CultureL’insaisissable essence de l’objet

Avatar Léa Carrier8 septembre 20193 min

De la chose humanisée à l’humain chosifié : la 16e édition de la biennale de l’image présentée par Momenta s’est penchée sur les structures qui fondent la fascinante relation entre le sujet et l’objet.

La chose est-elle foncièrement vivante ou l’humain l’a-t-il dotée d’une identité, d’un persona dans ce récit de surconsommation qu’est devenu celui de nos sociétés ? Ils étaient une centaine de visiteurs et visiteuses à se poser cette question lors de l’inauguration de l’exposition La vie des choses, mercredi le 4 septembre à la Galerie de l’UQAM. 

Pour la commissaire colombienne María Wills Londoño, c’est un dilemme sans solution. « Parfois, le sujet s’attache tellement à l’objet, dans un élan presque fétichiste, que celui-ci devient une extension de son corps. D’autres fois, l’humain perd le contrôle de la matière et celle-ci devient maître de sa propre entité », explique Mme Londoño

Prendre le contrôle de leur propre narration, c’est justement ce à quoi sont parvenues les oeuvres exposées dans La vie des choses. D’une voix conjointe, les travaux des quelque 22 artistes présenté(e)s dénoncent, sondent et révèlent l’essence de la chose matérielle. L’exposition, qui conjugue quatre volets thématiques, se penche tant sur le caractère absurde de l’objet que sur sa décadence assassine à notre ère anthropocène. La commissaire María Wills Londoño espère aussi générer une réflexion critique chez l’assistance. « Comment l’objet de consommation affecte-t-il notre environnement ? Comment l’objet culturel des groupes autochtones est-il exploité par des attitudes occidentales postcoloniales ? C’est le genre de questionnements que soulève notre exposition », soutient celle qui a coordonné plus d’une dizaine d’expositions à travers le monde. 

La vie des choses ne se résume pourtant pas qu’à la fragilisation des écosystèmes et du tissu social. Parfois, l’objet peut être une forme de thérapie. Dans sa série photographique Mother, l’artiste chinoise et canadienne Chun Hua Catherine Dong a voulu réincarner sa mère à travers les possessions matérielles des femmes de son village d’enfance.  « Je n’ai pas pu revenir en Chine à temps pour assister au décès de ma mère. Quand je suis revenue, je voyais ma mère partout, dans toutes les femmes que je croisais, dans toutes les tuniques qu’elles portaient, dans toutes les choses qu’elles transportaient », se confie Mme Dong, titulaire d’une maîtrise en arts à l’Université Concordia. À côté d’elle, des curieux et curieuses accroché(e)s à ses photographies, ces souvenirs cimentés sur pellicule, à l’abri de la marche du temps. 

Trente ans de célébrations

À tous les deux ans depuis 1989, les galeries et les musées montréalais accueillent à bras ouverts la biennale internationale d’art contemporain. Par l’entremise d’initiatives rassembleuses et éducatives, la biennale a pour mandat de favoriser la réflexion et l’accessibilité à l’art contemporain. Cette année, 20 pays seront représentés par les 39 artistes participant à l’événement, dont le Canada, le Mexique, l’Inde et l’Algérie. 

Sous la direction d’Audrey Genois et de Maude Johnson, Momenta tiendra 13 expositions du 5 septembre au 13 octobre, dont une principale présentée à la Galerie de l’UQAM, autrefois nommée Mois de la photo. « Je suis venue à Montréal très ouverte à travailler avec les lieux montréalais. Je sais que l’UQAM est un lieu important pour la biennale et surtout pour la communauté artistique montréalaise. Ça allait de soi que notre inauguration ait lieu ici », se réjouit María Wills Londoño

photo: FÉLIX LEBEL MONTRÉAL CAMPUS

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