SociétéLa tuerie de la mosquée de Québec pour toujours dans les esprits

Avatar Sarah Rahmouni7 février 20193 min

Hommage aux victimes de la tuerie à la mosquée de Québec, le long-métrage Ta dernière marche dans la mosquée expose la dimension spirituelle et sociétale de la tragédie pour tenter de mieux comprendre sa portée sur le Québec actuel.

C’est mardi soir à l’UQAM qu’a eu lieu la projection du documentaire réalisé par Abderrahmane Hedjoudje et Ubaydah Abu-Usayd, venus de Paris quatre mois suivant l’attentat.

Organisé par l’Association des étudiants musulmans de l’Université du Québec à Montréal, l’événement marquait le deuxième anniversaire de la tuerie perpétrée par Alexandre Bissonnette le 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). « Aujourd’hui, on se remémore plutôt qu’on commémore », a déclaré Mohamed Amine Ben Wahib, président de l’association.

Le documentaire, présenté pour la première fois au Québec, donne la parole aux victimes de l’attaque ayant fait 6 morts et 19 blessés. Il dévoile des témoignages poignants des survivants qui revivent cette nuit, tout comme ceux des femmes et des enfants des hommes tués. C’est toute une communauté qui est représentée, exposant un mélange d’incompréhension et de résilience.

Jamais auparavant en Occident une attaque dans une mosquée n’avait été aussi meurtrière, rappelle l’ex-président du CCIQ Rachid Raffa, un fervent militant des droits humains et pilier de la communauté musulmane, lors d’une discussion suivant la projection du documentaire. L’attentat a eu une très grande portée partout au Québec, mettant en perspective une série de questionnements sur la haine et la tolérance. Ces débats se sont même étendus à l’extérieur des frontières de la province, permettant aux réalisateurs d’entendre l’écho jusqu’en France.

Le film a également été l’occasion de traiter des différents acteurs impliqués — tels que la Ville de Québec et le Service de police de la Ville de Québec — ainsi que des gestes haineux perpétrés à l’endroit de la mosquée à quelques mois de l’attaque, considérés comme des signes précurseurs.

Dénonciation d’un crime inavoué   

M. Raffa a proposé un regard différent sur le traitement de la tragédie de la mosquée de Québec. « L’islamophobie, désormais décomplexée, est banalisée et a culminé avec l’horreur du 29 janvier 2017 à Québec», a-t-il dénoncé. Selon lui, le paradoxe de cet attentat est que l’islamophobie est montée en flèche au lieu de se réduire dans toutes ses formes.

« Des meetings islamophobes se tiennent à Québec dans l’indifférence générale », a-t-il ajouté. M. Raffa a également fait état des dérives toujours existantes à l’égard des mosquées et de l’inaction policière dont il a été témoin à Québec.

Juriste de formation, il s’est également attardé à l’aspect juridique du crime commis, traité comme un homicide volontaire. « On ne parle pas d’acte terroriste, et pourtant c’en est un. Ce que j’aurais voulu, c’est une accusation d’acte terroriste et de crime haineux », a-t-il repris. Pour lui, cette demande n’est pas uniquement faite à titre symbolique, mais bien pour obliger l’État à s’engager à protéger les victimes d’islamophobie.

Il garde tout de même espoir en « son Québec ». Pour M. Ben Wahib, il s’agit d’un enjeu de collectivité. « Le défi est grand, mais tout à fait réalisable », a-t-il affirmé.

photo: COURTOISIE ASSOCIATION DES ÉTUDIANTS MUSULMANS DE L’UQAM

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