À la uneCultureLes fleurs du désert

Avatar Marie-Anne Audet16 octobre 20173 min

Le vent du désert susurre des mystères qui fascinent les hommes. Rose Of Jericho, le spectacle de danse contemporaine présenté à la Cinquième Salle par le chorégraphe américain Andrew Skeels, est une bourrasque qui permet au public de s’évader vers les merveilles poétiques de l’Orient.  

Antidote 10

Dès son entrée dans la salle, le spectateur est happé par le décor aux allures désertiques. La scénographie très simple transporte l’audience dans un campement précaire composé de quelques draps déposés sur un sol aride. La composition scénique est accompagnée d’un éclairage rappelant la lourdeur des chaleurs caniculaires. Les interprètes, habillés de costumes couleur chair, commencent leur performance en plaçant les couvertures un peu partout sur la scène.

Le silence des danseurs entraîne les chuchotements intrigués des spectateurs, causant un brouhaha tranquille. Soudain, après avoir été plongés dans le noir, les danseurs prennent vie avec les airs mystiques composés par la musicienne iranienne Sussan Deyhim. Leurs corps s’articulent avec la grâce des tempêtes orientales en emportant la salle avec eux.

La chorégraphie d’Andrew Skeels exploite la virtuosité de ses sept artistes. Le danseur Alexandre Carlos, ancien étudiant de l’école de danse de l’UQAM, a participé à la parfaite symbiose des interprètes. Le spectacle, qui marie des solos, des duos et des danses de groupe, vient toucher à l’univers très technique de la danse contemporaine et à la brutalité du breakdance. Ce contraste est parfait pour créer des moments lyriques d’une très grande tendresse, amenés par les nombreux contacts physiques entre les danseurs. Cette chimie réussit à émouvoir le public qui est captivé par l’enchaînement des mouvements.

Touché par le périple vécu par les Mexicains à la frontière américaine, Andrew Skeels, installé à Montréal, voulait utiliser son œuvre pour exprimer toute la richesse de la diversité. Cette sensibilité l’a poussé à travailler avec la musicienne Sussan Deyhim et le designer Wilber Tellez, tous deux issus de l’immigration. « La Rose de Jéricho est une plante qui devient plus forte lorsqu’elle est éloignée de sa terre natale, explique M. Skeels, lors d’une période de questions avec le public. Sa résilience lui permet de survivre à toutes les intempéries. »

Le chorégraphe a pour objectif de faire plonger le public montréalais dans l’univers des migrants. Les contrastes présents dans la chorégraphie, jouant entre le sublime et le chaos, ont permis de rapprocher le spectateur du périple que traversent plusieurs réfugiés.

Les couvertures, fusionnant avec le décor, montrent qu’il est nécessaire pour l’humain de laisser des éléments de son passé derrière lui pour avancer, filant une intéressante métaphore du départ au fil du spectacle.

Rose Of Jericho est une fenêtre qui permet de mieux comprendre les réalités de nos frères humains tout en permettant aux spectateurs de s’immiscer dans un univers d’une grande poésie. Le spectacle était présenté dans la Cinquième salle de la Place des Arts du 10 au 14 octobre.

 

photo: DAMIAN SIQUIEROS GRACIEUSETÉ RIO OF JERICHO

Les interprètes Alisia Pobega et Brett Andrew Taylor.

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