Goye fait tourner les têtes

La céramiste Stéphanie Goyer-Morin, mieux connue sous le nom de Goye, se démarque sur la scène artistique montréalaise par ses pièces de poterie délicates et colorées. Elle façonne son parcours dans le monde de la céramique en imprégnant ses créations d’une touche ludique qui frôle l’univers féerique.

Les étagères d’un grand atelier du Mile End sont combles de bols et de tasses de toutes les tailles. Stéphanie Goyer-Morin s’affaire, autour de son tour, à finaliser les dernières pièces de sa plus récente fournée. Ses mains manient l’argile avec précision et glissent sur la glaise pour donner naissance à une pièce unique, issue du fruit de son imagination.

« C’est à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) que tout a commencé, affirme Stéphanie Goyer-Morin. Au début, je pensais que je n’étais pas faite pour la 3D, mais j’ai eu un cours obligatoire en sculpture et c’est là que j’ai découvert l’argile et que j’ai vraiment trippé. »

Diplômée de l’UQAM en arts visuels et médiatiques, elle explique qu’il a été naturel pour elle de se tourner vers cette forme d’art, bien qu’elle ne s’y attendait pas au début.

La noblesse de la céramique

C’est ensuite grâce au programme de céramique du Centre de céramique Bonsecours qu’elle a approfondi ses connaissances et qu’elle a découvert la production et l’aspect pratique de la sculpture.

« J’aime ça amener une petite twist de fantaisie dans des objets du quotidien », explique celle qui aime tester la limite entre le côté pratique, la structure et le visuel des pièces qu’elle crée.

La fibre entrepreneuriale s’est quant à elle développée plus tard chez Stéphanie Goyer-Morin. Cette dernière vit de son travail d’artiste céramiste depuis maintenant deux ans, en vendant ses créations sur la plateforme Etsy, en exposant dans des salons d’artisans et d’artisanes ainsi qu’en distribuant ses créations dans une quinzaine de boutiques au Québec et dans le reste du Canada.

L’art de la céramique, qui nécessite la maîtrise d’une foule de techniques comme le pétrissage, le modelage, le tournage, le façonnage et la cuisson en plus de demander une grande force physique, peut parfois en décourager certains et certaines, mais pas Stéphanie Goyer-Morin.

« Il y a quelque chose de vraiment instinctif à se mettre les mains dans l’argile. Ce toucher-là, j’adore ! », s’exclame l’artiste.

Elle trouve sa satisfaction dans la contemplation du produit fini, résultat d’une étonnante métamorphose. « Tu pars d’une boule d’argile et tu finis avec des pièces qui sont très loin de leur premier état », souligne Stéphanie Goyer-Morin.

Monique Giard, qui a enseigné la technique de tournage à Stéphanie Goyer-Morin lors de son passage au Centre de céramique Bonsecours, est du même avis.

« Chaque créateur est unique et sa création est le reflet de sa personnalité, de son talent et de ses expériences professionnelles et de vie », précise celle qui est aussi la directrice du Centre.

Elle croit d’ailleurs que la jeune artiste se distingue par son engagement sans bornes dans son travail.

Façonner l’émerveillement

Préférant mettre de l’avant le processus créatif, Stéphanie Goyer-Morin n’a pas comme priorité la fonctionnalité d’une pièce. La simple idée d’utiliser de la belle vaisselle devrait être suffisante pour inspirer les gens et les faire voyager, selon elle. « Je crois beaucoup au bonheur dans les petites choses, comme prendre plaisir à boire son café dans une belle tasse le matin », renchérit-elle.

Les créations de Mme Goyer-Morin se voient souvent liées, de près ou de loin, à l’univers des contes de fées, puisqu’elle tire son inspiration de son imaginaire et de ses souvenirs d’enfance. « J’ai toujours aimé m’imaginer que les objets sont vivants, un peu comme dans La Belle et la Bête. Alors, on dirait que je prends aussi plaisir à imaginer mes pièces bouger et marcher », dit l’artiste.

Si elles sont teintées d’une certaine magie, ses pièces se distinguent par la finesse de leurs détails et par leur minimalisme.

Le partage du savoir

Stéphanie Goyer-Morin offre aussi des cours de poterie dans son atelier ou au café, boutique et atelier de poterie Les Faiseurs. Elle y enseigne les techniques de fabrication avec lesquelles elle travaille quotidiennement.

Grand local vitré situé sur le boulevard Saint-Laurent, le petit commerce a pour objectif de rendre le travail de la céramique plus accessible, en plus d’offrir des cours d’initiation à la poterie avec une approche différente.

La fondatrice du café , Sarah M. Saint-Arnaud, s’est inspirée des conseils de Stéphanie Goyer-Morin lors de la réalisation de son projet.

Elle considère la céramiste comme une personne très généreuse. « [Le café] n’aurait jamais pu ouvrir sous sa forme actuelle si elle ne s’était pas impliquée autant et si elle n’avait pas autant cru en mon projet », affirme Sarah M. Saint-Arnaud.

Une poterie accessible

Stéphanie Goyer-Morin continue aujourd’hui de s’engager dans l’élaboration des plans de cours, en plus de diriger des ateliers au café Les Faiseurs. « Il n’y en a pas beaucoup des artistes comme Stéphanie », lance Sarah M. Saint-Arnaud.

Pour cette dernière, l’art de la céramique n’est pas aussi connu, voire aussi populaire, que d’autres pratiques comme la peinture. « Je pense que Les Faiseurs, ça contribue définitivement à démocratiser la céramique et à rendre le tout plus accessible pour les gens », affirme-t-elle.

Monique Giard croit quant à elle que la céramique a toujours été accessible. « Ce qui change, c’est la perception et la connaissance du public pour cette discipline », remarque-t-elle.

Le métier de céramiste peut être très exigeant et nécessiter de longues journées en atelier. Avec l’arrivée d’un premier bébé, Stéphanie Goyer-Morin et son conjoint, appuyé(e)s financièrement par une campagne de sociofinancement, ont entrepris de transformer leur garage en un nouvel atelier.

« J’adore ce que je fais et ce que j’ai en ce moment. Je ne voulais pas perdre ce que j’ai bâti, explique-t-elle. Je vais pouvoir retourner graduellement travailler et ça va être plus facile. »

De ses bijoux à ses tasses, en passant par ses arrosoirs dédiés au jardinage glamour ou par ses bols avec une touche féline, Stéphanie Goyer-Morin continue de mettre la main à la pâte afin de sculpter, à sa façon, une partie de la scène de la céramique québécoise.

photo : MARGUERITE MORIN MONTRÉAL CAMPUS 

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