CultureDes femmes noires se réapproprient leur narration par l’art

Avatar Marguerite Chiarello8 février 20194 min

L’exposition multidisciplinaire Subalternes, présentée au Centre de diffusion et d’expérimentation (CDEx) de l’UQAM, réunit les œuvres de dix artistes noires qui désirent à travers leurs pratiques artistiques se réapproprier leur narration pour en faire un récit qui leur est propre.

Des courts-métrages, des photographies, des vidéos, de la peinture et du tissage : voilà certains médiums exploités par les artistes qui présentent leurs œuvres au CDEx en ce Mois de l’histoire des Noirs. La multiplicité des techniques utilisées crée un dynamisme et une variété entre les œuvres, alors que les problèmes sociaux tels que le racisme, le sexisme ou l’infériorité qui sont dénoncés dans ces œuvres assurent une cohésion.

Le titre de l’exposition fait d’ailleurs référence au champ des subaltern studies, terme fréquemment utilisé pour désigner l’étude de la communauté noire, mais qui désigne également une personne inférieure. Subalternes a été choisi afin de représenter la position de second plan qu’ont occupé les Noirs dans l’histoire, mais surtout les femmes noires.

« Lorsqu’on parle des personnes noires, le sexisme fait obstacle à la prise en compte des intérêts des femmes noires ; lorsqu’on parle des femmes, le racisme fait obstacle à la reconnaissance des femmes noires », mentionne le précède situé à l’entrée du CEDx.

L’étudiante à la maîtrise en études littéraires à l’UQAM Diane Gistal et la finissante au baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’UQAM Michaëlle Sergile sont les commissaires de l’exposition. Les deux étudiantes, qui présentent pour la deuxième année consécutive une exposition afin de commémorer le Mois de l’histoire des Noirs, espèrent déconstruire certaines idées au sujet des femmes noires cette édition.

« Nous ne sommes pas cette définition unique de la femme noire. On est dans cette pluralité, dans cette diversité, dénonce Diane Gistal. La femme noire est un objet hypersexualisé ou une personne en colère et ça, c’est dans l’imaginaire collectif. »

Le mot au centre de l’attention

Les poèmes sous forme de vidéos, les discours et les textes qui jonchent le CEDx offrent une grande proximité entre le public et les différentes réalités vécues par des femmes noires. « [Elles] avaient beaucoup à dire et ça commence par le mot, par le verbe, par la parole. Elles avaient tellement à dire que, oui, c’est important d’avoir des œuvres, mais j’ai l’impression que ce n’était pas suffisant », souligne Diane Gistal.

C’est ce qui explique la place centrale de la parole dans cette exposition d’art, selon elle. Cette omniprésence des mots provient également d’un désir de se réapproprier la narration, par leur appartenance à différentes cultures qui s’entremêlent, s’entendent les commissaires. Elles désirent ainsi en faire des récits alternatifs en utilisant l’art.

C’est cette réappropriation de la narration qui rejoignait aussi Marie-Laure S. Louis, l’une des artistes de l’exposition, qui présente un trio de photographies. « Partir d’une base de la femme noire qui parle d’elle-même, c’est ça qui m’intéressait [de l’exposition] et c’est ça que j’ai essayé aussi de faire dans mon travail », indique-t-elle.

Ses photographies ont pour sujet central la peau noire, mais cachent une symbolique beaucoup plus grande aux yeux de l’artiste, qui souhaite représenter la fragilité. L’artiste mentionne que cette fragilité, surtout psychologique chez les femmes noires, est souvent ignorée à cause du stéréotype de la femme forte qui les guette.

Même si cette version de l’exposition Subalternes sera démontée à la fin du mois de février, les deux étudiantes de l’UQAM souhaitent poursuivre le projet et peut-être même en présenter une seconde version d’ici deux ans. « J’aimerais beaucoup pouvoir agrandir cette exposition, parce que j’ai quand même l’impression que même si on a essayé d’aller dans une pluralité, on a essayé de voir le plus de discours possible, il y a toujours des choses qui manquent », explique Michaëlle Sergile.

photo: MARGUERITE CHIARELLO MONTRÉAL CAMPUS

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