CultureVOUS ÊTES ICI ou l’art de se sentir vivant

Avatar Camille Labourot23 septembre 20193 min

Révolte, peur, joie et nostalgie sont au cœur des prestations enivrantes des finissants et finissantes des écoles d’arts vivants de la région métropolitaine réuni(e)s pour la cinquième édition du spectacle VOUS ÊTES ICI, présenté cette semaine au Théâtre Aux Écuries et produit par LA SERRE.

Alors que le public se disperse en direction des cinq salles de représentations, curieux de voir ce qui l’attend, la tension monte : que découvrira-t-il dans cette nouvelle pièce ? Le régisseur ouvre la porte, laissant place au spectacle. Dans la pénombre, un interprète muet, seul sur scène, fait dos au public. Un bruit blanc accompagne les gestes frénétiques de l’artiste en panique. Rapidement, un sentiment d’inconfort remplit la salle qui est témoin d’une crise psychotique. La pression retombe quand le personnage retrouve espoir en son existence. 

Lors d’une semaine intensive, 45 artistes, provenant entre autres de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, ont pris d’assaut les locaux du Théâtre Aux Écuries. Les équipes ont travaillé d’arrache-pied afin de mettre en scène un total de dix spectacles de dix minutes chacun, présentés devant public pour trois soirs consécutifs à la fin de cette même semaine. Les 19, 20 et 21 septembre, le spectateur ou la spectatrice est invité(e) à déambuler à sa guise à travers les multiples salles en visitant les œuvres qui l’intéressent.

Alliant notamment chant, théâtre documentaire et cirque, les présentations francophones et anglophones, quoique courtes, ne sont pas pour le moins décevantes. Elles conduisent le public dans une bulle de créations artistiques expérimentales où l’impossible devient possible et où l’imagination est illimitée. 

L’art vivant est porté à un second niveau dans cette mise en scène immersive et singulière. Comme les déplacements entre les cinq aires de jeu sont laissés à la discrétion de l’auditoire, ce dernier décide lui-même de son trajet, et par le fait même, l’ordre dans lequel il ou elle assiste aux dix microspectacles. En fonction de ses choix, le public s’approprie alors sa vision unique du spectacle et participe à son élaboration.

Quoi de mieux pour présenter de l’art vivant que de donner libre cours aux spectateurs et spectatrices de choisir ce qu’ils et elles veulent ressentir et vivre au travers de la soirée ! C’est un tour de force admirablement réalisé par l’équipe de du Théâtre, LA SERRE et la distribution, qui rendent les déplacements entre les espaces agréables, sans perturbation de la concentration ou encore de l’état d’écoute du public. En effet, ces petits instants de répit permettent de mieux saisir l’ampleur de chaque œuvre vivante. L’auditoire s’immerge ainsi dans chaque histoire, qu’elle soit dramatique ou comique, grâce au talent inébranlable dont elle est témoin.

Les différents thèmes abordés tout au long de la soirée offrent la possibilité de réfléchir sur plusieurs enjeux sociaux touchant l’entièreté de la population, tels que la détresse psychologique, la misandrie et la préciosité du temps. 

Petites pièces, grandes oeuvres

Une certaine homogénéité se crée à travers le spectacle par sa disposition particulière, qui permet de séparer physiquement les prestations les unes des autres. L’auditoire demeure toutefois plongé tout au long dans un monde de découvertes artistiques étonnant, et ce grâce à la taille des locaux servant de scène aux finissants et finissantes. Comme chacune des salles de représentation est petite, il est plus que possible que les interprètes frôlent les membres du public lorsqu’ils sont en plein élan. La proximité avec les artistes se fait sentir et augmente ainsi l’intensité des émotions partagées avec ceux-ci et celles-ci. L’énergie dans le jeu des interprètes ainsi que l’utilisation remarquable des espaces restreints pardonnent les quelques bafouillages et justifient les décors parfois moins élaborés. 

Ces jeunes artistes ont su émouvoir par leur art qui conscientise sur des enjeux problématiques modernes. VOUS ÊTES ICI ne pourrait porter un meilleur nom. La cohorte de cette édition a compris l’art de faire sentir vivant, de toucher les âmes et d’élever le niveau artistique par ses expérimentations.

photo: NICOLAS BIAUX



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