SociétéSauver la planète, un morceau à la fois

Avatar Geneviève Abran16 octobre 20195 min

Les jeunes n’ont pas délaissé complètement l’industrie de la mode rapide, malgré la géante vague de conscientisation face aux changements climatiques. Ils et elles ont cependant un intérêt grandissant pour l’achat de vêtements seconde main.

« Il y a un changement qui est en train de s’opérer lentement, parce que les jeunes générations sont de plus en plus conscientes des dommages qui sont faits à l’environnement », mentionne la responsable du développement stratégique chez Vestechpro, Helen Brunet. 

L’organisme à but non lucratif Vestechpro est un centre de recherche et d’innovation en habillement affilié au Cégep Marie-Victorin qui accompagne les entreprises et organisations du secteur de l’habillement dans leurs projets de développement de produits, de recherche appliquée, de formations techniques et technologiques. 

Acheter ou échanger, en boutique ou en ligne, le port de vêtements usagés est tout de même en vogue chez les jeunes générations. « Ils ont un intérêt à fouiller pour créer des looks qui sont originaux, question de se démarquer [au sein de] leur communauté », affirme Mme Brunet.

Neomi Vafiadis, une jeune étudiante de 21 ans, magasine presque exclusivement dans des boutiques seconde main. Depuis qu’elle a cessé d’encourager l’industrie de la mode rapide, elle se sent beaucoup plus responsable. De plus, elle affirme dépenser beaucoup moins en vêtements, même si elle trouve qu’il est « parfois difficile de trouver des bons vêtements selon les magasins ».

Acheter c’est bien, mais échanger, c’est mieux

L’échange de vêtements est en train de faire sa place dans la région de Montréal, en ligne mais aussi en boutique. « Ce qui attire ma clientèle à revenir, c’est surtout le sens de la communauté et l’originalité des morceaux », remarque la styliste et fondatrice du Club de troc de Montréal, Rosemary Hosson, qui a ouvert cet été le deuxième commerce d’échange de vêtements à Montréal. 

Le concept est simple : une personne arrive avec jusqu’à 25 morceaux en bon état, paie 15$ et peut repartir avec le même nombre de morceaux qu’elle est arrivée. «Les clientes essaient des morceaux qu’elles n’essaieraient pas normalement, parce qu’elles savent qu’elles peuvent les rapporter si elles changent d’avis », souligne Mme Hosson. Elle ajoute que le fait de ne pas avoir à payer par morceau est aussi un aspect qui en attire plusieurs. 

Cette attirance pour le seconde-main n’empêche pas la jeunesse d’encourager l’industrie de la « mode rapide », malgré leurs préoccupations environnementales. « Pour des étudiants et des personnes à faibles revenus, c’est difficile de faire des choix écolos quand on peut trouver un chandail à 5 dollars versus un chandail éthique qui peut être beaucoup plus coûteux », stipule la directrice générale d’ENvironnement JEUnesse, Catherine Gauthier. L’organisme a comme objectif une meilleure vulgarisation des enjeux climatiques et propose notamment l’intégration de cours uniquement dédiés à la question des changements climatiques pour que les jeunes puissent bien en saisir les impacts.

Les jeunes ont aussi de la réticence à renier pleinement l’industrie de la mode rapide, parce qu’ils et elles désirent être à l’affût des tendances, selon madame Brunet. « Ils sont quand même conscients qu’il y un mouvement continuel et perpétuel de réinvention de codes vestimentaires et ils veulent y participer », croit-elle.

Selon Neomi, magasiner dans les friperies permet d’avoir son style bien à soi. « J’aime porter des vêtements uniques et que d’autres personnes n’ont pas, admet-elle. Les magasins de seconde-main m’aident à atteindre cet objectif. » 

Manque de sensibilisation

Même si la couverture des enjeux environnementaux a gagné en importance  « il manque encore d’information et de sensibilisation sur l’impact de nos modes de vies et de notre consommation sur la question des changements climatiques », déplore Mme Gauthier. Selon elle, tout commence au niveau des apprentissages scolaires. 

Rosemary Hosson est du même avis. Selon elle, il faudrait que ce soit enseigné dans les écoles. Elle propose aussi plus d’information dans les médias. « Des espaces comme le Club de troc devraient avoir plus d’information sur place », suggère-t-elle.

 En mode survie

« Les jeunes adoptent lentement mais sûrement de nouvelles méthodes de consommation et ça crée une certaine pression sur l’industrie du vêtement pour changer ses façons de faire », affirme la responsable du développement stratégique chez Vestechpro. Elle est d’avis que cette mutation dans les habitudes des jeunes crée une certaine pression pour les dirigeants de grandes bannières d’altérer leur façon de produire et de fabriquer des vêtements.

Certaines grandes entreprises ont déjà commencé à faire des gestes allant vers l’éco-responsabilité, ce que plusieurs voient comme un simple coup de marketing, constate Helen Brunet. « C’est certain qu’il y a un peu de ça, mais en même temps, le fait qu’ils acceptent d’en parler, de le considérer, doit quand même être salué », croit-elle.

« L’industrie de la mode est très importante commercialement et apporte énormément de profits à certaines entreprises. Ces gens-là ne sont pas prêts à jeter l’éponge demain », assure Mme Brunet, qui a confiance que les entreprises sauront éventuellement s’adapter à cette nouvelle réalité.

photo: WILLIAM D’AVIGNON MONTRÉAL CAMPUS

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