À la uneUQAMRobert Proulx se retire

Avatar Isabelle Grignon-Francke8 janvier 20186 min

Robert Proulx, recteur de l’UQAM de 2013 à 2017, fait le point sur «les années les plus difficiles que l’UQAM ait connues». Une entrevue exclusive du Montréal Campus.

Lors de son entrée en poste en 2013, Robert Proulx se souvient avoir commencé son mandat en recevant du ministre de l’Éducation une requête qui a sonné le glas d’années maigres pour l’UQAM. «Je devais maintenant couper 12 millions», raconte M. Proulx. En plus des coupes financières se sont accentuées en 2014, le mandat du recteur a également été marqué par les manifestations étudiantes de 2015 et les tensions entourant les revendications particulières de l’École des sciences de la gestion (ESG). Le recteur sortant dresse, toutefois, un bilan positif de son passage à la tête de l’établissement d’enseignement.

Est-ce que l’éducation à l’UQAM est menacée par le manque de financement?

Si on ne dispose pas des ressources et des moyens nécessaires et appropriés à notre façon de faire, on ne sera jamais capable de réaliser notre plein potentiel sur le plan de la formation scolaire. La première chose que j’ai faite comme recteur est d’écrire un mémoire sur le financement des universités. Il fait état d’une sorte de faille dans le système de financement. Le budget global des universités est calculé en fonction des étudiants en équivalence à temps plein. Le financement est fait à partir d’une pondération de la discipline en fonction des coûts observés. Si vous regardez ça rapidement, dans une enveloppe fermée, ce calcul permet juste de répartir la tarte, le total ne change pas. Si quelqu’un gagne, l’autre perd. Ça encourage la concurrence entre universités. Pour avoir plus d’argent, il faut augmenter le nombre d’étudiants aux dépens d’une autre université. Il fallait revoir la formule de financement dans son ensemble. Il y a, en ce moment, des discussions pour avoir un financement plus durable, mais on bouge un univers assez complexe.

Lors du changement de gouvernement en 2014, on a eu de nouvelles coupes de 24 millions. On n’avait pas d’argent de trop. On constate rapidement qu’il n’y a rien de facile à couper. On a demandé des compressions paramétriques. L’UQAM a passé un des moments les plus difficiles de sa vie, parce que trouver un moyen de fonctionner avec ces moyens-là, c’est pratiquement impossible. On l’a tout de même fait.

Est-ce que vous en voulez au gouvernement de, peut-être, ne pas donner assez d’argent aux universités publiques?

Je trouve que le gouvernement n’a pas une bonne façon d’envisager l’éducation en général. On devrait revoir nos façons de considérer le financement de l’université. On ne devrait pas considérer cela comme des dépenses. Le gouvernement doit permettre l’essor et cela passe par les universités. Par contre, le gouvernement n’a pas fait la différence entre universités à charte et université publique (celles du Réseau UQ) , tout est calculé en équivalent à temps plein. Il serait faux de prétendre que le gouvernement entretient cette distinction-là.

En 2015, il y a eu des manifestations internes et des expulsions. Avec le recul, si vous aviez devant vous les étudiants expulsés, que leur diriez-vous?

La liberté universitaire était en danger, parce que certaines personnes entraient dans les cours en disant que le professeur disait des choses qui n’avaient pas été adoptées. Je ne dis pas que c’était généralisé, mais il y a eu des débordements. Si on n’agit pas dans ces moments-là, l’autonomie universitaire n’existera plus; on va se faire mettre en tutelle. Il fallait agir. Quand on parle des expulsions, comptez-les (les expulsions), vous allez voir qu’il n’y en a même pas. Il y a juste eu des suspensions pendant un an. Le résultat n’a pas été si catastrophique que cela, on n’a pas liquidé un tas de personnes comme cela , et après, cela a donné l’occasion au conseil de réfléchir sur ses façons de faire.

Quand on vous dit que l’UQAM est un «gros cégep», qu’est-ce que ça vous fait?

Ça non. Quand je suis entré en poste, il y a un journaliste de La Gazette qui a fait un article en disant qu’il y avait deux sortes d’universités: les universités à charte et les universités publiques. Tout l’article semble dire qu’il y a des universités qui seraient les grandes universités de recherche et de développement, et qu’il y avait des universités d’enseignement de premier cycle.

Cela a été le premier geste de mon mandat. Je suis allé voir le président du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAM (SPUQ). C’est une attaque à la qualité de notre corps professoral. On a écrit ensemble un article. Les universités sont toutes fiancées de la même façon. Si on regarde l’UQAM, elle se comporte pareille et, parfois, elle est bien meilleure. Ce discours est complètement inapproprié, c’est un discours qui vise seulement à faire deux classes d’universités : les universités privées et les universités publiques.

Quand on me parle de gros cégep, je réagis. Pour moi, l’UQAM est différente, elle a été fondée avec une mission distincte qui était justement de permettre à du monde qui n’avait pas accès à l’université d’y aller et cela n’entache aucunement l’expertise. Vous touchez ma corde sensible. Dès qu’on entend ces mots-là, il faut tout de suite corriger la situation. Il ne faut pas laisser s’imprégner cela dans la société parce que, premièrement, c’est faux, mais aussi, cela a des visées politiques.

Le conflit de l’ESG : est-il terminé?

Il y a eu trop d’excitation, trop rapidement. Ce qui est arrivé, c’est à cause des problèmes que l’université vivait. On ne pouvait pas accorder toutes les ressources tout de suite. Il y a eu un «ben non j’attends plus…». Ce n’est pas comme cela que cela fonctionne, l’université elle forme un tout. Les choses ont été remises en perspective et le problème s’est estompé. C’est sûr qu’il y a des choses qui sont réelles et qui doivent relever directement des Sciences de la gestion et on est prêt à en discuter. Il y a toujours une certaine menace que devant la lenteur des procédés administratifs, des gens [recommencent à contester]. Je pense qu’on a eu un accrochage. En ce moment, c’est stable, mais c’est normal dans les universités que ça saute ici et là.

Maintenant que vous quittez le rectorat, que souhaitez-vous pour l’avenir de l’UQAM?

Ce que je souhaite le plus c’est qu’elle ne perde jamais de vue son identité particulière. La pire affaire qui pourrait lui arriver c’est de se comparer à une autre université et de dire : «on va nous aussi faire pareil et on va compétitionner avec». L’UQAM a une capacité de voir les choses autrement et je pense que c’est ça qui est l’avenir. Les questions, dans les prochains temps, seront de voir comment on traite la diversité sur tous les niveaux, hommes, femmes, orientations sexuelles, autochtones, respecter l’identité de tout le monde et remarquer dans l’autre l’occasion de nous développer et l’UQAM est entièrement faite pour ça.

Robert Proulx se décrit comme satisfait de son mandat, mettant notamment de l’avant l’augmentation du nombre d’ententes bilatérales avec les universités à l’international, ainsi qu’une multiplication de l’engouement pour les cycles supérieurs. Pour ce qui les du financement, l’ex-recteur croit que le pire est derrière, « les derniers états financiers montrent une stabilité, on n’est pas dans une spirale qui nous empêcherait de nous développer», affirme-t-il. Les affichettes dans les corridors uqamiens semblent pourtant renvoyer un message contraire, alors que certains restent marqués de la répression interne de 2015.

 

photo : LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

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