À la uneUQAMDu Nitaskinan à l’UQAM

Avatar Jean-Philippe Guilbault20 avril 20174 min

Tous les deux ont travaillé dans les mêmes années — sans se croiser — avec la nation atikamekw avant de devenir professeurs à l’UQAM, puis de collaborer à la mise sur pied de la nouvelle concentration en études autochtones. Portraits croisés de Nicolas Houde et de Laurent Jérôme entre deux voyages à Manawan.

CE TEXTE FAIT PARTIE DU CAHIER PORTRAITS DE L’ÉDITION DU 5 AVRIL 2017

En 2001, Laurent Jérôme — alors en deuxième année d’études à la maîtrise en anthropologie à l’Université de Metz, dans l’est de la France — posait le pied pour la première fois à Wemotaci, communauté atikamekw en Mauricie. « Moi je ne connaissais absolument rien sur les questions autochtones, si ce n’est ce que j’avais pu en lire pendant l’année de scolarité dans les livres d’histoire et d’anthropologie », raconte-t-il.

« On avait construit une tente juste pour moi. Je ne sais pas si c’était un honneur ou alors si c’était: “ il est tellement tannant qu’on va le laisser là! On va le mettre dans sa tente, il est l’anthropologue donc il ne nous posera pas trop de questions ”», s’esclaffe-t-il.

Laurent Jérôme est retourné en territoire atikamekw en 2003 dans le cadre de son doctorat en anthropologie à l’Université Laval. « C’était au mois d’avril et il y avait encore de la neige , se souvient-il. Sauf que j’ai fait une erreur fondamentale: j’ai mis des morceaux de styromousse entre la structure en bois et la toile de plastique [de la tente]. Il a neigé et après j’ai allumé mon poêle […] et toute la neige a fondu à l’intérieur! » Une femme atikamekw l’a donc accueilli chez elle, par pitié, selon lui.

Le Français d’origine ignorait alors que son futur collègue, Nicolas Houde, avait été embauché en 2001 par le Conseil de la nation atikamekw comme cartographe, puis consultant en politique environnementale. « Ça m’a tout donné », résume M. Houde. Son emploi avec le Conseil a pallié son propre parcours scolaire qui avait très peu touché les questions autochtones.

Nicolas Houde, qui a obtenu son doctorat en géographie à l’Université McGill, a fait son entrée onze ans plus tard, en pleine grève étudiante, comme professeur de sciences politiques à l’UQAM. Encore une fois, au même moment que Laurent Jérôme. « On est rentré à peu près en même temps. On se connaissait, mais on ne travaillait pas ensemble, raconte M. Houde dans son bureau encombré de nombreux livres et documents du pavillon Hubert-Aquin. On s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’assez jeunes profs qui étaient à l’UQAM et qui travaillaient sur les questions autochtones. » Ainsi est née l’idée de bâtir une concentration en études autochtones que pilotent les deux professeurs.

Les voyages forment les collègues

Dans le pavillon voisin, Laurent Jérôme sourit lorsqu’on lui demande comment va sa collaboration avec Nicolas Houde. « D’abord, je veux savoir ce qu’il dit de moi », demande-t-il, espiègle, avant d’éclater de rire. « Il a deux qualités qui sont extraordinaires et ce sont la modestie et la discrétion , reprend-il plus sérieusement. Il apporte son point de vue de géographe-politologue et c’est vraiment complémentaire [à mon expertise d’anthropologue]. »

Complémentarité que soulève aussi Nicolas Houde. « On travaille dans les mêmes communautés […], on travaille avec le même monde, mais pas sur les mêmes sujets », explique-t-il. « Donc oui, je pense que ça se complète. »

Le géographe souligne aussi que leurs quelques voyages pour préparer le prochain cours de la concentration qui se déroulera cet été en territoire atikamekw auront contribué à leur chimie. « En préparant le cours-terrain, on est allé à Manawan ensemble, raconte M. Houde. Les voyages c’est sûr que ça aide à ce qu’on se connaisse mieux et que l’on travaille mieux ensemble. »

Des années de collaboration

Dans le cas de Laurent Jérôme, la création de la nouvelle concentration n’a pas été le premier projet touchant les autochtones à l’UQAM auquel il participait. Fouillant méticuleusement dans les archives informatiques du Cercle des Premières nations de l’UQAM, son coordonnateur, Gustavo Zamora Jiménez, arrête son curseur sur l’année 2011. « C’était quand il travaillait au Musée de la civilisation à Québec », se souvient-il en présentant une affiche d’un colloque organisé sur le sujet des autochtones en milieu urbain. M. Zamora Jiménez n’a rien de négatif à dire de sa collaboration avec Laurent Jérôme qui s’est renouvelée ensuite pendant près de quatre ans et qui a mené à la production d’un rapport sur la situation des étudiants autochtones à l’UQAM; Rapport qui a été dévoilé la semaine dernière.

Autrement, la nouvelle concentration se métamorphosera prochainement après que ses deux fondateurs eurent rencontré quelques difficultés. « Les cours [sont commandés par] trois facultés et c’est dur à coordonner , indique Nicolas Houde. Mais je suis content qu’il y ait beaucoup de monde! Il y a beaucoup de monde dans ces cours-là! »

« Il faut une meilleure prise en compte du parcours des étudiants qui veulent s’inscrire , explique Laurent Jérôme. Au niveau administratif c’est encore un peu flou, mais ça se met en place. » L’anthropologue souligne également la grande collaboration des autres professeurs de différents départements, dont en histoire de l’art et en linguistique. Comme quoi en plus de bien s’entendre à deux, Nicolas Houde et Laurent Jérôme semblent fédérer tous ceux qui, comme l’explique ce dernier, souhaitent « se familiariser avec la diversité et l’unité des réalités des Premières nations ».

Photos: JEAN-PHILIPPE GUILBAULT ET CATHERINE LEGAULT MONTRÉAL CAMPUS
Le professeur de science politique Nicolas Houde et le professeur de science des religions Laurent Jérôme.

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