À la uneUQAMRéimaginer la Politique 16 un mot à la fois

Avatar Mélina Soucy21 octobre 20164 min

Une semaine avant que la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, eut déclaré vouloir créer une politique-cadre provinciale pour lutter contre le harcèlement sexuel dans les universités et les cégeps du Québec, une nouvelle mouture de la politique uqamienne contre le harcèlement était annoncée, après plusieurs mois de statu quo. Une fois révisée, la Politique 16 ciblera toutes les violences à caractère sexuel et possiblement le sexisme à l’UQAM.

La ministre David affirmait le 20 octobre qu’il doit y avoir dans les universités québécoises « des mesures de sécurité, des mesures de prévention, des mesures de soutien en cas d’agression sexuelle ». Huit jours plus tôt, la professeure au Département de science politique Geneviève Pagé annonçait lors d’une conférence-atelier à l’UQAM que la politique de l’Université en matière de lutte au harcèlement sexuel serait modifiée. Cette annonce survenait dans le cadre de la Semaine de prévention du harcèlement et de la culture du viol organisée par le Comité femmes du Syndicat des étudiant-e-s employé-e-s.

Le comité de révision, auquel siège Mme Pagé, attendait un mandat clair de l’administration uqamienne depuis janvier dernier pour lancer les travaux de refonte. C’est désormais chose faite : le comité de rencontres de gestion et de direction de l’UQAM (RGD) s’engage maintenant à créer une nouvelle Politique 16. Un premier jet de cette dernière est déjà rédigé, a indiqué la professeure, mais il est toujours sous forme de «projet».

«En ce moment, les victimes qui signalent leurs agresseurs ne sont pas informées sur la nature des sanctions imposées à ces derniers, car cela est de l’ordre de la vie privée», explique la spécialiste des théories féministes. Ainsi, les victimes peuvent recroiser leur agresseur sur le campus et n’ont aucune idée des sanctions qui leur sont infligées. Selon la professeure, cette ignorance est une des causes du faible nombre de signalements déclarés au Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH) et du manque de confiance des victimes envers l’administration uqamienne. Il est toutefois important de préciser que ces procédures de confidentialité sont de législation canadienne.

«Il faudrait axer davantage la politique sur les survivantes et les survivants», a suggéré une des participantes à la discussion. Cette possibilité a toutefois généré un débat, car selon Mme Pagé, «institutionnellement» il y a une résistance à ce que ce soit écrit mot pour mot qu’il s’agit d’une politique basée sur les besoins des victimes. Elle précise qu’il ne faut pas que la politique soit formulée comme si l’agresseur était condamné d’avance.

Un environnement sain

Selon les participantes à la discussion, l’abolition du poste d’intervenante en relation d’aide spécialisée auprès des victimes d’agression sexuelle — anciennement occupée par Audrey Lemay — nuit à la création d’un environnement sain pour tous à l’Université. Le Syndicat des étudiants-employés de l’UQAM (SETUE) a d’ailleurs fait circuler une pétition pour recréer le poste.

Outre ce poste, Sandrine Ricci, doctorante en sociologie à l’UQAM et membre de l’enquête « Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire » (ESSIMU), croit nécessaire l’ajout de ressources humaines au BIPH. «Il devrait y avoir un comité, tranche-t-elle. Une personne ne suffit pas pour répondre aux besoins de la communauté universitaire.»

Certains mots de la politique nécessitent des précisions. «Il faut préciser ce qu’est un abus, par exemple», fait valoir Mme Ricci. Pour l’instant, la Politique 16 ne définit pas le terme «abus», mais l’emploi comme adjectif pour définir un comportement considéré comme du harcèlement sexuel comme on peut le voir au point 6.1. de sa version actuelle : «Manifestations persistantes ou abusives d’un intérêt sexuel non désirées».

Les membres du comité de révision ont amorcé leurs travaux il y a deux ans. Elles espèrent voir leur projet se concrétiser dans la prochaine année.

Photo: FÉLIX DESCHÊNES

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