À la uneCulture« La Fée est morte », vive la Fée!

Camille Avery-Benny26 février 20185 min

Patsy Van Roost, élue « Fée du Mile End » par Le Devoir, qui en a fait sa une en 2012, a transformé son voisinage en répandant sa magie. Aujourd’hui, elle se prépare à faire ses boîtes et à quitter son quartier.

On trouve des traces d’elle un peu partout dans le Mile End, de l’atelier qui lui sert d’appartement au café Olimpico, où on l’accueille en chantant son prénom. Née en Belgique, elle s’installe sur le Plateau-Mont-Royal en 1981, à l’âge de 19 ans. Bachelière en arts plastiques et spécialisée en design d’événements, l’artiste canado-belge oeuvre dans sa communauté en bricolant des projets collaboratifs rassembleurs.

En décembre 2012, Patsy Van Roost, désirant surmonter son aversion pour la fête de Noël, concrétise une première initiative dans sa communauté. Pendant 25 jours, une nouvelle page d’un conte est affichée quotidiennement sur la rue Waverly, au grand plaisir des passants. « Il y a des gens qui se sont rencontrés sur le trottoir en lisant La petite fille aux allumettes, d’autres se sont rencontrés avec un autre projet, puis un autre », explique l’artiste, fière des liens qu’elle a tissés.

Comme celui de nombreux locataires de quartiers montréalais en plein embourgeoisement, le prix du loyer du 8 ½ où habite et travaille Patsy augmentera considérablement à la fin de son bail. Vingt et un ans après y être emménagé, la fidèle locataire apprend qu’elle doit quitter l’immeuble de l’avenue du Parc et se trouver un nouvel appartement d’ici la fin du mois d’août.

La magie de la Fée

Parmi ceux et celles ayant bénéficié de la magie de la Fée, il y a Astrid, « la grand-mère du Mile End ». « Il y a un avant et un après Patsy », raconte celle qui habite le quartier depuis 28 ans. En 2016, Astrid prend part à ce qu’elle appelle « Les portes ». Vingt-trois foyers ont ouvert leurs portes en décembre, comme on ouvre chaque jour celles d’un calendrier de l’avent, rassemblant de plus en plus de festifs à chacune des vingt-trois soirées. « Maintenant, on se regarde dans les yeux en se croisant sur la rue », ajoute Astrid.

En réunissant 437 participants ayant écrit à la main un souvenir qu’elle affiche ensuite un à un à l’endroit où ils ont pris vie ou en distribuant des cartes sur lesquelles on peut lire « Cher voisin, vous avez un beau jardin » dans des boîtes aux lettres, la Fée du Mile End s’amuse à créer des occasions invitant les gens à se raconter et à discuter.

« Je suis comme une cheffe d’orchestre. Si je n’ai pas les autres, je n’ai rien », affirme-t-elle en contemplant un cliché où est rassemblée sa « famille du Mile End ». Au centre : Astrid, la doyenne du groupe, tout sourire. « C’est une vraie fée. Avec des doigts de fée et des intentions de fée », décrit l’aînée en soulignant les préoccupations sociales de sa voisine. Cette photo marquante orne un mur de l’atelier de l’avenue du Parc, où les tiroirs débordent de rubans et de papiers multicolores.

« Les boîtes aux lettres »

Son plus récent projet, réalisé pour la Saint-Valentin, se veut « une dernière lettre d’amour » aux rues qu’elle aura vues s’animer au cours des dernières années. Interactif, immersif et touchant, le podcast Les boîtes aux lettres invite l’auditeur à traverser le Mile End en visitant ses lieux phares, tels que le Club Social ou le Dépanneur Café, en commençant par l’appartement de Patsy.

Après avoir récupéré le plan du parcours dans une boîte aux lettres féérique d’un jaune flamboyant, l’auditeur entame une balade dans le quartier, guidé par les anecdotes de ses habitants. Les courageux sont amenés à regarder par la fenêtre d’un appartement pour y découvrir une photo du voisinage ou à fouiller dans un sac à la recherche d’une recette originale pour cultiver l’amour. « L’espace blanc et zen, le silence, l’accueil et l’ouverture aux autres », peut-on lire sur un bout de papier signé Constance, résidente de l’avenue de l’Esplanade.

Créé en collaboration avec l’organisme de production radiophonique Magnéto, le parcours audio téléchargeable en est un solitaire, selon l’artiste. « Il faut le faire seul. Mais, au fond, on n’est jamais seul. On est accompagné par ces 23 voix », pense-t-elle. Disponible indéfiniment, Les boîtes aux lettres sera la dernière oeuvre collaborative réalisée par Patsy Van Roost dans son voisinage actuel.

La Fée urbaine

À quelques mois de son départ du Mile End, la Fée se dit prête à quitter le quartier. « Ça faisait déjà quelques années que j’avais envie de bouger, mais je n’aurais pas pu le faire par moi-même. J’avais besoin d’un coup de pied au derrière », avoue celle qui voit dans ce changement une occasion de prouver que sa démarche peut fonctionner ailleurs dans la ville.

« La Fée est morte », lance-t-elle en riant, avant de s’autoproclamer « Fée urbaine ». Dès juillet, elle dispersera sa magie dans les quartiers Parc-Extension ou Rosemont–La-Petite-Patrie, où elle souhaite s’investir à long terme. « La Fée va juste déménager. Elle va voler ailleurs », rassure Patsy Van Roost, qui précise que peu importe le quartier où elle s’installera, son objectif sera toujours de tisser des liens entre ses voisins.

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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