À la uneCultureLes RIDM en rétrospective«Resurrecting Hassan» : Un malaise brillant de compassion

Avatar Luca Max23 novembre 20163 min

 

SÉRIE | Les RIDM en rétrospective

Avec Resurrecting Hassan, Carlo Guillermo Proto signe son deuxième long métrage documentaire mettant en vedette les Harting, une famille montréalaise bien particulière. Peggy, Denis et leur fille Lauviah, tous trois non-voyants, y sont présentés de la façon la plus crue, la plus vraie et la plus touchante possible, plongeant le spectateur dans un inconfortable émoi. La dernière œuvre du réalisateur canado-chilien était présentée dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

Antidote 10

Les Harting campent à différentes stations de métro et y entonnent des airs longuement répétés au préalable. Lauviah et Denis chantent à s’en époumoner et charment les passants qui ne peuvent s’empêcher d’être fascinés par leur prestance, sans toutefois s’imaginer les épreuves que leur famille a vécues.

En 1996, le deuxième enfant des Harting voit le jour. Prénommé Hassan, il est le seul membre voyant du clan. Il décèdera tragiquement lors d’une noyade à Saint-Polycarpe six ans plus tard. Après ce traumatisme, la famille découvre les enseignements de Grigori Grabovoï, un mathématicien kazakh qui aurait élucidé le mystère de la résurrection. À plusieurs reprises dans le documentaire, le livre audio de ce dernier joue en boucle et fascine le couple, les menant à participer et à organiser des séminaires pour partager le savoir de celui que plusieurs considéreraient probablement comme un charlatan. Le régénérescence matérielle, la réincarnation, l’infinité de la matière; toutes ces idées poussent les Harting à croire en la possible résurrection de Hassan, lorsqu’il sera prêt.

Réalisé d’une manière qui semble très intrusive et voyeuse, le long métrage peut choquer, rendre inconfortable et soulever de nombreux questionnements quant au respect de l’Autre. Le cinéaste Carlo Guillermo Proto a d’ailleurs rassuré l’auditoire après la projection, mettant au clair son lien de confiance immense avec la famille et précisant le consentement maintes fois assuré qui régnait des deux côtés.

Certaines, sinon toutes, les prises de vue sont d’une proximité incroyable avec les protagonistes, tellement proches que l’assistance semblait se sentir comme une intruse dans leur bulle. Bien que cet effet crée un malaise palpable dans la salle par moments, l’aspect trop réel des sentiments et l’authenticité transmise par Denis, Peggy et Lauviah remplacent rapidement cette première impression par un sentiment de compassion culpabilisante.

La promiscuité du point de vue présenté contribue à attiser le malaise du spectateur, qui, projeté dans la posture du voyeur, n’a guère le choix de voir cette famille comme inférieure ou moins choyée que les autres. « Ce qui dérange, c’est que [les Harting] soient handicapés et ce qui vous rend mal à l’aise, c’est de vous sentir voyeurs par rapport à des gens que vous considérez avec pitié », a judicieusement résumé Carlo Guillermo Proto après la projection. C’est un sentiment terrible pour le spectateur de rire de l’élocution parfois irrégulière des Harting ou de leurs discours décousus sur la résurrection;  des aspects qui plongent souvent plus dans l’inconfort que dans le comique.

Resurrecting Hassan est un film vrai, troublant, mais revitalisant qui donne des leçons de vie à celui qui l’écoute, qu’il en soit conscient ou non.

Resurrecting Hassan (2016) – Trailer from The Handshake Productions on Vimeo.

Photo: COMMUNICATIONS RIDM

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