À la uneCulture«Suie»-moi vers la sortie

Avatar Luca Max4 février 20174 min

Le prélart de la scène inclinée, créée par Dave St-Pierre pour son nouveau spectacle Suie, a su accueillir une forme de danse bizarroïde dans un symbolisme difficile à déceler, mais qui reste indubitablement imprégné dans la mémoire du spectateur.

«Les gens s’attendent à voir le Dave St-Pierre qui se crosse […], mais j’ai passé à autre chose», dit le chorégraphe, assis devant la foule, sans aucune vulnérabilité, au début de la pièce. Dans un message percutant et révélateur, il explique se faire violence à lui-même pour ne pas reproduire «les mêmes affaires».

Une Anne Le Beau, en armure et enragée, ouvre le spectacle en jurant comme un marin. La protagoniste se trémousse furieusement, plante et épée à la main, faisant face à un public à la mine tantôt déconcertée, tantôt ébahie. Cette scène n’est qu’un exemple de la représentation de Jeanne D’Arc imaginée par Anne Le Beau et Dave St-Pierre.

Certaines analogies sont explicites, Anne Le Beau, nue, étendue en travers de la scène, des images de flammes projetées sur son corps, faisant vivre figurativement l’immolation de la Pucelle d’Orléans.  

D’autres, un peu moins. Un homme se dandinant en positions suggestives, la main visiblement «pognée dans la machine distributrice», phrase qu’il répète sans cesse d’ailleurs,  évoque certainement quelque chose, mais l’expliquer est un défi de taille. Démystifier la signification des différentes scènes reste encore impossible; un fil conducteur difficile à déterminer dans un amas de mouvements et parfois, d’immobilité.

Incompréhension symbolique

Dès l’ouverture, certains spectateurs quittent. «Vous n’avez pas à rester passifs, vous avez ce pouvoir-là en tant que spectateur, vous êtes des humains et vous réagissez», a souligné Dave St-Pierre en ouvrant l’acte, avant de terminer un discours émotif faisant ses éloges à ses danseurs et collaborateurs qui lui ont laissé le champ libre.

Des projections colorées, tantôt bouleversantes, tantôt près du dessin d’enfant, et une musique tonitruante, bloquée par les bouchons d’oreille distribués par le personnel, amorcent le spectacle.

Il est néanmoins rafraîchissant de rappeler que la danse n’a pas besoin d’être dansée, elle peut être sentie, «garrochée», ponctuée de chutes, de cris, de pauses.  

Ce désir de ne pas reproduire le même schéma lui a toutefois valu un accueil encore plus tiède que ce que la compagnie anticipait de la part du public, à un tel point que la compagnie Danse Danse a décidé d’offrir à ses abonnés d’échanger leurs billets. Le spectacle semblait élaboré simplement pour semer la confusion, mais la confusion est telle qu’il est difficile d’en tirer quoi que ce soit.

Les conflits entre la compagnie et le chorégraphe ne datent pas d’hier comme l’expliquait au Devoir Caroline Ohrt, la directrice au développement et à la programmation chez Danse Danse. M. St-Pierre a affirmé au quotidien vouloir «fucker le chien» en tentant de briser sa recette, mais il a peut-être fini par «fucker» son propre chien.

Confusion générale

Alors que certains rient aux éclats à ne plus pouvoir s’arrêter, d’autres sont indignés, d’autres indifférents, d’autres découragés. Certains scrutent le tout avec attention, sans toutefois que l’on puisse deviner s’ils restent en place dans leur siège pour voir si quelque chose d’éloquent et compréhensible surviendra éventuellement ou s’ils sont réellement captivés.

Dave St-Pierre a changé sa formule, une deuxième représentation du spectacle qui, selon ses dires, diffère de la grande première.  Ce n’est pas tant la nudité, les cris ou cette scène inclusive où le chorégraphe attend et observe avec un corgi qui jappe à ses pieds, qui choquent. C’est plutôt un sentiment d’incompréhension qui frappe quand celui qui a attentivement observé le tout s’aperçoit n’avoir peut-être rien saisi.

La tête de Dave St-Pierre est pleine de belles idées, mais peut-être faut-il les vivre entièrement pour bien les saisir.

Photo: ALEX HUOT

 

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