissaires lui ont fait comprendre qu’il était plus difficile d’élaborer une exposition comme celle-là lorsque la personne à qui on rend hommage est vivante.

Lors du vernissage du 18 juin dernier au Musée de la civilisation à Québec, il a été grandement impressionné par le travail qui avait été fait. « J’étais complètement sidéré ! Je trouvais qu’elle [l’exposition] avait été respectée dans mon âme. Je me suis retrouvé là-dedans », s’exclame-t-il. 

Bien qu’il ne s’y est pas impliqué, Jean-Claude Poitras ne désirait qu’une chose : que l’exposition suscite de l’émotion chez les visiteurs et les visiteuses. Ce désir du designer a été exaucé à la perfection. Dans la salle où l’installation a été mise en place, le public entre facilement dans la bulle de cet homme grâce aux nombreuses créations de mode et des diverses informations placées sur les murs de l’exposition, racontant la vie et la carrière de l’artiste. 

Un professeur apprécié 

En plus de se dévouer à ses créations, M. Poitras consacre six heures par semaine à l’enseignement du cours de création pour les finissants et finissantes du baccalauréat en design de la mode à l’Université du Québec à Montréal. Pour lui, démontrer sa passion aux générations futures et de décloisonner les disciplines du design et de l’art en général est d’une importance capitale. « J’ai toujours voulu que la mode soit une passerelle vers la peinture, vers le cinéma et tout le monde des arts », explique-t-il. 

Pour la finissante de ce programme Camille Lamontagne, le designer professionnel se démarque à travers le corps professoral. « C’est un enseignant qui est proche de nous et qui veut apprendre à nous connaître personnellement », affirme-t-elle. La capacité de Jean-Claude Poitras à s’adapter aux étudiants et aux étudiantes et à les amener dans des écoles spécialisées, comme l’École de Joaillerie de Montréal, l’impressionne.  

Jean-Claude Poitras est reconnu, selon plusieurs amateurs et amatrices de mode, comme étant un modèle à suivre dans le design. Son exposition est présentée au Musée McCord jusqu’au 26 avril 2020. 

PHOTO Alexis K. Laflamme

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