Élections 2019SociétéÉlections fédérales 2019 : plus blanc que vert?

Un dossier sur l’écoblanchiment [1/3]

La campagne électorale fédérale tire à sa fin et les promesses environnementales fusent de tous bords tous partis. Ces promesses vertes sont-elles efficaces, réalisables ou ne sont-elles qu’une série de paroles verdies ? Premier article d’une série de trois destinée à dresser un bilan de l’écoblanchiment au sein des plateformes des cinq principaux partis politiques fédéraux‌‌ ‌‌‌‌ : le Parti libéral, le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti vert. 

Se donner une apparence trompeuse de responsabilité écologique‌‌ : voilà en quoi consiste l’écoblanchiment, phénomène retrouvé tant chez des entreprises que des formations politiques. «‌‌ ‌‌ [L’Écoblanchiment dans le contexte des élections] c’est quand un parti se sent obligé de parler d’environnement alors que, dans les faits, il n’y croit pas et ne propose rien de substantiel en termes de mesures pour répondre aux enjeux environnementaux‌‌ ‌‌‌‌  », explique le responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin.

Guerre de chiffres

Les enjeux environnementaux et la lutte contre les changements climatiques n’ont jamais autant été abordé que lors de cette campagne électorale. On peut s’y perdre, reconnaît la vice-doyenne à la recherche et professeure à la faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Maya Jegen. Les nombreux chiffres lancés par les politiciens et politiciennes pour promouvoir leur promesses environnementales peuvent être confondant et ressembler à une «‌‌ ‌‌ guerre de chiffres‌‌ ‌‌ », conçoit-elle.  «‌‌ ‌‌ On peut partir de chiffres, mais il est plus intéressant de regarder ce qui est proposé sur le plan des instruments‌‌ ‌‌ », croit-elle, faisant référence aux mesures concrètes témoignant d’un plan. Ce n’est pas parce qu’un objectif est chiffré qu’il est forcément plus clair, ajoute Jegen. 

À titre d’exemple, les principaux partis politiques s’engagent à respecter l’Accord de Paris, soit de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 30 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030. Les divergences seront visibles dans les moyens privilégiés pour répondre à cette promesse. «‌‌ ‌‌  Par exemple, les libéraux de Justin Trudeau ont établis une taxe sur le carbone, illustre Mme Jegen. Ils ont fait quelque chose de concret que d’autres partis remettent en cause. C’est là où il y a des éléments qu’on peut comparer.‌‌ ‌‌ » 

Plusieurs propositions environnementales des partis politiques ne font pas le poids vis-à-vis les changements climatiques, selon M. Bonin. «‌‌ ‌‌  Dans les faits, il y a une reconnaissance de l’urgence climatique de la part de certains partis, mais on ne voit pas, cas par cas, de mesures permettant de répondre à cette urgence ‌‌ ‌‌ », pense-t-il. 

Il rappelle que les taux d’émissions de GES sont tout sauf à la baisse au Canada. «‌‌  ‌‌ Nous sommes en voie de complètement rater l’objectif en terme de l’Accord de Paris, et on sait que cet objectif-là est largement insuffisant et pas assez ambitieux par rapport à ce que la science exige‌‌ ‌‌  », affirme le porte-parole de Greenpeace. En effet, les émissions de GES ont connu une hausse de huit millions de tonnes, passant de 708 à 716 millions de tonnes entre 2016 et 2017, apprend-t-on dans le plus récent rapport du gouvernement fédéral aux Nations Unies.

L’environnement au haut de la liste?

Si les partis politiques essaient de vibrer au même rythme que la corde verte de l’électorat, l’enjeu de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques est encore loin d’être une priorité. C’est «‌‌  ‌‌ l’économie et les taxes ‌‌ ‌‌ » (43 %) qui guideront d’abord l’issue des urnes, le 21 octobre prochain, loin devant la question environnementale (16 %), selon le plus récent sondage Léger mené pour Le Devoir.

«‌‌  ‌‌ Même si l’opinion publique se montre actuellement assez préoccupée par les changements climatiques, je doute que les gens soient vraiment prêts aux vrais changements, croit Mme Jegen. Le politicien qui dit qu’il faut augmenter le prix de l’essence pour diminuer émissions ne sera pas élu demain‌‌ ‌‌  ». 

Au cours des deux prochains articles de ce dossiers, nous mettrons à l’épreuve les principales propositions environnementales du Parti libéral, du Parti conservateur, du Parti vert, du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique.

photo: WILLIAM D’AVIGNON MONTRÉAL CAMPUS

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